des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
lundi 7 juin 2010
Citation pour démarrer la semaine
De Georges-Arthur Goldschmidt : "Il y a des livres qui tiennent au creux de la main et rien n'est plus étonnant que l'incongruité de ces objets si totalement sans rapport avec leur contenu, ça ne paye pas de mine et ça peut renverser des mondes."
vendredi 4 juin 2010
Les mains rouges
J'ai lu le dernier roman de Jens Christian Grondahl, écrivain danois qui a déjà publié cinq romans lus eux aussi en leur temps : "Silence en octobre", "Bruits du coeur", "Virginia", "Sous un autre jour", "Piazza Bucarest". Il existe dans mes choix de lecture le suivi des romans d'une bonne cinquantaine d'écrivains que j'aime tout particulièrement. Je pourrais les baptiser de : "mon écurie littéraire" et Grondahl ne m'a jamais déçue ! Son dernier livre raconte le destin d'une jeune femme, qui en 1977, croise le destin d'un étudiant. Cette femme va le solliciter pour un hébergement provisoire et va lui confier une clé de consigne. On apprendra qu'elle est liée à un couple de terroristes sans trop s'en rendre compte et elle disparaît subitement sans laisser de traces. Or, un jour, notre étudiant la retrouve et je n'en dis pas plus ! Cet écrivain traduit à merveille les errements de la personnalité, les passés lourds à porter et les difficultés à renaître malgré des erreurs dits de jeunesse. Ce roman mêle la petite histoire à la grande, surtout dans les années 70 et 80. J'attends son roman suivant qui sera lui aussi une grande réussite !
jeudi 3 juin 2010
Jean-Baptiste Del Amo
En 2009, j'ai reçu à la bibliothèque (où je travaille encore pour un mois !) un écrivain "naissant" : j'emploie cet adjectif pour qualifier un jeune auteur qui participait au Festival du Premier Roman de Chambéry. Il se nomme Jean-Baptiste Del Amo et je peux vous dire que j'ai rarement rencontré un jeune homme de cette envergure dans les six années où j'ai animé et suivi les rencontres avec les auteurs sélectionnés par les groupes de lecture de Chambéry (Lycéens, étudiants, adultes). J'avais donc lu son premier roman "Une éducation libertine" aux éditions Gallimard avec un plaisir énorme et j'étais "bluffée" par son style, le "déroulé" du roman avec un personnage décalé et maudit qui se prostitue dans le Paris du XVIIIème siècle. Les odeurs de ce Paris fantastique devenaient un fil conducteur ainsi que les pérégrinations du personnage central voulant à tout prix devenir "noble", lui, le roturier et misérable de naissance. Ce roman est sorti en poche en folio (c'est rare d'éditer des premiers romans en poche !). J'attendais son deuxième roman et j'ai remarqué une nouvelle de lui "Le sel", publié dans l'excellente revue française (NRF) du mois d'avril 2010. Ce n'était pas une nouvelle mais un extrait de son deuxième roman qui sortira en septembre et j'ai dévoré ces 20 premières pages ! Décidément, ce jeune homme a un talent fou et j'espère qu'il comptera dans le panorama actuel de la littérature française !!!!
mardi 1 juin 2010
Eloge de la lenteur
Dans ma bibliothèque privée, je conserve des livres lus il y a un certain temps et que je réserve pour ma "retraite" afin de les relire. J'ai anticipé cet acte en relisant l'ouvrage de Pierre Sansot : "Du bon usage de la lenteur" aux éditions Payot, paru en 1998. Ce petit ouvrage de charme n'a pas pris une seule ride et devrait figurer au programme des "politiques" qui veulent nous empêcher de vivre à notre rythme. Que révèle ce cher Pierre Sansot ? "La lenteur, c'était à mes yeux, la tendresse, le respect, la grâce... Pour ma part, je me suis promis de vivre lentement, religieusement, attentivement, toucher les saisons et les âges de mon existence." Quand on consulte la table des matières, on trouve les intitulés suivants : flâner, écouter, un ennui de qualité, rêver, attendre, la province intérieure, écrire, etc. J'adore un chapitre où il aborde la culture de ceux qui veulent "tuer" le temps le plus vite possible : amateurs infatigables du sport, des activités multiples et délirantes de notre société de consommation. Ce livre plein de sagesse, d'ironie et de sérénité me semble contenir un programme tout à fait porté sur le bonheur d'être au monde en toute simplicité. On est loin de l'ambiance sociétale d'aujourd'hui : bouger, s'activer, travailler comme un fou, être le meilleur pour écraser les autres, toujours partir, sinon mourir ! Pierre Sansot a toujours attiré ma sympathie et je dirais ma tendresse. Sociologue et philosophe, il est mort en 2005 à Grenoble. Sur Wikipédia, je lis sa notice biographique : "Son œuvre a la particularité de s'attacher au repérage des petites choses du quotidien qui donnent du sens à la vie des gens ordinaires. Dans Les gens de peu, il décrit les moments de sociabilité que les couches populaires mettent en oeuvre pour enrichir un quotidien trivial et aliéné. D'autres ouvrages prolongent la même démarche en recherchant le jouissif à travers des thèmes aussi variés que la beauté du paysage et la pratique de la conversation, du rugby, de la promenade, de la lenteur, etc. Donc à lire et que toute bibliothèque devrait proposer aux lecteurs :
Le Rugby est une fête, Plon, 1991;
Les Gens de peu, PUF, 1992.
