lundi 2 mars 2026

Atelier Littérature, l'héritage, 2

 Les deux Odile et Geneviève ont choisi "Héritage" de Miguel Bonnefoy et d'un accord commun, elles ont beaucoup apprécié ce roman, publié chez Rivages en 2020. Ce livre a obtenu le prix des Libraires et raconte l'histoire passionnante de plusieurs générations de la famille des Lonsonier. Le premier patriarche est parti au Chili en emportant un pied de vigne des coteaux du Jura à la fin du XIXe siècle. Son fils, Lazare, de retour de la Première Guerre Mondiale, poursuivra l'héritage de son père en construisant dans le jardin la plus belle des volières du pays. Margot, sa fille, sera pionnière de l'aviation et donnera naissance à Ilario Da, le révolutionnaire. Ce roman très puissant reliant les deux continents est une fresque familiale, sociale et historique, passionnante à lire. Danièle a découvert "Le Noeud de vipères" de François Mauriac, publié en 1932 et disponible en livre de poche. Parfois, les classiques du XXe siècle sont peu lus et je félicite Danièle d'avoir choisi ce roman familial à l'allure d'un thriller. Ce roman "vipérien" concerne surtout le père de famille, mal aimé et craint par ses enfants adultes. Le venin s'est infiltré dans le coeur de cet homme, obsédé par l'argent. Il veut déshériter sa progéniture qu'il déteste. Cette histoire bordelaise prend des accents balzaciens quand le père de famille choisit comme héritier, son fils illégitime, né d'une relation avec sa maîtresse parisienne. Mais, coup de théâtre, il est cruellement déçu par ce jeune homme. L'argent, maître de son destin, lui a gâché sa vie. Sa femme meurt subitement et dans sa solitude, il comprend enfin qu'elle l'aimait. Un roman fort, servi par le style d'un grand écrivain. Régine a présenté "Les silences d'Ogliano" d'Elena Piacentini chez Actes Sud. Un village du Sud, une famille riche, un crime, des lourds secrets de famille transmis de génération en génération. Régine a bien précisé que ce roman évoquait davantage l'héritage moral et le passage délicat de l'adolescence à l'âge adulte. Un roman agréable à lire avec un fil conducteur, le personnage d'Antigone. Odile Bo a beaucoup aimé "L'héritage d'Esther" de Sandor Marai, publié en 1939. Ce roman envoûtant raconte l'histoire d'une femme, Esther, victime d'un escroc dont elle est toujours amoureuse vingt ans après. Il revient la voir pour récupérer l'héritage de sa femme, soeur d'Esther. Le cynisme de cet homme malhonnête, sa rapacité, son inconscience le rendent particulièrement odieux. Comme Odile, J'aime beaucoup Sandor Marai dont son journal intime, un grand écrivain hongrois à lire sans modération. 

vendredi 27 février 2026

Atelier Littérature, l'héritage, 1

 Nous étions presque au complet ce jeudi 26 février au bar salon "Jetez l'ancre" pour évoquer le sujet de l'héritage et parler des coups de coeur. Après avoir donné les dates des prochains ateliers, j'ai proposé à Mylène de démarrer la séance. Elle a beaucoup aimé "L'héritier" de Vita Sackville-West (1892-1962), une écrivaine anglaise surtout connue pour son histoire d'amour avec la grande Virginia Woolf. Son roman raconte l'héritage inattendu d'une tante à son neveu, Perigrine Chase. Il reçoit un domaine magnifique dans la campagne anglaise. Modeste employé, il découvre la magnificence de ce manoir et de son jardin avec ses paons. Mais, il doit vendre ce domaine pour éponger les dettes de sa tante. Plus le temps passe, plus il est séduit par la beauté du lieu malgré la menace de la mise en vente, organisée par un notaire. Mylène a beaucoup apprécié la finesse psychologique du jeune homme, saisi par le charme du lieu. Ce livre lui rappelait le talent fou des écrivaines anglaises avec leurs analyses pyschologiques en profondeur. Agnès a découvert Richard Russo et son roman, "Le Testament de Sully", publié en 2023. Sully, le père de Peter, a laisse un héritage moral à son fils : prendre soin de sa famille, de ses amis et des inconnus. Peter, professeur d'université, retrouve son fils, Thomas, après des années de séparation. Par ailleurs, un corps a été découvert dans un hôtel abandonné dans cette ville, North Bath, en pleine crise sociale. Au-delà de cet évenement, l'écrivain américain décrit un monde difficile où seuls, les liens humains peuvent apporter du réconfort. Tous ces personnages, cabossés par la vie, ont ému Agnès qui a vraiment "adoré" ce livre et comme il appartient à une trilogie, elle lire les deux premiers, "Un homme presque parfait" et "A malin, malin et demi". Un écrivain à découvrir ! Marie-Christine a présenté un récit hors de la liste, "Comment j'ai vidé la maison de mes parents" de Lydia Flem. Evidemment, cet ouvrage évoque la mort des proches et comment les objets leur appartennant deviennent parfois des trésors pour ne jamais les oublier. (La suite, lundi)

mercredi 25 février 2026

"La Ligne", Aharon Appelfeld

  J'ai écouté sur France Culture l'écrivaine française, Valérie Zenatti, dans l'émission "A voix nue". Elle m'a donné envie de lire Aharon Appelfeld (1932-2018), dont elle est la traductrice officielle. J'ai donc découvert "La Ligne", publié en 1991 et disponible chez L'Olivier en 2025. Le narrateur récurrent de ses récits s'appelle Erwin, obsédé par la Shoah et par la difficulté d'être juif après le génocide. Les parents du protagoniste sont morts dans les camps de concentration. Le narrateur veut venger les siens, exterminés par les nazis et il a retrouvé le commandant du camp, le SS Nachtigall, dans un village où il s'est caché. Au fil du récit, il relate l'engagement communiste de ses parents et leur soutien aux locaux ruthènes qui, plus tard, n'hésiteront pas à pourchasser les juifs dans des pogroms. Après la guerre, Erwin passe sa vie dans les trains car il ne peut pas choisir un lieu permanent. Son vagabondage, baptisé "dromomanie", le mène de l'Italie en Autriche en s'arrêtant dans les mêmes étapes. Il exerce le métier de représentant de commerce et son activité concerne les objets de culte juif, souvent abandonnés et parfois pillés. Dans les auberges, il retrouve des femmes, des rabbins, des commerçants qui rêvent de partir en Israël sans réaliser ce projet vital pour eux.  Par contre, sur sa route, il rencontre l'antisémitisme des ex-bourreaux qui n'éprouvent aucun remords ni pardon envers leurs victimes. Je ne vais pas relater l'issue du roman. Va-t-il tuer le commandant SS ? Erwin parviendra-t-il à ressentir un certain apaisement après sa vengeance ? Lire Aharon Appelfeld, c'est découvrir un grand écrivain israélien, s'installant en Israël dès 1946. Il a choisi l'écriture et enseigna la littérature à l'université Ben Gourion jusqu'à sa retraite. Il était un ami de Philip Roth qui le comparait à Kafka. Il disait : "L'écriture m'a arraché aux profondeurs du désespoir. Elle est le fondement sur lequel j'ai reconstruit ma vie". Pour mieux connaître cet écrivain, il faut lire le récit de Valérie Zenattti, "Dans le faisceau des vivants" où elle raconte sa relation amicale et admirative avec l'écrivain israélien. 

