Je ne fréquente pas régulièrement les églises même si j'ai reçu une éducation catholique traditionnelle dans mon enfance. Ces lieux conservent une dimension sacrée éminemment respectable. J'avais lu l'exquis ouvrage de Jean-Paul Kaufmann, "Venise à double tour" où il répertoriait les églises fermées dans la Sérénissime et évoquait avec humour et malice les trésors cachés des ces monuments religieux qui appartiennent pour l'éternité au paysage vénitien. Partout des clochers et des campaniles comme à Rome. La présence massive du culte catholique nous rappelle à toute heure l'influence de la religion dans les arts. Combien de tableaux sur la Vierge Marie ? Combien d'anges, d'angelots dans les plafonds des plus grands palais ? Combien de sculptures de saints et de saintes sur les toits des monuments ? Des centaines de signes religieux fleurissent dans le patrimoine vénitien. Ce labyrinthe de traces artistiques se situe dans les 126 églises dont certaines, évidemment, se sont transformées. J'ai revu celle du campo San Tomas, devenue une bibliothèque municipale et les fresques qui apparaissent sur les murs donnent un aspect sacré à cet espace laïque. Ce rapprochement entre le monde divin et le monde des livres me séduit beaucoup. L'église San Vidal est devenue une salle de concert. Encore un art religieux, la musique classique ! Les édifices religieux offrent le double intérêt de souvenirs historiques reculés et des merveilles artistiques. Le peuple vénitien a vraiment éprouvé une dévotion profonde. La plus grande d'entre elles, la Basilique Saint-Marc, bâtie en 1111, est la plus visitée avec ses files d'attente permanentes. Elle représente un mélange des styles byzantin, roman et gothique. Un passe Chorus permet de visiter les dix plus belles églises de Venise. J'en ai visité une bonne vingtaine dans ce voyage et j'ai surtout aimé celle du "Rédempteur" (Chiesa di Redentore) sur la Guidecca, bâtie par Palladio pour éradiquer l'épidémie de la peste au XVIe siècle. Et dans chaque édifice, un Tintoret par ci, un Tiepolo par là, un Palma le Jeune par ci, un Bellini par là. L'église San Giorgio Maggiore, située sur l'île du même nom, possède un campanile. J'ai pris un ascenseur pour atteindre le sommet et devant mes yeux, la Lagune et Venise, un panorama sublime. Le monastère jouxtant l'église était fermé mais j'ai vu du haut du campanile le labyrinthe baptisé "Borges" du nom de l'écrivain argentin. Encore la présence de la littérature dans ce lieu exceptionnel. J'au voulu rendre un hommage au grand, à l'immense musicien, Monteverdi, enterré dans l'église Santa Maria Gloriosa dei Frari, aux côtés du Titien et de Canova. Mon appartement se situait sur les Zattere et je ne pouvais pas manquer l'église des Gesuiti à deux pas de ma location dans laquelle un plafond peint par Tiepolo entraîne le visiteur directement au paradis... Venise, une terre d'églises. Il me reste encore un bon nombre à visiter et je les garde pour mes prochaines escapades dans les années à venir.
