Pour tous les amoureux et amoureuses de la Grèce antique, il faut lire "La langue géniale, 9 bonnes raisons d'aimer le grec" paru en 2018 d'Andrea Marcolongo. Cette essayiste helléniste d'origine italienne a aussi publié "L'art de résister" en 2021 sur le mythe d'Enée. Quand j'ai appris qu'elle publiait "Déplacer la lune de son orbite", chez Stock dans l'excellente collection "Ma nuit au musée", j'ai "couru" chez Garin pour l'acquérir. Quel régal de lecture ! Andrea Marcolongo a vécu un privilège inouï : passer une nuit au sein du Musée de l'Acropole à Athènes : "Nous avons tous dérobé quelque chose à la Grèce : ses idées, à partir desquelles nous avons forgé nos racines occidentales". Le récit révèle surtout le vol des marbres du Parthénon, exposés au British Museum à Londres. Ce rapt de la frise, ce pillage invraisemblable, a été organisé par un ambassadeur anglais, Lord Elgin, entamé en 1801. L'écrivaine est obsédée par cette perte irrémédiable et elle relate avec une précision historique et un esprit de révolte indignée, la démolition des fresques en marbre (plus de 17 mètres linéaires) effectuée par les "pilleurs" anglais sous la protection des Turcs, maîtres de la Grèce à cette époque. Ces Turcs n'avaient que mépris pour l'héritage patrimonial grec antique et avaient autorisé ce démontage scandaleux. Pourtant, Lord Elgin n'était pas un pirate, ni un cynique car il désirait "importer" l'art grec pour former sur le plan esthétique les artistes anglais. Mais le saccage a eu lieu : marbres découpés, morcelés, dispersés, fracassés. Des naufrages entre la Grèce et l'Angleterre ont causé aussi la disparition de ces œuvres uniques au monde. Le Lord anglais n'a pas profité de son forfait car il n'a rencontré que des échecs en se ruinant, en tombant malade et en étant abandonné par sa femme. Athéna, la déesse, l'a puni, nous dit Andrea Marcolongo. Lord Byron a dénoncé en son temps le scandale des frises du Parthénon. L'écrivain pose l'épineuse question de la restitution des œuvres d'art, détenues par des musées d'anciennes puissances coloniales. Le récit n'évoque pas seulement l'histoire folle du Parthénon, l'autrice se confie sur son père d'origine modeste qui était très fier du parcours sans faute de sa fille. Le mot "gratitude" convient parfaitement à l'attitude d'Andrea Marcolongo : gratitude envers ses parents, gratitude envers la culture humaniste latine, gratitude envers la Grèce antique, berceau de notre civilisation occidentale. Les frises du Parthénon symbolisent aussi les idées, la philosophie, l'art, les dieux, la démocratie, la mythologie et ce patrimoine culturel sera, je l'espère, éternel. Ce beau récit pourrait se résumer ainsi avec les mots d'Andrea Marcolongo : "Alors que l'Antiquité est bien et bel ce que nous possédons de plus important. Elle est l'étoffe même de notre âme. En la bradant, nous errons à travers la vie, privés de notre capacité à articuler une pensée comme les statues sans tête du Parthénon". Comme je partage son avis !