mardi 24 février 2026

"Rendez-vous de Venise", Philippe Beaussant

 J'ai choisi comme thème du futur atelier Littérature de mars, la ville de Venise. L'année dernière, j'avais proposé Paris, un lieu romanesque par excellence. Venise s'est imposée tout naturellement car la Sérénissime symbolise pour moi la beauté avec un B majuscule dans toutes ses dimensions : musicale, picturale, architecturale et littéraire. Un lieu unique au monde qui reçoit évidemment des millions de touristes, la plupart du temps émerveillés par le Grand Canal, les palais et les églises, les places et les ruelles, et l'eau comme élément essentiel de Venise, la vraie peau de la ville. Je vais passer une semaine en mars pour retrouver cette ambiance si particulière, arpenter un vaisseau amarré à la terre, sans la présence inévitable des automobiles. Toutes sortes de bateaux défilent sous nos yeux ébahis, surtout les vaporetti. Par conséquent, je me nourris de livres vénitiens en ce moment et j'ai lu récemment le "Rendez-vous de Venise" de Philippe Beaussant, publié en 2003 chez Fayard. Un vieil oncle, Charles, historien d'art et spécialiste de la peinture italienne, a pour secrétaire particulier, son neveu, Pierre, le narrateur. Cet amateur des femmes "peintes", surtout celles de la Renaissance italienne, ne semble pas avoir connu l'amour. A la mort de cet oncle esthète, le neveu découvre un carnet de notes intimes où il est question d'une femme inconnue qu'il aurait aimé avec passion. Elle s'appelait Judith et c'était une de ses élèves. Comme elle voulait un enfant que lui ne désirait pas à cause de son âge avancé, ils se sont quittés. Pierre esr bouleversé par cette découverte. Dans un colloque où il est invité, il rencontre cette femme, historienne d'art comme lui. Son oncle lui cachait cette passion et il apprend aussi que Judith est mère d'un fille. Une intrigue amoureuse va se développer entre la fille de Judith et le neveu de Charles. Quand on aime l'Italie, la peinture, l'art, Venise, il faut lire ce roman érudit mais jamais pontifiant. J'avais évoqué un roman de Philippe Beaussant sur le musicien Stradella dans ce blog. J'ai retrouvé l'écriture élégante et raffinée de cet écrivain académicien un peu suranné aujourd'hui mais la littérature vintage posède un charme certain.

lundi 23 février 2026

"L' Anniversaire", Andrea Bajani

 Andrea Bajani vient de publier "L'anniversaire", paru chez Gallimard. Un roman coup de poing, un roman coup de coeur. L'auteur italien enseigne l'écriture créative à l'université de Houston aux Etats-Unis. Dans un article de presse, il se défend d'avoir écrit un récit autofictionnel et revendique la fiction pour son texte, criant de vérité. En Italie, son roman a obtenu le prix Strega et le prix des Lycéens. Dans le pays qui qualifie la famille "d'intouchable, de sacrée, d'archaïque", l'auteur a pris un risque en dénonçant cette "légende" de parents aimants et inoubliables. Bien au contraire, sa plume ne dérape pas quand il décrit l'ambiance toxique dans le foyer familial du narrateur. Emmanuel Carrère a commenté le roman en le résumant ainsi : "Peut-on se débarrasser de ses parents ? Du mal qu'ils nous ont fait ? Sans retour et sans appel ?". Le narrateur prend une décision radicale en décidant de ne plus jamais revoir les siens. Son père, autoritaire et violent, est un véritable tyran domestique. Son emprise sur sa femme et ses deux enfants s'exerce quotidiennement. La mère subit en silence les humiliations que son mari lui inflige. Il mène même une double vie avec sa maitresse. Le fils aîné a donc quitté cette famille et dix ans après, il revient à l'occasion d'un anniversaire. Le portrait de sa mère domine le récit car le père semble correspondre à un "masculisme" patriarcal typique : "Mon père voulait qu'elle ne soit rien de façon à pouvoir, lui, être quelque chose". Cette femme silencieuse, enfermée, supporte cette situation dans une soumission inexplicable. Le fils s'interroge sans cesse par l'absence de réactions vitales de sa mère. Le fils aime pourtant cette femme si émouvante qu'il aimerait sauver : "Je devais la soustraire à l'obscurité", la "désincorporer" de son mari. Cette "ombre qui se meut dans les coulisses du théâtre familial" , cette femme quasi morte, comment peut-elle accepter cette non-vie ? La peur d'être battue ? En fait, elle vit dans la terreur de son époux. Le narrateur apporte plusieurs éclairages sur cet couple parental qu'il vaut mieux fuir.  D'une plume scalpel, précise, concise, Andrea Bajani plaide pour l'acte de libération, symbolisée par une rupture définitive face à une famille dysfonctionnelle. Son salut dépend de cette fuite sans pardon possible. Un des romans les plus percutants en ce début d'année. 