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
jeudi 14 avril 2022
mercredi 13 avril 2022
Venise, l'île San Michele
Quand j'ai préparé mon séjour vénitien, je savais que les musées et les églises prendraient la majorité de mon temps. Mais, on ne peut pas constamment vivre au rythme de la culture, de la peinture et de l'architecture. Le paysage compte beaucoup à Venise, un paysage à la fois minéral et à la fois liquide. Car l'eau est partout, dans les canaux, grands et petits, alternant avec les maisons, les monuments, les campos, les ruelles. Ce labyrinthe absolument fascinant ne peut qu'inspirer les poètes et les écrivains. Venise rassemble tous les arts dont l'art littéraire. Je me souviens toujours des pages de Proust dans la Recherche, de "La mort à Venise" de Thomas Mann, du "Venises" de Morand, de la la passion de Philippe Sollers pour la cité avec son "Dictionnaire amoureux de Venise" J'ai lu avant de partir un ouvrage de Joseph Brodsky, "Acqua Alta", paru en 1992. Ce poète russe, prix Nobel de Littérature, a composé un éloge de Venise et il compare la présence de l'eau au Temps : "Je crois simplement que l'eau est l'image du temps et à chaque Saint-Sylvestre, d'une manière quelque peu païenne, je m'efforce d'être près de l'eau, si possible au bord d'une mer ou d'un océan, afin d'en regarder sortir une nouvelle rasade de temps qui me sera un nouveau recours". Ce poète a vécu dans une maison sur les Zattere où je demeurais et la plaque commémorative signalant ses séjours vénitiens m'avait déjà intéressée. Je connaissais les îles proches de Venise comme Murano et Burano et une île m'attirait davantage loin de la fréquentation touristique. J'ai donc pris un vaporetto pour l'île San Michele très proche du quartier Castello. Les murs de couleur ocre encerclent l'île, peuplée de cyprès immenses. Dès que je suis arrivée au cimetière, j'étais frappée par le silence du lieu et même par un respect "religieux" des visiteurs très peu nombreux. J'ai parcouru les allées et je me suis retrouvée devant la tombe de Joseph Brodsky. Cette île des morts, créée en 1837, comporte les cimetières catholique, orthodoxe et évangélique. D'autres célébrités reposent dans cet espace hors du temps comme Stravinsky, Ezra Pound ou Diaghilev. Un cloître magnifique ceinture la seule église de ce lieu si émouvant et si reposant. Pourquoi Venise attire autant ? Le poète russo-américain répond à sa façon : "La ville n'est pas faite pour être un musée, puisqu'elle est elle-même une œuvre d'art, le plus grand chef d'œuvre que notre espèce ait produit". Me promener pendant une bonne semaine dans une œuvre d'art, un privilège incomparable !
mardi 12 avril 2022
Venise, la cité des musées
Quand je retourne à Venise, j'effectue un pèlerinage artistique. J'ai commencé par la Ca'Pesaro, un musée installé dans un palais de marbre sur le Grand Canal, construit au XVIIe par Baldassare Longhena. Le palais présente des fresques de Pittoni et de Tiepolo. Il contient des peintures des plus grands artistes des XIXe et du XXe. Devant mes yeux, Klimt, Kandinsky, Klee, Chagall, Bonnard, De Chirico, Sironi et surtout un des mes peintres méditatifs préférés, Morandi, avec son obsession des natures mortes aux bouteilles et aux bols comme une exaltation muette et profonde des choses du quotidien. Le même architecte vénitien a imaginé le deuxième musée de Venise, la Ca'Rezzonico, aussi baroquissime que la Ca'Pesaro. Mobilier du XVIIIe, verreries, lustres en bouquets de fleurs, argenterie, vaisselle, peintures et plafonds peints, je ne peux pas citer tous les artistes vénitiens qui ont décoré le palais mais quand on se retrouve à l'intérieur de la Ca'Rezzonico, le visiteur se voit projetée dans cette ambiance vénitienne en traversant la salle de bal et la salle du trône. Cette magnificence baroque représente la quintessence d'une civilisation particulièrement raffinée. Les tableaux de Longhi montrent la vie des Vénitiens et des Vénitiennes à cette époque dorée, leur espièglerie, leur art de la comédie. Ce n'est pas pour rien que le Carnaval de Venise fascine autant la cité. J'ai retrouvé les peintres emblématiques de la Sérénissima comme Guardi et Canaletto. J'ai évité les grandes institutions en fin de semaine pour éviter la foule que j'avais croisé au Palais des Doges. L'avantage des petits musées réside dans une fréquentation très raisonnable où l'on déambule en toute tranquillité. J'ai donc repris le chemin de la Galerie de l'Académie le lundi matin où (je n'en croyais pas mes yeux), je n'ai pas attendu une seconde pour prendre mon billet. Ce musée contient des tableaux d'une beauté étrange que je ne cesse d'admirer : un Jérôme Bosch splendide et inquiétant avec la représentation de l'Au-delà, des Bellini dont les toiles de Giovanni, l'équivalent d'un Raphaël à Venise. Ses Madones avec l'enfant Jésus demeurent gravées dans ma mémoire. Je suis restée longuement devant la célèbre "Tempête" de Giorgione, une toile mystérieuse à l'ambiance orageuse, une scène ésotérique entre un berger, une femme allaitant son enfant et la présence invisible du peintre que la jeune mère regarde. Ce tableau d'un magnétisme rayonnant trouble toujours autant et interroge le regard. Une salle présente aussi la "première bande dessinée" de la peinture occidentale avec Carpaccio et sa légende de Sainte Ursule. Des toiles surgissent devant moi : Véronèse, Le Tintoret, Bassano, le Titien : un festival de couleurs, de formes, de tourments, de piété, de sentiments... La peinture italienne : un miracle ! Je pense au miracle grec que j'aime particulièrement et là à Venise, tous ces artistes s'adonnaient par leur créativité à la Beauté, chère à Platon. L'Italie, un pays des merveilles...
