mardi 20 novembre 2012

Club de lecture

Ce mardi 20 novembre, nous étions une dizaine de lectrices et un lecteur (dont trois nouveaux) à partager nos lectures du mois. J'avais articulé la séance en trois temps : les coups de cœur, les livres du tirage au sort, et le lot pour le mardi 11 décembre. Comme en octobre, la réunion s'est déroulée dans une ambiance conviviale où la prise de paroles et l'écoute alternent à un bon rythme. L'essentiel du club est de repartir pour chacun(e) avec des ouvrages que l'on veut découvrir. Curiosité, appétit, envie, tous ces mots résument l'objectif du groupe. Je vais évoquer les coups de cœur de chaque participant(e) sans proposer des résumés qui seront peut-être élaborés plus tard. Comme j'aime les listes, voici la première : Evelyne a choisi "14" de Jean Echenoz qu'elle a beaucoup aimé, Mylène a proposé "L'innocent de Palerme" de S. Gandolfin, un roman pour adolescents sur le thème de la Mafia, Geneviève a présenté Franz Bartelt le trouvant loufoque et original en précisant qu'il est reçu à la Médiathèque de Chambéry ce vendredi 23 novembre à 18 H, Marie-Christine a évoqué le poète Joël Vernet qu'elle venait de recevoir en cadeau, Nicole a parlé de J. M. Coetzee, "l'Eté de ma vie", une autobiographie originale de cet écrivain d'Afrique du Sud, Danièle a montré le livre de Marie de Hennezel, "Une vie pour se mettre au monde", livre de réflexions sur la vie et aussi "Les contes de Noël" de Tolkien, François a mentionné deux coups de cœur avec "Emportée" de Paule du Bouchet, un récit littéraire sur la liaison de René Char avec la mère de l'auteur et un roman du singulier Jean-Paul Goux, "Le séjour à  Chenecé", Jeanine a parlé d'un roman qu'elle lit dans la langue originale pour le Festival du Premier roman italien. La littérature est un domaine éclectique, diversifiée, vaste comme le monde et chacun peut trouver son trésor à emporter sur une île déserte. Comme je ne veux pas que mon billet soit trop long, je rendrai compte demain de la deuxième partie de la séance.

lundi 19 novembre 2012

"Réanimation"

J'avais écouté Cécile Guilbert dans l'émission de LCP, "Bibliothèque Médicis" et j'ai donc voulu découvrir son livre autobiographique, "Réanimation". Blaise et Cécile, la narratrice mènent une vie de "bobos" parisiens, dans un quartier très mode, le Marais, et travaillent dans le culturel. Elle vient d'écrire une biographie de Warhol et lui, est  photographe. Ils baignent dans l'insouciance et dans le plaisir. Mais, tout s'arrête le jour où Blaise est foudroyé par une infection rare, la cellulite cervicale, maladie mortelle concernant le cou. Il est hospitalisé et se transforme dès lors en "homme-machine". Il est plongé dans le coma. Commence pour sa compagne une attente insupportable. Va-t-il s'en sortir ou mourir ? Le récit de Cécile Guilbert devient un journal intime où elle désire laisser des traces de ce temps entre parenthèses. Sa présence auprès de Blaise nourrit les descriptions techniques de la vie hospitalière. Le corps se transforme en objet et Cécile Guilbert offre ainsi un livre de bord de la maladie : les opérations risquées, les soins permanents, la présence du personnel médical, la famille, les amis. Cécile Guilbert analyse les moments de doute et de panique, mais aussi d'espoir. La lecture d'un récit aussi dramatique pourrait décourager un(e) lecteur(trice), effrayé(e) par la maladie. Il faut au contraire lire ce récit fébrile, vivant et même vibrant, qui montre comment la vie peut basculer d'un jour à l'autre. Je cite ce passage où Cécile Guilbert rend hommage aux livres : "Vivant dans la pénombre sous leur fine poussière, les livres dispensent silencieusement leur présence magnétique, leur faculté d'écoute. J'ai si souvent remarqué que ceux qu'il me fallait lire ou relire s'étaient toujours glissé entre mes mains au bon moment, comme par enchantement, reliés entre eux par des chaînes mystérieuses d'intelligence et de bonté. Comme s'ils volaient au-devant de mes pensées les plus secrètes, de mes désirs les plus intimes : objets magiques vers lesquels je n'ai qu'à tendre la main pour qu'ils les élargissent et les amplifient". Un beau récit...