jeudi 19 février 2026

"Le coeur lourd", Alain Finkielkraut

Alain Finkielkraut vient de publier "Le Coeur lourd" chez Gallimard. Il s'entretient avec Vincent Trémolet de Villers, journaliste au Figaro. J'appartiens à sa génération à trois ans près et j'ai lu ses ouvrages précèdents surtout ceux qui évoquent son lien amoureux avec la littérature. Alain Finkielkraut symbolise à mes yeux la nostalgie absolue et il se décrit tout au long de cet essai avec un "coeur lourd". Le livre démarre par une préface du journaliste présentant leur rencontre et leur méthode du dialogue. Suit un poème, un hommage à Georges Perec quand le philosophe égrène ses souvenirs sous forme d'une liste mémorable. Evidemment, il parle de la France d'avant, au temps du Général de Gaulle quand il apparaissait à la télé en noir et blanc. Et aussi, "des ouvreuses de cinéma, avec leur panier d'esquimaux et de chocolats glacés". Et des "billets de banque avec les portraits de Pascal, de Richelieu, de Montesquieu et de Saint-Exupéry". Cette liste peut faire sourire car le passé d'un pays n'intéresse plus grand monde mais je me retrouvais dans cette description d'un pays disparu. Quand le journaliste lui demande de parler de son rapport à la France, il cite les paysages qui le comblent : "la montagne Sainte-Victoire, la basilique de Vézelay, les paysages de Dordogne, le col du Ventoux, les vaches normandes, le cimetière de Lourmarin où repose Albert Camus". Il n'oublie pas aussi ses éblouissements pour quelques villes italiennes : Mantoue, Lucques, Sienne, Lecce, etc. Comme je le comprends ! Je partage avec ce philosophe, son pessimisme qui me rappelle l'espagnol Miguel de Unamuno avec son "sentiment tragique de la vie". J'apprécie chez lui sa passion de la littérature et des écrivains-phares en particulier Milan Kundera, Philip Roth, Hannah Arendt, Henry James, Flaubert, Conrad, Tchekhov. Le philosophe aime la pensée nuancée, les valeurs morales, la méritocratie, les animaux, la beauté du monde, la continuité historique. Il déteste les extrêmes, les dictatures, les totalitarismes mais aussi, la laideur des centres commerciaux, les éoliennes, l'élevage massif. Il est souvent caricaturé à cause de son esprit décliniste viscéral et de sa panique devant un monde qui change trop vite. Dans cet ouvrage, il est aussi question de ses positions sur Israël, sur le judaïsme. Il rappelle le passé de ses parents, fuyant la Pologne antisémite. Son père a été déporté à Auschwitz. Dans sa jeunesse, le philosophe se proclamait universaliste et cosmopolite mais en constatant que la France se transformait, il s'est senti "français" quand "la France se dépouillait rageusement d'elle-même". Un essai efficace pour découvrir les tourments et les inquiétudes légitimes d'un philosophe  "au coeur lourd", Alain Finkielkraut, un homme d'une gauche éthique et antitotalitaire comme son maître, Albert Camus. 

mardi 17 février 2026

"Nos héritages", Anna Hope

 Anna Hope, écrivaine anglaise, vient de publier son tout dernier livre, "Nos Héritages", aux Editions Gallimard dans la collection "Du Monde entier". Ce cinquième roman après "Le Chagrin des vivants", "La salle de bal", "Le Rocher blanc" et "Nos espérances", se lit avec un grand plaisir de lecture car j'ai reconnu le talent romanesque de la filière "écrivaines anglaises". Anna Hope a choisi un décor magnifique, celui d'un manoir, inspiré de Hammerwood Park, construit en 1792 avec ses colonnes doriques et ses frontons néo-classques dans un immense parc avec une rivière, des forêts, des étangs et des collines verdoyantes. Frannie, l'héritière d'un domaine, prépare les obsèques de son père et réunit tous les membres de sa famille à cette occasion. La jeune femme adore ce lieu où la nature est préservée : "un endroit fait de chênes et d'eau, de tritons, d'orvets et de rossignols". Elle-même s'engage dans un projet de "réensauvagement" de cet espace de quatre cents hectares dans le Sussex afin de créer un couloir de biodiversité avec d'autres propriétaires. Son militantisme écologique et son autorité naturelle lui donnent un charisme incontestable. Son frère lui propose un projet plus lucratif concernant la construction d'une clinique haut de gamme. Mais Frannie hésite à réaliser ce chantier. Sa soeur, enseignante à Londres, invite la fille de la dernière compagne de son père, Clara. Celui-ci a refait sa vie aux Etats-Unis avec sa maîtresse avant de revenir en Angleterre. Cette jeune américaine accepte l'invitation mais sa présence va provoquer un séisme familial. Elle a effectué des recherches sur le manoir en tant qu'historienne et elle révèle un secret caché depuis des générations. Pour connaître ce secret historiquement scandaleux, il faut lire ce roman politiquement engagé dans la cause écologique. L'écrivaine revisite le lourd passé colonial de son pays et ses conséquences délètères. Ce manoir bien mal acquis par son premier propriétaire sera-t-il sacrifié par Frannie ? Peut-on effacer le passé ? Un tableau d'art, hérité de son ancêtre problématique, sera mis en vente et réconciliera peut-être l'héritière avec son héritage. 

vendredi 13 février 2026

"Une drôle de peine", Justine Lévy

 J'ai emprunté par curiosité le récit autobiographique de Justine Lévy, "Une drôle de peine", publié chez Stock. Ce récit fiévreux évoque la mère de la narratrice, Isabelle Doutreluigne, la première épouse du philosophe Bernard-Henri Lévy. La mort de sa mère remonte à vingt ans et sa fille décrit ce moment d'une tristesse infinie où elle ne réalise pas la disparition de cette femme singulière.  Son deuil semble impossible et Justine Lévy veut raconter la vie d'Isabelle dans les années 70. La narratrice a cinq ans et sa mère vit avec Violaine, son amante. Elle décrit l'état de l'appartement avec les litières de chat toujours débordantes, le désordre envahissant, les livres éparpillés sur le sol, des bouteilles à l'abandon. Et surtout, la présence des seringues, de la drogue. C'était les années subversives après Mai 68 où tout était permis et où rien n'était interdit. Cette mère excentrique était belle, ancien mannequin et ex-détenue. Mais, elle a confié sa fille à son père, ne pouvant l'élever "normalement". Cet événement n'empèche pas Justine d'aimer sa mère avec une ferveur filiale qu'elle ne cesse d'écrire dans cet hommage à une femme pourtant défaillante à plusieurs niveaux. Elle relate aussi sa fin de vie car elle était atteinte d'un cancer. Ces pages sur cette malade admirable montrent son esprit audacieux et iconoclaste, narguant sa mort prochaine. Après le décès d'Isabelle, sa fille la cherche dans tous les lieux qu'elle a traversés dans sa vie bohème : à Mordelles dans la maison familiale, dans l'asile où vit son oncle, à Montmartre dans un café. Elle part même en Inde pour retrouver le fantôme de sa mère, mais, cette quête reste sans réponse : "Plus personne ne se souvient d'elle. Et moi, non plus. La preuve, cette enquête lamentable pour essayer de la faire revivre et où je suis en train de l'enterrer". Ce récit ressemble à une lettre d'adieu, un adieu d'amour à une mère au fond inconnue tant sa vie ressemblait aussi à un mirage. Un livre perturbant mais intéressant.