lundi 11 avril 2022
Venise, la Place San Marco
Dès mon arrivée, j'ai revu le cœur de Venise avec l'affluence habituelle des touristes toujours très nombreux sur la place stratégique de San Marco. Une balade à Venise en plein air se transforme vite en parcours muséal entre le Palais des Doges, le Campanile, l'Horloge et la Basilique. Autour de moi, des statues sur les toits des monuments, le lion ailé de Saint Marc, les gondoles à quai et les pilots en bois. Un panorama grandiose et familier s'offre à tous les regards émerveillés. Il vaut mieux se retrouver tôt le matin ou tard le soir pour apprécier cette place car les touristes de passage s'éparpillent comme des pigeons quand tombe la nuit. Ma première visite du samedi s'est donc déroulée dans le Palais des Doges, de style gothique et Renaissance, construit en 1340 et achevé en 1366. Il faut absolument s'intéresser à l'histoire de la République vénitienne pour comprendre la puissance politique conquérante de la cité pendant des siècles. Les salles monumentales se traversent avec les yeux aux plafonds somptueusement décorés de fresques. Le tableau le plus remarquable a été peint par Le Tintoret, "Le Paradis". Une foule incroyable de personnages en état d'apesanteur s'étale sur une fresque murale de 25m sur 10m. On se croirait plus en enfer qu'au paradis et cette impression saisissante découle du nombre considérable des personnages illuminés par la foi. Mais, en pénétrant dans la "Sala dello Scrutinio", changement total de siècle avec Anselm Kiefer avec ses toiles gigantesques qui occupaient les parois de deux salles. L'installation est liée aux célébrations du 1600e anniversaire de la fondation de Venise. Le plasticien allemand a proposé ses œuvres sous l'égide d'un philosophe vénitien, Andrea Emo : "Ces écrits, lorsqu'ils seront brûlés, donneront enfin un peu de lumière". L'artiste allemand rappelle l'incendie qui a touché le Palais des Doges en 1577. Des livres brulés surgissent du premier tableau composé de tiges de bois sur un fond gris. Les autres tableaux monumentaux montrent le destin de Venise entre guerres et conquêtes, forces et fragilités, allégresse et angoisse, une métaphore de l'aventure humaine. J'ai tellement été subjuguée par cette exposition que je l'ai revue une deuxième fois pour décrypter les nombreux messages de l'artiste. L'art crépusculaire d'Anselm Kiefer se situe dans une dimension spirituelle et métaphysique qu'il est parfois difficile de comprendre. Après ces toiles saisissantes, j'ai traversé les prisons du Palais appelées les plombs. Casanova a été détenu dans cet endroit lugubre et s'évada de cet enfer. Quand je suis sortie du Palais des Doges, j'ai remarqué l'escalier avec deux statues géantes. Après tant de trésors artistiques, une balade dans le quartier San Marco a conduit mes pas vers des églises ouvertes. Et à Venise, les églises sont aussi des musées !