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
jeudi 1 juin 2023
mercredi 24 mai 2023
Atelier Littérature, 4
Véronique a évoqué un ouvrage sur la perte de l'odorat, "Les cinq parfums de notre histoire" de Laure Margerand. Charlotte, le personnage principal du roman, est devenue anosmique après la perte de son bébé. Elle se sépare de son mari après le drame et une amie veut l'aider pour la sortir de sa dépression. Charlotte est coach en écriture. Un célèbre écrivain lui demande de l'accompagner dans la composition d'un roman pour reconquérir la femme de sa vie. Des marque-pages intégrés dans le livre, parfumés concoctés par une parfumeuse de Grasse, vont produire des effets inattendus. Pascale a présenté le dernier roman de Constance Debré, "Offenses", publié chez Flammarion. Ce roman très court raconte l'histoire d'un meurtre puis d'un procès d'un jeune de banlieue, accusé de l'assassinat d'une octogénaire. Ce jeune homme, déjà père à vingt ans, endetté à cause de la drogue, tue sa voisine pour une somme d'argent dérisoire. L'écrivaine décrit le procès et analyse le contexte autour de ce geste abominable. Elle s'interroge : que sait-on du jeune homme ? L'agresseur peut-elle être aussi une victime ? Avec une plume scalpel, concis et précis, Constance Debré dénonce férocement une justice de classe. Ce roman peut se lire comme un procès contre la misère sociale et souligne l'abandon de l'Etat concernant les quartiers dits difficiles. Une lecture coup de poing, dérangeante et percutante. Odile a terminé la séance coups de cœur avec le dernier ouvrage de Pierre Michon, "Les deux Beune", publié chez Verdier. En 1996, paraissait "La Grande Beune", un roman du désir où un narrateur, instituteur, est envoyé dans une école de Dordogne, toute proche d'une grotte de Lascaux. Il rencontre Yvonne, la buraliste du village et il est fasciné par cette femme. La suite de ce roman porte le titre de "La Petite Beune" et l'on retrouve le même village, Castelnau, le paysage, des personnages modestes qui mènent des "vies minuscules" (titre d'un de ses romans). la belle Yvonne, l'instituteur et son désir revivifié, la présence des temps paléolithiques et la prose magnifique de Pierre Michon. Un grand écrivain français à lire et à relire. Voilà pour les coups de cœur du mois de mai. Nous nous retrouverons le jeudi 15 juin dans le dernier atelier de la saison avant les vacances d'été.
mardi 23 mai 2023
Atelier Littérature, 3
Après Milan Kundera, nous avons évoqué les coups de cœur du mois. Mylène a présenté avec enthousiasme le dernier roman d'Alice Ferney, "Deux innocents", publié chez Actes Sud. Le personnage principal, Claire, une quinquagénaire généreuse, enseigne dans un établissement associatif où elle s'occupe de jeunes gens en difficulté. Un jeune élève, Gabriel, s'attache à Claire mais cet histoire de tendresse bascule dans un drame quand l'enseignante est accusée d'avoir eu des "gestes déplacés" envers l'adolescent. Les soupçons et les silences s'installent dans l'institution et face à l'incompréhensible, l'écrivaine explore les conséquences psychologiques et sociales de ce malentendu fatal. Mylène aime beaucoup Alice Ferney pour son écriture "magnifique" et ses sujets intimes. La bienveillance et la tendresse ne sont peut-être plus à la "mode" dans les relations humaines. A l'heure de "Metoo", du harcèlement dans les réseaux sociaux, du soupçon généralisé, ce roman raconte les pièges de l'innocence. Danièle a pris la suite en parlant du roman magique d'Elsa Morante, "L'île d'Arturo". Le petit Arturo vit dans l'île de Procida, en face de Naples et grandit dans une solitude sauvage. Il rêve de son père qui habite sur le continent mais qu'il ne voit guère. Sa mère est morte à sa naissance et il n'apprécie guère sa belle-mère. Comme dans tous les romans denses et passionnants d'Elsa Morante, il faut se laisser emporter par cet océan de mots, de sensations, de sentiments dans un style fluide et percutant. L'écrivaine italienne, un peu oubliée aujourd'hui, décrit avec son génie légendaire, l'adolescence, un passage crucial dans la vie. Un grand roman inoubliable et en plus, venu d'Italie ! Annette a choisi "Le bureau d'éclaircissement des destins" de Gaëlle Nohant, publié chez Grasset en janvier. La jeune Irène