jeudi 12 février 2026

"L'héritage d'Esther", Sandor Marai

 J'ai choisi le thème de l'héritage pour l'Atelier Littérature de février, un sujet romanesque souvent traité dans la littérature mondiale tellement cette coutume traverse tous les temps et tous les lieux. J'ai donc découvert un roman de l'écrivain hongrois, Sandor Marai (1900-1989), "L'héritage d'Esther", publié en 1939 et disponible en Livre de Poche. Esther, le personnage principal, vit recluse dans sa maison de famille, engourdie dans sa solitude et dans sa mélancolie. Elle partage sa maison avec Nounou, une sorte de tante et vivent chichement de la vente de leurs légumes de jardin. Elle a aimé un homme dans sa jeunesse, Lajos, qui lui a préféré sa soeur aînée, Vilma. Esther ne s'est jamais remise de cet échec amoureux. Vingt ans ont passé, sa soeur est morte. Elle reçoit une lettre où cet homme lui signale sa visite prochaine. Mais, Lajos, est resté le même homme : insaisissable, profiteur et surtout malhonnête. Il emprunte de l'argent à ses proches et ne les rembourse pas. Obsédé par l'argent, il ressemble à un antihéros balzacien. Un face à face pathétique s'engage entre les deux protagonistes et renforce l'idée que la connaissance d'autrui reste toujours un obstacle. Pourquoi Esther est-elle attirée par cette marionnette d'homme ? Et lui, comment se voit-il tellement il se montre déplaisant, calculateur, hypocrite. Autant Esther vit dans la frugalité, autant Lajos vit dans l'excès. Si Esther s'était mariée avec Lajos, aurait-elle mené une meilleure vie, une vie heureuse ? Il est venu réclamer la part d'héritage de la soeur d'Esther. Mais, il a déjà dépouillé cette famille avec le diamant d'une bague de fiançailles. Ce personnage possède une échelle de valeurs peu commune, un sentiment d'impunité révoltant. Comment se termine ce roman dense, intimiste, troublant ? Je ne le dirai pas car il faut lire ce bijou romanesque. Comme ses camarades Stefan Zweig, Joseph Roth, Arthur Schnitzler, Sandor Marai excelle dans l'art subtil des relations complexes entre les hommes et les femmes. Evidemment, qui peut apprécier le redoutable Lajos ? Personne. Mais, Esther, la victime masochiste de cet escroc attire toute notre empathie... 

mardi 10 février 2026

"Le Rouge et le Noir", Stendhal, 2

 La passion amoureuse se développe entre Julien et Mathilde avec des vagues montantes et descendantes. Leur différence de classe tisse une frontière invisible entre eux et Mathilde va tomber enceinte. Elle ne rénonce pas à Julien et souhaite l'épouser. Son père, fort mécontent de son choix, cède et accepte d'annoblir Julien qui devient Monsieur le Chevalier Julien Sorel de La Vernayre. Mais, le Comte reçoit une lettre de Madame de Rênal, dénonçant "l'immoralité" de son ancien amant, "rongé par l'ambition". Julien apprend cette nouvelle, ce qui compromet sa conquête sociale. Il se rend à Verrières et entre dans l'église. Il tire à deux reprises sur son ancienne maîtresse mais, elle est seulement blessée. Mathilde en apprenant le geste de Julien, passe le voir en prison et tente de le sauver. Même Madame Rênal lui pardonne en écrivant aux jurés. Elle va parvenir à lui rendre visite en prison. Julien retrouve sa passion pour elle mais il se résigne à la mort. Mathilde éprouve une folle passion pour ce jeune homme et elle embrassera sa tête décapitée comme l'a fait Marguerite de Navarre avec la tête de son amant, un de ses ancêtres. Madame de Rênal meurt trois jours après Julien. Stendhal s'est inspiré d'un fait divers en Isère. Antoine Berthet, étudiant aux séminaires de Grenoble, a été guillotiné car il avait tenté d'assassiner sa maitresse. Dans ce roman, le contexte historique semble bien complexe et pour comprendre le destin tragique de Julien Sorel, il faut se plonger dans cette société française où régnait un clivage insurmontable entre la noblesse et le peuple. Julien veut sortir de sa condition sociale en accèdant par l'amour à la classe supérieure. Son échec reflète aussi la dure réalité d'une société bloquée où l'hypocrisie anime les relations humaines, allant de la religion à l'importance de l'argent. Stendhal dénonce tous ces aspects dans ce roman réaliste. J'ai retrouvé dans ce texte la célèbre citation sur le roman : "Un roman est un miroir qui se promène sur une grande route. Tantôt il reflète à vos yeux l'azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers de la route". J'ai relu ce classique avec beaucoup d'intérêt, me souvenant de la trame romanesque mais j'ai remarqué la personnalité troublante de Julien Sorel, un jeune homme en proie à un malaise existentiel majeur. L'amour semble le sauver à deux reprises mais, son orgueil et son manque de lucidité le conduisent au pire, son geste fatal envers Madame de Rênal. Un grand classique incontourable, à la fois un roman d'amour, un thriller et un roman historique. 