vendredi 16 novembre 2012

"Autobiographie des objets"

C'est rare d'éprouver une admiration sans bornes pour ce livre original et singulier de François Bon. Pourtant, il ne fait pas partie de mes lectures régulières... Il est question de multiples objets qu'il décrit avec précision : du nylon, des machines à écrire, un transistor, un microscope, une règle à calcul, des machines à laver, des prises électriques, etc. Cet ouvrage se transforme en quincaillerie, droguerie, mercerie, magasin de jouets, garage dont celui de son père. Et surtout, François Bon rend un hommage émouvant aux livres, ces livres qui l'ont transformé lui-même en écrivain. Il établit la liste de ces rencontres essentielles : la flore portative Bonnier, l'encyclopédie "Tout l'univers", les Jules Verne, la collection "Rouge et Or", la présence merveilleuse d'une armoire à livres de la maison familiale, les Pléiades, etc. Ce livre "proustien" m'a d'autant plus charmée qu'il présente aussi les catégories d'objets des années cinquante et soixante car François Bon est né en 1951. J'ai certainement touché les mêmes objets que lui et il parle d'une région rurale entre Charente et Vienne. Il évoque son univers familial avec une tendresse infinie. Il écrit :"J'appartiens à un monde disparu - et je vis et me conduis au-delà de cette appartenance. C'est probablement pour tout un chacun. La question, c'est l'importance et la rémanence matérielle d'un objet, parfaitement incongru, parfaitement inutile, dans le parcours personnel." Plus loin, il note son goût des livres : "Je n'ai jamais manqué de livres. Ils sont passés au premier plan d'une expérience de vie que la routine du bourg rendait assez médiocre". A chaque chapitre correspond la description d'un objet et le lecteur(trice) se prend à rêver des objets avec lesquels il a traversé l'enfance et tous les âges de la vie. Cet ouvrage représente une tentative réussie de raconter sa vie grâce aux multiples objets qui peuplent nos espaces personnels. Ce retour vers le passé matériel est un "enchantement" à lire absolument et à offrir à des amis. Quand je pense qu'il n'a pas eu de prix littéraire...  Pour mieux connaître cet écrivain, son blog très réputé dans le milieu littéraire, est incontournable... Voilà son adresse : tierslivre.net