travaille en Allemagne dans un centre de documentation sur les persécutions nazies. Méticuleuse et obsessionnelle, elle se dévoue corps et âme aux destins brisés des victimes du nazisme. Divorcée, elle vit avec son fils adolescent. Sa mission consiste à restituer des milliers d'objets dont le centre a hérité à la libération des camps. Cherchant les disparus, elle rencontre leurs familles à Varsovie, à Paris et à Berlin jusqu'en Argentine. Ce roman bien documenté évoque la tragédie des camps, la séparation des familles et leurs disparitions sans laisser des traces. Seuls, quelques objets les plus modestes (un foulard, une peluche), témoignent de l'existence de toutes ces victimes du nazisme. Un roman à découvrir. (La suite, demain)
lundi 22 mai 2023
Atelier Littérature, 2
Pour résumer l'œuvre de Milan Kundera, j'ai donné quelques clefs de compréhension en évoquant les essais parfois plus difficiles à lire que les romans. Ces essais, "L'art du roman", "Les testaments trahis", "Le rideau", racontent un écrivain penseur, un philosophe du roman. Dans "L'art du roman", il a choisi 69 mots emblématiques de ses interrogations existentielles. D'aphorisme à beauté, de chapeau à crépuscule, de destin à Europe centrale, de l'infantocratie à kitsch, de métaphore à vieillesse, cet alphabet approfondit avec une clarté toute transparente les idées majeures qu'il a développées dans ses romans. L'infantocratie (ou immaturité), par exemple, est un concept kunderien : "l'idéal de l'enfance imposé à l'humanité". Il décrit un motocycliste fonçant dans une rue vide dans un bruit du tonnerre. Le comportement juvénile relève de l'âge lyrique et on peut le constater sans cesse dans notre actualité contemporaine avec le succès des jeux vidéos, des rodéos urbains, de la société du spectacle permanent. Le kitsch ("miroir du mensonge embellissant") aussi appartient au monde de Milan Kundera, un concept inspiré par Hermann Broch, l'écrivain des "Somnambules". Il revient souvent à la signification du roman ainsi : "La grande forme de la prose où l'auteur, à travers des égos expérimentaux (personnages) examine jusqu'au bout quelques thèmes de l'existence". A la fin de son alphabet, il fait l'éloge surprenant de la vieillesse, l'âge de la liberté, de la maturité : "C'est seulement quand il est âgé que l'homme peut ignorer l'opinion du troupeau, l'opinion du public et de l'avenir". Dans un discours qu'il a tenu à Jérusalem, il développe avec un flair prémonitoire la place de la bêtise dans les idées reçues qui, "inscrites dans les ordinateurs, propagées par les mass-média, risquent de devenir bientôt une force qui écrasera toute pensée originale et individuelle et étouffera ainsi l'essence même la culture européenne des Temps modernes". Milan Kundera est devenu un écrivain classique, un des plus grands du XXe siècle. Grâce à ses romans et à ses essais, il analyse l'état de la société totalitaire, le poids de l'Histoire dans la vie des citoyens, le rôle de la littérature et du roman pour devenir libre de tout dogmatisme et de toute idéologie. Mais, il ne faut pas considérer cet écrivain comme un homme engagé. Bien au contraire, il cherche à se retirer de la tragédie historique qu'a vécu son pays natal pour vivre sa propre liberté en entrant comme un moine dans la planète littérature. Je lui laisse la parole : "L'homme, à son insu, compose sa vie d'après les lois de la beauté jusque dans les instants du plus profond désespoir". J'étais heureuse de choisir Milan Kundera dans le cadre de l'Atelier Littérature. J'ai tellement de gratitude envers cet écrivain fabuleux que j'avais envie de la partager.
vendredi 19 mai 2023
Atelier Littérature, 1