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lundi 9 février 2026

"Le Rouge et le Noir", Stendhal, 1

 J'ai parlé de notre patrimoine immatériel dans ce blog en commentant l'ouvrage d'Emmanuel Godo sur l'actualité des classiques. J'ai donc relu un des romans qui m'avait le plus marquée dans mes années de jeunesse et je restais sur cette découverte essentielle, celle du "Rouge et le Noir" de Stendhal. Publié en 1830, avec le sous-titre, "Chronique du XIXe siècle", ce deuxième roman après celui "d'Armance", se divise en deux parties : l'histoire de Julien et Madame de Renal à Verrières et celle de Julien et de Mathilde de la Mole à Paris. Julien Sorel est le troisième fils d'un "scieur" qui méprise son fils, plus attiré par les choses de l'esprit que la coupe du bois. Il se distingue de ses deux frères par son goût des études et il parle même le latin. Un "transfuge" de l'époque. Le curé Chélan le protège et l'encourage à lire les textes religieux. Mais, Julien éprouve une admiration sans bornes pour Napoléon et il connaît par coeur "Le Mémorial de Sainte-Hélène". Ce curé du village le recommande auprès du maire de Verrières, Monsieur de Rênal, comme précepteur de ses enfants. Timide, maladroit, Julien Sorel pénètre dans le monde bourgeois du maire. Il est tout de suite attiré par sa femme et décide de la conquérir. Ils vont vivre leur passion en se cachant, en jouant la comédie devant les enfants et le mari qui ne se doute de rien. Elisa, la femme de chambre, tombe amoureuse de Julien mais celui-ci la repousse. Elle se venge en envoyant une lettre anonyme au maître de la maison dans laquelle elle raconte l'adultère de Madame de Rênal. Le maire ne peut pas croire à cette forfaiture de son épouse et par prudence, il décide de se séparer du précepteur. Julien intègre le séminaire de Besançon. Les deux amants se retrouvent dans une dernière entrevue mais le jeune homme ne soupçonne pas l'amour passionnel de sa maîtresse. Il imagine qu'elle est devenue indifférente à son départ. Au séminaire, il est détesté par ses camarades, incultes aux yeux de Julien. L'abbé Pirard lui propose alors de travailler auprès du Marquis de La Mole comme secrétaire. Il part alors à Paris. Son employeur remarque l'intelligence du jeune homme, sa disponibilité et sa discrétion. Dans le faubourg Saint-Germain, l'ambition règne à tous les niveaux. La fille du marquis remarque la fierté et la droiture de Julien alors qu'elle est courtisée par de nombreux prétendants de haut rang, mais qu'elle repousse sans cesse.  Commence alors l'intrigue amoureuse la plus surprenante dans le roman stendhalien. (la suite, demain)

vendredi 6 février 2026

"Avec les grands livres, actualité des classiques", Emmanuel Godo, 2

 Les vingt-quatre chapitres de ce manifeste sur les classiques fourmillent d'anecdotes, de références, de citations et évitent le piège d'une érudition écrasante. Bien au contraire, l'auteur remet à l'honneur ces vieux textes, souvent passés de mode, la plupart du temps écartés par les enseignants pour leur complexité. Au fil des pages, je retrouvais le goût des lectures de mes années de collège et du lycée quand je découvrais Colette, Giono, Martin du Gard, Balzac, Stendhal et tant d'autres balises de survie. Tous ces classiques ont forgé mon esprit en me donnant l'amour de la langue française, de la poésie, du théâtre. Les cours de français reposaient sur les célèbres Lagarde et Michard qui nous révèlaient les écrivains du Moyen Age au XXe siècle. Et je me souviens encore d'une pièce de Molière, "Les Fourberies de Scapin" que j'ai lue dès ma 6e et même interprétée avec d'autres élèves en plein cours ! Comme c'était ludique et éblouissant de découvrir ce génie du théâtre à cet âge premier. Emmanuel Godo considère les grands textes comme des "enclaves aux avant-postes" d'une autre temporalité car la tyrannie de notre époque empèche l'accès aux chefs d'oeuvre du passé. Evidemment, se lancer dans la lecture des classiques exige de l'attention, du silence, de la solitude et une position de retrait face aux divertissements que la société offre en permanence. Je me souviens de mes relectures balzaciennes, surtout du "Père Goriot" et de la "Cousine Bette", des romans passionnants du XIXe entre l'amour trahi d'un père et la duplicité d'une femme humiliée. L'auteur cite beaucoup de personnages comme Emma Bovary, Don Quichotte, Julien Sorel, Anna Karénine et ces êtres fictifs qui nous confient leurs secrets,  nous donnent "le sentiment de sortir d'un exil et de retrouver une sorte de patrie qu'on cherche en vain du côté de l'actuel". Emmanuel Godo pourrait s'attirer les foudres des antinostalgiques, des oublieux du passé et de la pensée. Mais, pour tous les amoureux de la littérature, on ne peut qu'aimer "ce fil d'or qui passe, de siècle en siècle, d'esprit en esprit, comme une fraternité et une espèrance unissant les êtres dans une communauté sensible". Les classiques ne sont pas des "vestiges des civilisations mortes", mais, bien au contraire, des habitats vivants qu'il faut revisiter sans cesse. Quand un écrivain lance un cri d'amour pour la littérature, je partage avec un plaisir gourmand sa démarche !

jeudi 5 février 2026

"Avec les grands livres, actualité des classiques", Emmanuel Godo, 1

Quand je regarde toutes mes pléiades dans ma bibliothèque, je ressens la nostalgie de ma jeunesse où l'on peut se dire qu'on a tout le temps devant soi pour lire les classiques de la littérature. Et comme le temps passe, trop vite à mon goût, j'ai enfin décidé de lire ou de relire quelques classiques, surtout ceux qui m'ont enchantée quand je suivais mes chères études littéraires à l'université de Pau dans les années 70. Mes métiers successifs, libraire et bibliothécaire, m'obligeaient à découvrir les nouveautés et m'ont  éloignée de ce patrimoine culturel. Je vais rattraper ce retard car j'ai l'impression que cette démarche de retrouvailles avec les "grands livres" devient urgente. J'ai donc découvert un charmant ouvrage, "Avec les grands livres, actualité des classiques", d'Emmanuel Godo, publié en 2025 chez l'Observateur. L'auteur et critique littéraire très érudit enseigne la littérature au lycée Henri IV de Paris. La grande théorie de son essai repose sur le postulat suivant : dans un monde ultramoderne où les sollicitations des écrans diminuent la concentration silencieuse, la lecture se transforme en acte militant pour une belle et bonne cause. Les "grands livres" permettent de "s'arracher au vacarme ambiant", incitent à la vie intérieure pour se mettre en retrait de la folie du monde. Les livres nous "grandissent", nous délivrent de l'ennui et nous donnent des "forces spoirituelles" surtout pour un athée. L'auteur relate de nombreuses citations sur la vie intense procurée par la lecture. Ulysse dit à ses compagnons :"Vous ne fûtes pas faits pour vivre comme des bêtes brutes, mais pour conquérir vertu et connaissance". Emmanuel Godo écrit joliment : "On revient aux classiques, comme on retrouve, au gré de la vie, une maison de famille". Cette maison de famille livresque, je l'ai construite depuis l'âge de dix ans quand je suis tombée dans le monde du papier. Et les classiques, de Balzac à Flaubert, de Stendhal à Nerval, je les ai savourés très jeune, trop jeune. Ils m'attendent désormais avec impatience. L'auteur reprend la citation connue de Montaigne : "Il se faut réserver une arrière-boutique toute nôtre, toute franche en laquelle nous établissons notre vraie liberté et principale retraite et solitude". S'il conseille les classiques, nourritures spirituelles nécessaires, il déplore "la malbouffe livresque", une pléthore de livres inutiles. Kafka, lui aussi, déclarait qu'un "livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous". (La suite, demain)