Papiers rêvés, papiers enfuis, Fata Morgana, 1993
Jardins publics, Payot, 1994. Rééd. 1995
Les Pilleurs d'ombres, Payot, 1994 . Rééd. Corps 16, 1995
Les Vieux ça ne devrait jamais devenir vieux, Payot, 1995 et 2001
Les Pierres songent à nous, Fata Morgana, 1995
Demander la Lune, Fata Morgana, 1995
Du bon usage de la lenteur, Payot, 1998. Rééd. Corps 16, 1999 et Rivages, 2000
Chemins au vent. L'art de voyager, Payot, 2000. Rivages, 2002
J’ai renoncé à vous séduire, Desclée De Brouwer, 2002
Bains d'enfance, Payot, 2003
Le Goût de la conversation, De Brouwer, 2003
La beauté m'insupporte, Payot, 2004
Ce qu'il reste, Payot, 2006 [ouvrage posthume]
Roman
Il faudra traverser la vie, Grasset, 1999
Le Rugby est une fête, Plon, 1991;
Les Gens de peu, PUF, 1992.
Papiers rêvés, papiers enfuis, Fata Morgana, 1993
Jardins publics, Payot, 1994. Rééd. 1995
Les Pilleurs d'ombres, Payot, 1994 . Rééd. Corps 16, 1995
Les Vieux ça ne devrait jamais devenir vieux, Payot, 1995 et 2001
Les Pierres songent à nous, Fata Morgana, 1995
Demander la Lune, Fata Morgana, 1995
Du bon usage de la lenteur, Payot, 1998. Rééd. Corps 16, 1999 et Rivages, 2000
Chemins au vent. L'art de voyager, Payot, 2000. Rivages, 2002
J’ai renoncé à vous séduire, Desclée De Brouwer, 2002
Bains d'enfance, Payot, 2003
Le Goût de la conversation, De Brouwer, 2003
La beauté m'insupporte, Payot, 2004
Ce qu'il reste, Payot, 2006 [ouvrage posthume]
Roman
Il faudra traverser la vie, Grasset, 1999
dimanche 30 mai 2010
La Bataille de Roncevaux
J'ai fini de lire ce week-end le roman d'Eugène Green : "La bataille de Roncevaux" aux éditions Gallimard.
Je reprends le résumé du livre proposé par l'éditeur et qui est très bien écrit !
"Gotzon Peyrat, orphelin élevé par sa grand-mère dans une ferme près de Donibane Garazi, que la République française appelle Saint-Jean-Pied-de-Port, vit dans le présent intemporel de la langue basque.
Le roman raconte l'enfance et la jeunesse de Gotzon, sa scolarité dans les écoles républicaines, sa découverte du trésor de l'amitié, ses premiers émerveillements amoureux... Peu à peu il comprend à quel point la langue basque donne son sens à l'univers qui l'entoure. Mais il voit tous ses proches disparaître, comme sa langue et son pays, ce qui fait croître en lui une grande colère. Ayant organisé une réplique héroï-comique de la bataille de Roncevaux, Gotzon va se trouver accusé d'un crime grave..."
Si j'ai lu ce livre avec un très grand plaisir et un intérêt profond, c'est parce que je suis aussi originaire du Pays Basque mais je n'ai pas la maîtrise de la langue basque à mon grand regret. Mes parents sont d'origine espagnole aragonaise du côté paternel et d'origine béarnaise du côté maternel avec une arrière grand-mère qui s'appelait "Cheverry" (je crois qu'en basque, etcheverry est un mot courant qui veut dire maison). Le Pays Basque est un territoire linguistique très particulier et unique au monde et ce roman, écrit par un "non-basque" est une ode magnifique à la langue basque toujours aussi mystérieuse (on la dit "préhistorique"). J'ai toujours compris l'esprit de résistance des Basques pour une reconnaissance de leur langue et de leur culture : combat juste et nécessaire. Si tout le monde parlait anglais, ce serait banal et triste. Le Basque en tant que langue devrait être inscrit au patrimoine de l'Humanité et ,même si je ne le parle pas (il faut naître dedans), j'adore lire tous les panneaux écrits en basque et en français quand je vais très souvent dans mon pays "natal". Et j'avoue que je suis de temps en temps agacée par les milliers de touristes qui passent en coup de vent ou se prélassent sur les plages sans pénétrer le vrai Pays Basque, authentique et fort, avec leur coeur et leur curiosité !
Lisez donc ce roman pour aimer et connaître le Pays Basque !
Je reprends le résumé du livre proposé par l'éditeur et qui est très bien écrit !