Dans la première partie de l'atelier Littérature du jeudi 11 mai, nous avons évoqué Milan Kundera et ses romans. Geneviève a beaucoup aimé "La valse aux adieux", publié en 1975, écrit à Prague avant l'exil de l'écrivain. Ce vaudeville se passe dans une ville thermale où un médecin gynécologue, le docteur Skreta, prend soin des patientes stériles. Il en prend tellement soin qu'il les insémine avec son propre sperme. Ce thème si contemporain, la procréation assistée, a été traité par Kundera comme une phénomène de société prémonitoire. Une galerie de personnages valse donc en s'écrasant moralement les pieds : le trompettiste Klima couche un soir avec une infirmière, Ruzena, employée des thermes et elle l'accuse de l'avoir mis enceinte alors que c'est un mensonge. Un autre personnage, Jacub, dissident, joue un rôle particulier car il cherche à fuir le pays. Milan Kundera livre dans son deuxième ouvrage une vision sombre de la condition humaine. Mais comme dans tout son registre romanesque, il utilise un humour corrosif, une ironie philosophique et analyse les relations amoureuses comme une vaste comédie loufoque. D'autres lectrices du groupe ont choisi la plus célèbre de ses œuvres, "L'insoutenable légèreté de l'être", publié en 1984. L'écrivain a qualifié ce texte de "méditation sur l'existence" et écrit : "Le roman n'est pas une confession de l'auteur, mais une exploration de ce qu'est la vie humaine dans le piège qu'est devenu le monde". Tomas est amoureux de Teresa mais comme il prône le libertinage, il la trompe souvent. Teresa symbolise la permanence, la fidélité, l'amour profond. Lui représente la légèreté et elle, une certaine pesanteur. Sabina, la femme artiste, maîtresse de Tomas, va fuir le pays communiste et s'installera en Amérique, seule et libre. Tomas, le volage, trouvera la sérénité et la fidélité avant de mourir dans un accident avec Teresa. Pascale a lu plusieurs citations du roman pour donner envie de le redécouvrir. Je retiendrai cette phrase de Kundera qui résume sa philosophie : "L'Histoire est aussi légère que la vie de l'individu, insoutenablement légère, légère comme un duvet, comme une poussière qui s'envole, comme une chose qui va disparaître demain". Ce chef d'œuvre se savoure encore mieux dans une deuxième lecture. Odile a découvert "La lenteur", paru en 1995, le premier livre de la phase originale car l'écrivain l'a composé en français. Il a renouvelé son style, son univers et sa conception du roman comme des "variations musicales". Il est donc parfois impossible de résumer "La lenteur" tellement le narrateur utilise les digressions incessantes. Mais, notre lectrice n'a pas du tout été décontenancée et l'a lu avec un plaisir certain. Il est question d'un congrès d'entomologistes dans un château à la campagne, de Vivant Denon et de son roman libertin, "Point de lendemain", de réflexions sur la société contemporaine, etc. Milan Kundera écrit cette sage vérité : "Notre époque est obsédée par le désir d'oubli et c'est afin de combler ce désir qu'elle s'adonne au démon de la vitesse". Un roman jouissif, érudit, ironique et un éloge de la lenteur, "génératrice de mémoire, de beauté, de liberté'. (la suite, lundi)
mercredi 17 mai 2023
Philippe Sollers, la légèreté d'être, d'écrire, de vivre
J'étais attristée d'apprendre la mort de Philippe Sollers à l'âge de 86 ans. Je sais bien qu'il faut bien partir un jour mais quand même, je revendique pour les écrivains et les écrivaines qu'ils disparaissent le plus tard possible. Tant qu'ils restent vivants, j'attends toujours leur dernière publication comme si j'avais un rendez-vous amical d'une régularité appréciable. J'ai lu beaucoup de romans et d'essais de cet écrivain français parfois méconnu du grand public. Pourtant, il symbolise toute la vie littéraire de la deuxième moitié du XXe jusqu'au début du XXIe siècle. Comment parler de lui alors que la presse et les médias ont évoqué assez largement sa disparition ? Il faut absolument lire son dernier récit autobiographique, "Agent secret", pour appréhender sa vie si riche, si pleine, si passionnante. Philippe Sollers ou la liberté faite chair. Enfant aimé et choyé dans une famille bordelaise, il a trouvé peut-être la recette du bonheur en cultivant profondément son propre art de vivre. Quelle est donc son Graal ? L'amour, la littérature, la culture ! Il a vécu l'amour des femmes, en particulier avec ses deux compagnes, Julia Kristeva, l'officielle, mère de son fils David, et Dominique Rolin, écrivaine belge, la secrète. Sa passion de la littérature l'a comblé : plus de 80 livres à son compte dès l'âge de 22 ans, une vie littéraire foisonnante chez Gallimard avec sa revue l'Infini, véritable laboratoire d'avant-garde des lettres françaises. Il faut ajouter sa culture érudite vertigineuse sur l'art et sur la musique. De nombreux essais rappellent cette activité de critique d'art dont "La