mercredi 4 février 2026

Boualem Sansal, enfin académicien

 Quelle bonne nouvelle ! Enfin, Boualem Sansal appartient désormais à l'Académie française depuis le 29 janvier au fauteuil 3. Il a obtenu 25 voix sur 26. Quel est son collègue qui n'a pas voté pour lui ? Mystère... La presse et les médias ont salué à l'unanimité son élection et je m'en félicite aussi. Il était temps qu'il soit reconnu par cette institution, gardienne de la langue française et de son prestige. Il avait reçu le Grand Prix de la francophonie en 2013, puis le Grand Prix du roman pour sa dystopie, "2084. La fin du monde" en 2015. L'écrivain a déclaré à la radio : "Devenir académicien, c'est entrer dans l'Histoire de France". Il est devenu le 746e Immortel depuis 1635 ! Pour s'intégrer dans ce cercle d'élus, il faut posséder quelques qualités humaines comme la courtoisie, l'élégance, la délicatesse et l'écrivain franco-algérien détient toutes ces remarquables manières. Mais, l'élément le plus essentiel dépasse de loin les critères d'une personne éminemment civilisé. Son oeuvre "contribue de façon éminente au maintien et à l'illustration de la langue française". Il faut absolument lire et découvrir l'ensemble de ses romans. Il a été prisonnier d'un régime dictatorial en Algérie en 2025 pour sa liberté de paroles et pour son indépendance d'esprit. Un grand écrivain, un homme courageux, un homme libre. Un symbole fort et essentiel pour une littérature de la vérité. Lisa Romain, une docteure en lettres, lui a consacré un excellent essai, "Boualem Sansal à l'épreuve du réel" et elle écrit que l'écrivain "est au coeur de la littérature, de l'écriture et pas dans un engagement politique au service d'un quelconque parti ou d'une idéologie". Elle ajoute : "Ses livres se sont chargés d'une valeur prophétique". Le message de cette vénérable dame, l'Académie, âgée de plus de 390 ans, semble clair : la liberté de pensée ne se négocie pas et aucun régime totalitaire et autoritaire ne peut baillonner la littérature. Boualem Sansal est enfin "libre" d'assister le jeudi à la séance hebdomadaire du dictionnaire ! C'est quand même plus réjouissant qu'une prison algérienne et j'ai hâte de lire le nouveau livre de cet écrivain. 

mardi 3 février 2026

"Stradella", Philippe Beaussant

J'ai emprunté à la médiathèque de Chambéry, un roman musical, "Stradella" de Philippe Beaussant (1930-2016), un écrivain académicien, amoureux du baroque, publié chez Gallimard en 1999, un de plus dans mes lectures de janvier mais que je n'avais pas mis dans la liste de l'Atelier. J'aime évidemment la musique baroque, une de mes passions depuis de nombreuses années et Stradella appartient à la galaxie de mes "princes charmants en musique", dont leurs oeuvres embellisent mon quotidien. Musicien mythique, Alessandro Stradella (1643-1682), compose, joue du luth et chante à merveille. Il entre au service de la reine Christine de Suède, puis s'installe à Rome où il crée de nombreuses piéces musicales dont de la musique religieuse. Mais, cet homme si raffiné mène une vie aventureuse et même dissolue en voulant extorquer de l'argent à l'Eglise catholique. Il va s'attirer de nombreux ennemis et sera obligé de quitter Rome. Il arrive à Venise en 1677 et se fait engager par un noble afin de servir de maître de musique à sa maîtresse. Mais, il s'amourache de son élève et sa liaison avec cette chanteuse est découverte. Ils s'enfuient de nouveau et toute une troupe armée les recherche. Philippe Beaussant se saisit de cette trame romanesque pour raconter cette histoire rocambolesque. Le narrateur à la manière d'un cinéaste apparaît dans son texte et intervient pour nous faire partager ses souvenirs, ses émotions et livre sa conception de l'Art musical. Il écrit : "A peine, était-il mort que les imaginations s'enchantaient de ce destin plein de musique, de femmes, d'enlèvements et de cavalcades. J'en ai fait un roman. (...) Cela fait un roman à double et à triple fond, où tout est miroir, vrai faux et faux vrai". Dans une définition du baroque, il est question d'un art qui veut "étonner, toucher les sens, éblouir". Ce roman baroquissime m'a entraînée dans une sarabande joyeuse, et j'entendais à travers les lignes, la musique de Stradella, si belle et si sublime, la quintessence de l'art musical. Après sa fuite de Venise, cet homme si singulier a été éliminé par un tueur à gages à Gênes. Un mari jaloux avait commandité ce crime. Je n'avais jamais lu des romans de cet écrivain musicologue. J'ai remarqué dans sa bibliographie un roman sur Venise... Evidemment, j'emporterai ce livre dans ma valise en mars quand je reverrai cette cité mirage où je me sens si bien. Un écrivain élégant, maniant une écriture classque que l'on ne lit plus. Et Stradella, et l'Italie. Du soleil en plein hiver. 

lundi 2 février 2026

"Un livre", Fabrice Gaignault

 J'ai découvert une pépite en librairie, un tout petit opuscule de quatre-vingt pages,  "Un livre" de Fabrice Gaignault, publié chez Arléa en 2025. Ce livre en question concerne l'écrivain italien, Primo Levi, l'un des plus grands écrivains du XXe siècle. Ses récits autobiographiques sur la Shoah, "Si c'est un homme" et "La Trêve" devraient être lus dans tous les lycées du monde. Fabrice Gaignault relate un épisode dans la vie de Primo Levi quand celui-ci attend la mort dans l'infirmerie du camp d'extermination d'Auschwitz en janvier 1945. Dehors, l'armée rouge avance et les nazis préparent leur fuite. Le jeune homme de 25 ans va-t-il être exécuté comme les autres car ces barbares éliminaient les malades. Il échappe alors à cette mise à mort et un médecin lui lance un livre sur son lit à défaut de lui donner des médicaments. Primo Levi connaissait la langue française et il commence à lire ce roman, "Remorques", écrit par Roger Vercel, publié en 1934, ayant obtenu le Prix Goncourt. Ce roman d'aventures évoque des matelots bretons qui sauvent des vies pendant les naufrages. Se plonger dans ce roman va lui sauver la vie. Car lire ce roman, c'est vivre dans un autre monde, une vie différente, une vie normale par rapport à l'enfer des camps de concentration. Cet ouvrage, qui est pourtant loin d'être un classique, se transforme en abri existentiel qui le protège de l'inhumanité de ses fanatiques nazis. Fabrice Gaignault propose une méditation sur le rôle de la littérature, un rôle essentiel pour sauver la civilisation face à la barbarie. Le livre représente une évasion, une libération, une armure contre toutes les tyrannies. Cet éloge de la littérature est aussi et surtout un hommage à Primo Levi, sauvé par un livre : "Un livre ne peut changer le monde mais il peut vous changer la vie. Et vous sauver. Un livre. N'importe lequel si vous avez l'impression qu'il a été écrit pour vous. Un livre. Et qui les vaut tous". Un tout petit livre "lumière", cet ouvrage de Fabrice Gaignault, pour survivre face aux ténèbres. Et lire, relire Primo Levi surtout aujourd'hui. 