"Gotzon Peyrat, orphelin élevé par sa grand-mère dans une ferme près de Donibane Garazi, que la République française appelle Saint-Jean-Pied-de-Port, vit dans le présent intemporel de la langue basque.
Le roman raconte l'enfance et la jeunesse de Gotzon, sa scolarité dans les écoles républicaines, sa découverte du trésor de l'amitié, ses premiers émerveillements amoureux... Peu à peu il comprend à quel point la langue basque donne son sens à l'univers qui l'entoure. Mais il voit tous ses proches disparaître, comme sa langue et son pays, ce qui fait croître en lui une grande colère. Ayant organisé une réplique héroï-comique de la bataille de Roncevaux, Gotzon va se trouver accusé d'un crime grave..."
Si j'ai lu ce livre avec un très grand plaisir et un intérêt profond, c'est parce que je suis aussi originaire du Pays Basque mais je n'ai pas la maîtrise de la langue basque à mon grand regret. Mes parents sont d'origine espagnole aragonaise du côté paternel et d'origine béarnaise du côté maternel avec une arrière grand-mère qui s'appelait "Cheverry" (je crois qu'en basque, etcheverry est un mot courant qui veut dire maison). Le Pays Basque est un territoire linguistique très particulier et unique au monde et ce roman, écrit par un "non-basque" est une ode magnifique à la langue basque toujours aussi mystérieuse (on la dit "préhistorique"). J'ai toujours compris l'esprit de résistance des Basques pour une reconnaissance de leur langue et de leur culture : combat juste et nécessaire. Si tout le monde parlait anglais, ce serait banal et triste. Le Basque en tant que langue devrait être inscrit au patrimoine de l'Humanité et ,même si je ne le parle pas (il faut naître dedans), j'adore lire tous les panneaux écrits en basque et en français quand je vais très souvent dans mon pays "natal". Et j'avoue que je suis de temps en temps agacée par les milliers de touristes qui passent en coup de vent ou se prélassent sur les plages sans pénétrer le vrai Pays Basque, authentique et fort, avec leur coeur et leur curiosité !
Lisez donc ce roman pour aimer et connaître le Pays Basque !
vendredi 28 mai 2010
Les saisons
Je remarque que les Séries Télé font fureur en ce moment : du Docteur House aux Desesperate housewife, en passant par Heroes, Fringe, les 4400, Lost (surtout) : j'avoue que j'apprécie de les regarder en famille car en général, les émissions de télé sont assez insipides le soir et les téléfilms français sont navrants de platitude et de conformisme ambiant. Le goût des séries m'est venu très tardivement car je me détournais de ce type de divertissement. J'ai commencé à voir les "Desesperate" (grâce à mon frère!), et j'ai constaté l'humour décapant, la description au scalpel de la vie quotidienne des femmes américaines et leur générosité amicale entre elles. Bref, pour se détendre, il vaut mieux lire, aller au cinéma, évidemment, mais aussi regarder ces très bonnes séries au lieu de suivre des émissions françaises du soir à la télé. Cela me rappelle les grandes sagas romanesques que nous lisions quand on était jeunes à partir de 15 ans : les Angélique, les Troyat, la saga des Jalna, et la plus passionnante pour moi comme les Thibault de Roger Martin du Gard qu'on ne lit plus aujourd'hui. Cette continuité dans le temps remplit une fonction psychologique essentielle : vivre une histoire à l'infini qui ne termine jamais alors que la vie, notre vie un jour s'arrêtera, se donner un sentiment d'éternité... Saison 1, 2, 3, 4, 5 et plus, c'est magique !
jeudi 27 mai 2010
Une chanson pour l'absente
Stewart O'Nan, écrivain américain, né en 1967 à Pittsburgh, est publié depuis ses débuts par les éditions de l'Olivier :"Speed Queen", "Un monde ailleurs" et "Nos plus beaux souvenirs". J'avais déjà lu "Nos plus beaux souvenirs" et j'en ai gardé un beau souvenir de lecture. Cette littérature américaine n'a aucun complexe. Ce roman se lit comme un "polar" et j'ai ressenti tout de suite une adhésion au thème : une jeune fille disparaît et les réactions de panique des membres de cette famille sont décrites et analysées d'une façon incontestablement réaliste et en même temps émouvante. On sait qu'un des plus grands drames que peuvent traverser les familles, c'est bien la disparition d'un enfant et d'un adolescent qui ne sont jamais retrouvés et l'actualité quotidienne nous alerte sur des cas très douloureux. J'ai compris la réaction des parents désemparés, désespérés, fous d'angoisse et d'espoir. Ce livre possède des échos de vérité, d'authenticité et cela montre une fois de plus la force de la littérature, son pouvoir immense pour décrire la condition humaine et ses folies. C'est vrai que ce n'est pas un livre facile à lire mais Stewart O'Nan est un écrivain formidable qui rentre dans la peau des personnages avec empathie et compassion. La maison d'édition en question "Les éditions de l'Olivier" ont dans leur catalogue de sacrés bons romans !!! Et je suis rarement déçue quand j'en lis un...
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