jeudi 15 novembre 2012

Atelier d'écriture

Nous avons repris la direction de l'atelier d'écriture ce mardi 13 novembre et Mylène nous a proposé des exercices sur les jardins. Il fallait fouiller dans notre mémoire pour raconter notre jardin idéal, réel ou imaginaire. J'ai choisi un souvenir  de mon enfance et je l'ai intitulé , le jardin du curé Legrand :
Petite fille, mes parents ne possédaient pas de jardin. Nous habitions dans des maisons-commerce. Le bar-café était au rez-de-chaussée et les chambres au premier étage. Pourtant, c'était un vaste labyrinthe de pièces souvent délaissées. Mais, pas un seul brin d'herbe dans mon environnement immédiat. Le seul jardin qui, à mes yeux d'enfant, existait vraiment, jouxtait ma petite école, composée de trois salles de classe au confort sommaire. On vivait simplement pendant les années Cinquante. Les élèves filles, disciplinées et formatées à la religion catholique, n'osaient pas pénétrer dans le jardin du curé Legrand, un curé au tempérament de feu, jovial et grand organisateur de notre vie au village. Malheur à celui ou celle qui manquait la messe et les vêpres ! Son jardin entourait le presbytère et il le soignait avec une ardeur religieuse. Des plates-bandes en pierre dessinaient un chemin de terre traversant un coin potager, où poussaient des pieds de tomates, des haricots verts, des poireaux, des pommes de terre et des citrouilles. Des marguerites, des arums, des pivoines, des roses agrémentaient avec un désordre heureux les petits coins du jardin. Quand on est enfant, on ne connaît pas le nom de toutes les fleurs. Des arbres fruitiers, cerisier, poirier, prunier, figuier, plantés ça et là, apportaient la fraîcheur de l'ombre dans ce jardin presbytérien. Mais le moment que j'attendais le plus dans la journée d'école était la corvée de charbon. Un poêle par classe chauffait l'atmosphère et il fallait le remplir de petites boules noires qui s'amoncelaient dans la cabane, située dans le jardin. Je me désignais pour la corvée et avec mon seau, je pénétrais enfin dans cet espace de nature domestiquée par les mains du curé. Je m'exilais ainsi une bonne demie heure et je trouvais que ce petit jardin de rien du tout, ce modeste et insignifiant jardin de curé, valait le Boboli de Florence ou le Luxembourg à Paris. Un vrai paradis, ce bout de verdure..

mardi 13 novembre 2012

Rubrique cinéma

Ce film français, "L'air de rien" , relève d'une modestie rare de nos jours.  Les deux réalisateurs, Stéphane Viard et Grégory Magne, ont choisi un sujet socio-people, celui de la faillite d'un chanteur, Michel Delpech. Tout est modeste dans ce petit film : un décor de province, l'Auvergne, deux huissiers de justice, un chanteur populaire "has been", des dialogues sommaires. Bref, le spectateur(trice) peut s'ennuyer dès les premières minutes. Mais, le charme opère en s'attachant au personnage du chanteur, vieillissant dans la solitude et la dépression, rêvant de son passé glorieux. Un huissier de justice  "humain" par rapport à son collègue cynique, doit régler le problème des dettes du chanteur. Il se lance alors dans un rôle d'imprésario pour chercher des salles de spectacle. Il utilise ses propres clients, propriétaires de salles qu'il va manipuler pour aider le chanteur endetté. On assiste ainsi aux prestations de Michel Delpech devant des publics de fans qui redécouvrent la saveur des années 80 dans une France rurale, simple et nostalgique. Les "ritournelles" entraînantes de Delpech rythment le film et lui justifient son titre,  "L'air de rien". Une amitié naît entre cet huissier si peu doué pour ce métier de prédateur et le chanteur populaire, qui sort ainsi de sa galère et de l'angoisse des dettes. Des valeurs toutes simples apparaissent au fil du film : la solidarité, l'amitié, la simplicité, la sobriété. Grégory Morel, notre huissier si gentil rend hommage à son père, grand fan du chanteur, et quittera son associé sans coeur. Cette comédie se laisse regarder avec plaisir et détonne dans le panorama du cinéma d'aujourd'hui.

lundi 12 novembre 2012

"Du côté de Canaan"