jeudi 29 janvier 2026

Atelier Littérature, Les coups de coeur

 La deuxième partie de l'Atelier était consacrée aux coups de coeur. Odila Ba nous a fortement conseillé le premier roman de Bénédicte Dupré La Tour, "Terres promises", publié aux Editions du Panseur en 2024. Ce roman choral évoque les voix oubliées de la conquête de l'Ouest : Eleanor, la prostituée, Kinta, l'indigène rebelle, Morgan, l'orpailleur fou et d'autres colons et exilés. Ces "vies minuscules" se croisent dans cette mosaïque de la ruée vers l'or. Un coup de coeur dithyrambique pour ce livre d'une belle écriture et d'une densité incroyable. Une lecture indispensable pour comprendre la violence de l'Amérique et surtout, la condition des femmes à cette époque, dominée par les hommes. Les séries "Western" semblent très populaires aujourd'hui. Lisons ce roman "western" pour échapper un moment aux écrans ! Geneviève a lu sur mes conseils le roman posthume d'Albert Camus, "Le Premier homme", disponible en Folio. Ce grand classique contemporain pourtant inachevé par la mort de l'écrivain, retrace l'histoire de sa famille ; "En somme, je vais parler de ceux que j'aimais", écrit Albert Camus dans une de ses notes. Ce récit autobiographique lumineux révèle sa personnalité, d'une intense humanité. Il a voulu donner la parole à tous ceux et toutes celles à qui "la parole est refusée". J'avoue pour ma part que je l'ai lu à sa sortie en 1994. Ce livre repose depuis trop longtemps dans ma bibliothèque et je vais le relire avec un grand bonheur. Dans l'Atelier, j'apprécie ces coups de coeur qui donnent envie de lire ou de relire certains romans, parfois oubliés. Mais, Albert Camus ne peut pas être oublié, loin de là alors que son ennemi de l'époque, Monsieur Sartre, ne suscite pas trop d'enthousiasme de nos jours ! Janelou a lu avec intérêt le récit de Paul Gasnier, "La Collision",  publié chez Gallimard. En 2012, en plein centre ville de Lyon, une femme décède brutalement, percutée par un jeune en moto cross, en faisant du rodéo urbain. Dix ans plus tard, son fils, journaliste "progressiste" de métier, n'a pas oublié ce drame tragique dans cet accident absurde. Il se rend compte que ce fait divers prend une dimension politique pour fracturer la société. Il décide pourtant de se plonger dans la compléxité de cet accident. Il se lance sur les traces du motard inconscient pour comprendre les "raisons" de cet acte insensé. Deux destins se sont téléscopés ce jour-là et cette enquête "explore la force de nos convictions quand le réel les met à mal, et les manquements collectifs qui créent l'irrémédiable". Voilà pour les coup de ceour de janvier à découvrir, peu nombreux mais fort intéressants. 

mardi 27 janvier 2026

Atelier Littérature, la musique

 L'Atelier Littérature du jeudi 22 janvier s'est déroulé dans le bar-salon "Jetez l'ancre" avec quelques lectrices présentes, un effectif réduit pour cette séance. Heureusement, tout s'est bien passé grâce au sujet du mois : la place de la musique dans la littérature. Odile Bo a présente le roman d'Akira Mizubayashi, "Reine de coeur", publié chez Gallimard, en 2022. Cet écrivain français d'origine japonaise, ayant fait ses études supérieures en France, a enseigné le français à Tokyo pendant quelques années. Le roman démarre par l'évocation de la cruelle guerre sino-japonaise et Jun, étudiant à Paris, est obligé de rentrer au Japon. Il laisse son grand amour, sa "reine de coeur", la jeune Anna. Des années plus tard, Mizuné, une jeune altiste parisienne, découvre un roman qui lui rappelle l'histoire de ses grands-parents. Jun et Anna, qu'elle n'a jamais connus. Dans ce texte, l'écrivain aux deux identités complémentaires, explore l'horreur de la guerre, la folie des hommes et rend un bel hommage à la beauté universelle de la musique, vécue comme la part meilleure de l'humanité. La transmission du passé se glisse dans ses pages malgré les silences familiaux. Odile a beaucoup apprécié ce livre car elle a lu la trilogie : "Ame brisée", "Reine de coeur" et "Suite inoubliable". Un trio muiscal à découvrir sans tarder. Geneviève et Odile ont bien aimé le roman biographique, "Le dernier mouvement", de l'écrivain autrichien, Robert Seethaler. Il s'agit de raconter Gustav Mahler qui, à cinquante ans, cumule l'art de la composition et la direction d'orchestre. En 1911, lors d'une traversée en bateau, il se souvient des moments marquants de sa vie. Ce musicien de génie était un père aussi aimant que tourmenté, à la santé fragile, amoureux fou de sa femme, Alma. Au fil de ses souvenirs, il relate sa rencontre avec Freud et avec Rodin. Il a dirigé et réformé l'Opéra de Vienne. Il aimait aussi la nature, les animaux et les grands espaces. Un musicien à écouter après avoir lu ce roman concis mais d'une densité à la Mahler. Odile Ba a lu aussi "Le Fracas du temps" de Julian Barnes et "Tous les matins du monde". Pour le premier cité, notre amie lectrice a apprécié ce portrait romancé du musicien russe, Chostakovitch, et surtout, l'arrière-plan historique et politique dans un univers communiste stalinien.  J'ai présenté ces deux ouvrages dans mon blog donc, je ne reviens pas sur leurs trames romanesques. Odile Ba a, sans surprise, relu avec plaisir le roman musical de Pascal Quignard en relevant surtout le personnage fascinant de Sainte Colombe. Comme l'Atelier a enregistré une baisse conséquente de lectrices présentes, je ne consacrerai qu'un seul billet au thème de l'atelier. Dans cette rencontre musicale, nous avons parlé de Vivaldi, Mahler, Satie, de la musique baroque et contemporaine. Pour terminer ce billet, je reprends le titre d'une oeuvre de Bach, "L"Offrande musicale", oui, aimer la musique est une offrande ! 