vendredi 8 avril 2022
Venise, une cité amphibie
J'ai vécu une semaine dans une bulle temporelle loin du fracas de la guerre en Ukraine et de la comédie burlesque de notre monde politique si médiocre. Venise représente pour moi une cité enchantée où ne roule aucune voiture (Madame Hidalgo devrait transformer sa ville en cité aquatique). A partir de cet élément, un certain silence règne dans les ruelles et dans les campos, les canaux et la lagune. Ce silence particulier est zébré par le bruit métallique des vaporettos qui sillonnent constamment les veines de Venise. Les vaporettos, apparus à la fin du XIX, sont concurrencés par un nombre frappant de toutes sortes d'embarcation : ambulances, transporteurs divers, bateaux poubelles, taxis de luxe et parmi ce merveilleux spectacle, glissent paisiblement les gondoles traditionnelles, habillés de noir et chamarrées de tissus rouge et or. Le cliché de Venise fonctionne encore pour les couples d'amoureux qui ne résistent pas à magnifier leur relation avec un romantisme désuet. Tout ce monde sur l'eau se dépasse sans s'insulter, se surpasse avec une adresse séculaire et lâche sur les quais les transportés avec une politesse exquise. J'ai passé pas mal de temps sur ces vaporettos avec parfois une foule compacte et parfois assez tranquille. Les gestes séculaires des marins vénitiens se devinent dans la dextérité efficace des employés aussi bien garçons que filles quand ils lancent les cordes pour attacher le bateau sur la plateforme mouvante. Ce bateau collectif à soixante euros la semaine permet de visiter la cité avec les Vénitiens et avec les Vénitiennes qui doivent souffrir de l'invasion touristique en gardant le sourire. En début avril, j'ai remarqué la présence de Français (en majorité), des Allemands et des Anglais. Les touristes d'Asie ne sont toujours pas revenus et cette absence de consommateurs compulsifs doit peser sur l'économie locale. Dès l'aéroport, j'ai pris le bateau "Alilaguna" qui traverse la lagune et quand je suis arrivée à la hauteur de la Place San Marco, cette vue de Venise si célèbre dans le monde entier, conserve toujours sa magie. La météo n'était pourtant pas follement favorable mais, même avec un ciel gris troué de bleu, je me souvenais des plafonds peints de Tiepolo. Le soleil est revenu dès le samedi avec parfois quelques nuages paresseux survolant l'horizon. Comme j'avais loué un appartement sur les Zattere, proche de la Punta de la Dogana, je retrouvais dans cet espace vintage de palais un peu décati, la présence de l'eau conquérante, venu de la mer Adriatique, devant le canal de la Guidecca. J'ai remarqué un air d'allégresse, un esprit d'insouciance sur les visages des touristes quand j'ai marché vers la Place San Marco. J'avais envie de partager cette philosophie de "la légèreté d'être", si chère à Milan Kundera. Revoir cette place plus que millénaire m'a vraiment basculée dans un temps inactuel, une durée élastique où les années ne comptent plus comme si je me baignais dans les siècles comprimés à la manière d'une sculpture de César. Une étrange et envoûtante expérience qui ne faisait que commencer...
lundi 28 mars 2022
Paris, culture garantie
Après le Panthéon, j'ai découvert avec un grand intérêt l'exposition "Les Pionnières" au Palais du Luxembourg que l'on peut voir jusqu'au 22 juillet. A travers la présentation de peintures, sculptures, photographies et d'autres supports, le musée a mis à l'honneur le rôle essentiel des femmes dans le mouvement artistique de la modernité. Je citerai en priorité Tamara de Lempicka, Sonia Delaunay, Chana Orloff, toutes nées à la fin du XIXe qui accèdent aux écoles d'art jusqu'alors réservées seulement aux hommes. Paris devient le centre de ces années folles car beaucoup de femmes artistes choisissent la capitale française pour exprimer leur mode de vie originale. Elles osent s'emparer d'ateliers, de maisons d'édition, de galeries et un vent de liberté souffle dans la ville symbole de toutes les audaces. Elles s'habillent comme elles veulent, s'aiment souvent entre elles, choisissent leur époux ou vénèrent leur célibat. J'ai remarqué des photographies de la libraire, Adrienne Monier, fondatrice de la "Maison des Amis des Livres" au 7, rue de l'Odéon. Dans sa librairie qui est aussi une bibliothèque de prêt, elle accueille de nombreux écrivains comme Paul