guerre du goût". Dans ses derniers ouvrages, il mentionne les lieux magiques, ses lieux d'écriture : l'Ile de Ré, Paris et Venise. Je me souviens encore de la Pension Calcina à Venise où j'avais remarqué la plaque dans l'entrée de l'hôtel indiquant les séjours réguliers du couple Sollers-Rolin. Quand je me promenais sur le Campo San Agnese, souvent désert, je m'imaginais rencontrer l'écrivain sur un banc de la place. Il fréquentait l'église des Gesuati où il admirait le plafond peint par Tiepolo. Et il nous a offert son merveilleux "Dictionnaire amoureux de Venise", lu et relu pour retrouver la magie vénitienne. Ce gourmand de la vie était doué pour un bonheur jalousement caché. Comme il aimait passionnément Mozart et la musique baroque, il cultivait la fugue, la légèreté d'être (selon Kundera), l'ironie, l'ambiguïté, la liberté. Il n'a jamais déclaré une appartenance politique, ni une allégeance philosophique. Cet écrivain français n'aura pas obtenu le Nobel (trop intelligent pour le comité ?), ni une reconnaissance universitaire. Il ne bénéficiera pas aussi d'une cérémonie aux Invalides (comme Belmondo !). Il a choisi son village de l'Ile de Ré pour se reposer dans l'éternité et sur la notice nécrologique du journal Le Monde, sa maison Gallimard a choisi ces mots : "L'auteur qui n'a jamais renoncé à dire que "le bonheur est possible", a rejoint la vérité du "grand merveilleux silence", "Je suis venu, j'ai vécu, j'ai rêvé". Son corps est parti, mais son esprit, son bel esprit, demeure dans ses écrits. Il disait dans une belle émission de France Culture (A voix nue), "Pour écrire, il faut lire. Pour lire, il faut savoir vivre" et avec un humour corrosif, il se qualifiait de "dernier dinosaure" du monde littéraire...
lundi 15 mai 2023
Escapade italienne, Pavie
J'ai donc pratiqué une boucle en Italie du Nord et j'ai souvent hésité en préparant mon escapade entre Vérone ou Mantoue, Bergame ou Brescia, Bologne ou Ferrare, Crémone ou Pavie. L'Italie est un pays inépuisable de beauté. Ma dernière étape de mon escapade s'appelait Pavie. De Chambéry à Chambéry en passant par toutes ces villes, j'ai accumulé plus de 1300 kilomètres mais sans trop les ressentir dans la mesure où les étapes mesuraient une centaine de kilomètres sur le territoire italien. Quand je suis arrivée à Pavie, je n'ai pas ressenti le même choc esthétique que j'ai vécu pour les autres cités. Cette ville moyenne de plus de 70 000 habitants possède pourtant un passé très riche (comme partout en Italie) : place forte romaine, capitale de la Lombardie, cité des Visconti, création d'une des plus anciennes universités du monde. La brique rouge ponctue le paysage urbain. Je l'ai tout de suite vérifié devant le Duomo car j'avais loué une chambre avec vue sur la cathédrale. L'édifice immense détient le record en dimension de la troisième coupole après celle du Vatican et celle de Florence. En me baladant dans les rues du centre, j'ai vu les cours de l'université où l'on aperçoit les statues et les pierres tombales des professeurs illustres ! Ce n'est pas dans notre pays que l'on verrait cet hommage au savoir, à l'enseignement et à la connaissance ! J'ai visité le Musée civique du Château Visconti, érigé en 1360. Cet espace muséal quasi désert présente plusieurs salles d'expositions et j'ai surtout remarqué quelques tableaux intéressants dans l'aile de la pinacothèque Malaspina dont une merveilleuse "Vierge" de Giovanni Bellini. Plusieurs églises méritaient aussi mon attention et je peux citer surtout celle qui contient les reliques de Saint Augustin : la Basilique San Pietro in Ciel d'Oro. Les reliques du saint philosophe, auteur des "Confessions" ont été apportées en 720 après J.-C. Son magnifique tombeau enchâssé dans l'autel comporte plus de 90 statues ! Mon escapade a pris fin à Pavie devant cette façade de la Basilique que Dante a mentionné dans son Paradis. Bergame, Mantoue, Ferrare, Parme et Pavie, une belle escapade italienne, des villes-joyaux de la Renaissance, de la beauté dans les musées, dans les églises, dans les monuments comme l'Italie nous en offre tant. Un pays que j'aime décidément beaucoup et qui ne me déçoit jamais ! Un miracle peut-être italien, ce qui ne m'étonne guère avec la présence très prégnante de la religion catholique...