Sébastian Barry, écrivain irlandais, a écrit un roman attachant dont le personnage principal, Lilly Bere, raconte sa longue et difficile existence. A quatre-vingt neuf ans, Lilly confie ses pensées à ce journal intime après le suicide de son petit-fils Bill, ancien militaire, n'ayant pas supporté son retour au pays après son engagement à la Guerre en Irak. Cette grand-mère a fui l'Irlande avec son fiancé. Il travaillait dans la police et traquait les "terroristes" de l'IRA. Le couple est obligé d'immigrer car les soldats de l'IRA voulaient se venger. Commence alors la trajectoire romanesque de Lilly en Amérique comme beaucoup d'Irlandais au début du XXème siècle. Lilly et Tag Bere parviennent à bâtir leur vie dans ce pays d'immigration mais, Tag n'échappe pas à son destin et se fait abattre par un Irlandais de l'IRA. Lilly recommence à zéro et rencontre par hasard une femme noire, Cassie, qui va lui sauver la vie. Cette amitié socialement exceptionnelle dans une Amérique raciste lui permet d'être embauchée dans une famille riche. Cette aubaine professionnelle la stabilise et elle fait aussi la connaissance d'un policier qu'elle épouse et dont elle a un enfant. Mais le destin interrompt ce bonheur passager car son mari l'abandonne. Lilly élève son fils Ed, qui à son tour, la quittera pour faire la Guerre au Vietnam, suivie d'une rupture dans leur relation. Lilly récupera le fils d'Ed, son petit-fils... Dans cette saga américaine, Lilly représente la femme-courage, une Pénélope contemporaine dans le Nouveau Monde. Je cite un passage du livre : "La peur est une force comme le mal de mer, on peut l'appeler un mal de vie, une nausée terrible provoquée par l'effroi, l'effroi rampant, qui paraît se retirer un peu dans les rêves pendant le sommeil, mais qui, après le réveil, se précipite sur vous et se met de nouveau à ronger votre simple besoin de paix." Ce livre d'une facture traditionnelle mérite toute l'attention des lecteurs(trices) qui apprécient les portraits de femme, dignes et généreuses, victimes de la folie des hommes, représentée par les guerres du XXème siècle. Malgré un destin malheureux, Lilly Bere montre tout au long de sa vie, un courage héroïque typiquement féminin...

vendredi 9 novembre 2012

Prix littéraires 2012

Les prix littéraires de la saison 2012 ont confirmé des écrivains déjà reconnus et ont aussi distingué des talents nouveaux. Voilà la liste des principaux lauréats :
- Prix Goncourt, Jérôme Ferrari, "Le sermon sur la chute de Rome" aux Editions Actes Sud. J'ai lu ce livre dès sa sortie et j'ai vraiment "senti" qu'il obtiendrait ce prix. Je l'avais même annoncé à la bibliothécaire à qui je l'avais rendu. Ce roman posséde toutes les qualités pour obtenir ce prix qui touche un vaste public : une histoire d'amitié entre deux copains d'enfance, la Corse, pays complexe, un bar, microcosme hautement romanesque, un style élégant et un drame tragique pour mettre un point final au récit. Si vous ne l'avez pas lu, rentrez dans une librairie pour l'acheter...
- Prix Fémina, Patrick Deville, "Peste et choléra" aux Editions du Seuil. La presse littéraire avait évidemment remarqué ce roman qui avait obtenu aussi le prix Fnac. Je le lirai certainement.
- Prix Médicis, Emmanuelle Pireyre, "Féerie générale" aux Editions de l'Olivier. Je dis franchement que je n'avais pas du tout noté ce roman et  les critiques ne l'ont pas remarqué outre mesure.
- Prix de l'Académie française, Joël Dicker, "La vérité sur l'affaire Harry Québert", aux Editions de Fallois, un thriller à l'américaine. Je le découvrirai par curiosité. Cet écrivain suisse, peu connu du public, avait attiré de nombreuses critiques favorables.
- Prix Renaudot, Scholastique Mukasonga, "Notre Dame du Nil" aux Editions Gallimard. Je n'avais jamais entendu parler de cette écrivaine rwandaise, peu connue jusqu'à l'obtention du prix.
Je n'ai évoqué que les prix les plus connus et je relève avec plaisir la parité hommes-femmes, un choix plus ouvert des éditeurs (Actes Sud, L'olivier, De Fallois), des jeunes talents. Les temps changent peut-être grâce au renouvellement des membres du jury, surtout pour le Goncourt. En résumé, une bonne saison pour les prix littéraires...