Valéry, Hemingway, James Joyce, Simone de Beauvoir, Louis Aragon et tant d'autres. Elle fut la compagne de Silvia Beach qui ouvrit la célèbre librairie, Shakespeare and Company, un des foyers les plus actifs de la culture parisienne de l'entre-deux-guerres. Ces années 20, les Années folles, constituent la matrice de la modernité en littérature et dans le monde de l'art. Les femmes ont saisi cette opportunité pour s'affirmer et ont creusé les sillons prometteurs de leur libération. Dans ce quartier, j'ai visité aussi le Musée Eugène Delacroix, rue de Furstemberg, un ermitage agréable avec un beau jardin, un lieu propice à la création artistique. Le peintre aime la nature et la retrouve dans cet écrin de verdure. J'aime découvrir les ateliers d'artiste comme les maisons d'écrivain pour sentir l'esprit du lieu. Le lendemain, je suis retournée au Louvre pour revoir quelques salles surtout celles consacrées à la peinture du Nord de l'Europe. J'ai revu avec plaisir Breughel le vieux, Rembrandt et surtout mon Patinier, un peintre hollandais peu connu et son saint Jérôme fabuleux. Je ne pouvais pas rater les salles des Etrusques et de la Grèce archaïque que j'aime particulièrement. Le Louvre, le plus beau musée du monde que je ne cesse de redécouvrir depuis des années. Evidemment, j'ai assisté à un concert de musique classique, du Schubert magnifique avec sa symphonie tragique et j'ai vu Fabrice Lucchini, avec ses fables de La Fontaine. Ce comédien adore la littérature et il nous communique cet amour avec enthousiasme. Dans ce monde plein de vacarme et de drames, de bruits de guerre, la culture encore vivante de Paris a mis un pansement de consolation à mon âme parfois malmené par les circonstances extérieures...
vendredi 25 mars 2022
Paris, du Petit Palais au Panthéon
Paris propose toujours des expositions que l'on peut voir rarement en "province". Seules, quelques métropoles dont Lyon peuvent parfois concurrencer la capitale. En mars, j'ai donc découvert au Petit Palais, un peintre finlandais du XIXe, Albert Edelfelt. Ce musée parisien magnifique, face au Grand Palais en cours de rénovation, poursuit son exploration des artistes scandinaves après Carl Larsson et Anders Zorn. Cet artiste a entrepris un voyage à Paris en 1874 pour se faire connaître et décide d'y rester. Son style mêle impressionnisme et réalisme dans les paysages, les portraits et les scènes historiques. J'ai préféré ses tableaux sur la nature finlandaise, imprégnés de douceur et de mélancolie. Ce peintre sensible et délicat est considéré comme le "plus parisien des Finlandais et le plus finlandais des Parisiens". Avant de quitter le musée, j'ai revu la section antique avec de très beaux vases grecs. J'ai ensuite réaliser un projet qui me tenait à cœur depuis longtemps : visiter le Panthéon. Pourtant, je l'ai contourné plusieurs fois sans éprouver la curiosité de voir l'intérieur en "vrai" tellement les images de cet édifice sont diffusées à la télévision lors des commémorations. J'ai franchi le pas et quand j'ai pénétré dans la salle principale, j'avoue ma stupéfaction de constater le côté grandiose de ce monument de style néo-classique au cœur du Quartier latin dans le 5e arrondissement. Prévu au XVIIIe pour être une église, le bâtiment a changé de vocation après la Révolution française pour accueillir les grands personnages ayant marqué l'Histoire de France. Sa ressemblance avec son grand frère de Rome ajoute encore plus de solennité. J'ai tout de suite remarqué les immenses toiles d'Anselm Kiefer exposées depuis le 11 novembre 2018 à l'occasion de l'entrée de Maurice Genevoix au Panthéon. Deux tableaux monumentaux symbolisent les tranchées et dénoncent l'horreur de la guerre. Six vitrines percutantes accueillent des sculptures constituées de matériaux divers : barbelés, plomb, fumier, bicyclettes, etc. Ces œuvres tragiques et métaphysiques disposées dans la grande salle vont rester au Panthéon de façon pérenne. Ce geste artistique dénonce l'absurdité de la guerre et rend hommage à tous les soldats de 14/18. Je suis descendue dans la crypte pour me recueillir devant les tombes de Simone Veil et de son mari. Elle repose pour l'Eternité avec des compagnons illustres, Jean Moulin et André Malraux. Je ne m'attendais pas du tout à éprouver une certaine émotion au Panthéon, cet édifice historique d'une magnificence toute romaine.