lundi 26 janvier 2026

"Les joyaux du paradis", Donna Léon

 Dans le cadre de l'Atelier Littérature de janvier sur des romans "musicaux", j'ai lu le roman de Donna Leon, "Les Joyaux du Paradis", publié dans la collection Points du Seuil.  Je connaissais évidemment Donna Léon, cette écrivaine américaine devenue vénitienne depuis trente ans. Ce thriller particulier ne concerne pas le célèbrissime commissaire Brunetti dans ses multiples enquêtes (33 !). Dans cet ouvrage, une femme enquêtrice apparaît et se nomme Catarina Pellegrini, musicologue, originaire de Venise. Professeur à Manchester, elle décide de postuler dans sa ville natale pour un emploi temporaire mais plus adapté à sa formation. Un responsable d'une fondation musicale lui confie une mission : trouver dans les archives d'un musicien italien du XVIIIe, Agostino Steffani, un testament. En effet, deux cousins, des prétendus descendants, revendiquent cet héritage. Ces deux individus montrent surtout une voracité, er non une curiosité à l'égard de leur ancêtre commun, concernant la vente de partitions originales et inédites qui peuvent avoir une grande valeur marchande. La musique ne les passionne en aucun cas. Une secrétaire et le responsable de la fondation acceuillent Catarina et commence alors l'exploration des deux malles remplies d'archives. La narratrice relate ses recherches, tout en révèlant la vie assez agitée de ce musicien baroque. Elle utilise aussi les ressources patrimoniales de la très belle bibliothèque de la place San Marco, la "Marciana". Agostina Steffani s'était exilé en Allemagne où il menait des missions cruciales auprès des cours allemandes pour le Saint-Siège à Rome. Plus Catarina avance dans la connaissance des archives, plus elle se demande si ce musicien aurait trempé dans une affaire de meurtre. Et cet avocat, Maitre Moretti, cet homme affable et bien éduqué, son employeur, quel rôle joue-t-il dans cette enquête ? Lire ce roman policier procure le plaisir surtout de se retrouver dans la plus belle ville du monde, unique dans son genre, ancrée dans son passé glorieux où la musique, la peinture, l'art ont sculpté cette merveille de pierre et d'eau. Je suivais Catarina dans les rues de Venise, chez ses parents, dans la bibliothèque, dans ses petirs restaurants. Donna Léon manie aussi l'humour et surtout, adore cette cité plus que millénaire. Ub thriller original sur un musicien de génie et une ballade réjouissante dans une ville de rêve. En lisant ce roman, j'écoutais les belles cantates de Steffani et son opéra, "Niobé". Pour voyager en plein hiver, partons avec Donna Leon !

mercredi 21 janvier 2026

"Vladimir Jankélévitch, le charme irrésistible du Je-ne-sais-quoi", Françoise Schwab

 Rien ne vaut une bonne biographie pour approcher au plus près un écrivain, un philosophe ou un artiste. Comme j'aime beaucoup Vladimir Jankélévitch (1903-1985),  l'ouvrage de Françoise Schwab, publié chez Albin Michel en 2023 m'a apporté beaucoup d'éclaircissements sur l'oeuvre du philosophe d'une compléxité parfois hermétique. Philosophe, pianiste, musicologue, résistant, témoin de la Shoah, professeur à la Sorbonne, il a traversé le siècle dernier avec sa fougue de vivre dans tous les domaines. Quand il parlait à ses étudiants, son débit de paroles montrait ses enthousiasmes et ses interrogations comme son collègue Socrate. Françoise Schwab, historienne et amie proche de ce philosophe intègre, libre et exigeant, raconte sa vie avec un respect pudique et explique avec clarté les enjeux de son oeuvre immense. Né dans une famille russe cultivée d'origine juive exilée dans le Berry, le jeune Vladimir réussit brillament ses études de philosophie à Paris. Son père, Samuel, un intellectuel exceptionnel, était le traducteur de Freud et de Hegel. Le jeune professeur de philosophie se lie avec Bergson à qui il consacre une étude. Devenu enseignant, il est muté à Prague, à Toulouse et rejoint la Résistance dans les années 40. Il va perdre son poste de professeur à cause des horribles mesures anti-juives du régime de Vichy. Jankélévitch ne pardonnera jamais aux Allemands l'Holocauste et refusera toute compromission culturelle jusqu'à se priver de la culture allemande antérieure aux nazis. Après la guerre, il traverse une période où sa pensée n'est pas "à la mode", n'appartenant pas aux courants de l'époque comme le marxisme, l'existentialisme, le nihilisme, etc. Malgré ce manque de reconnaissance, il creuse le sillon des idées et compose des ouvrages profonds et essentiels sur des sujets divers : la liberté, la mort, la nostalgie, le temps, la mort, la musique. Tous ces thèmes illustrent sa richesse intellectuelle et donne à son oeuvre une dimension "morale, métaphysique et esthétique". Pour apprécier ce philosophe, je conseille surtout "Quelque part dans l'inachevé", un entretien du philosophe avec Béatrice Berlowitz, publié en Folio. Un résumé de tous ses concepts comme l'impalpable, le vague à l'âme, le fugace, le "presque rien" et le "Je ne sais quoi". Philosopher, c'est aussi méditer une de ses citations : "La plus précieux de tous les trésors est cette liberté elle-même, liberté d'aimer vraiment ce que l'on aime". 

lundi 19 janvier 2026

"Contrepoint", Anna Enquist

 Dans ma liste de l'Atelier Littérature sur la musique, je n'ai pas hésité une seule seconde pour choisir le roman d'Anna Enquist, "Contrepoint", publié en 2010 chez Actes Sud. Le roman évoque la musique de Bach, une musique exigeante, complexe mais tellement belle. La narratrice, que l'écrivaine nomme "la femme", ou "la mère", décrypte les Variations Golberg dans un langage musical assez opaque pour les non-initiés du solfège. La narratrice se réfugie dans ces exercices qu'elle vit dans une solitude absolue pour oublier la tragédie qui se dévoile sous nos yeux, la perte de sa fille. Sa souffrance indescriptible imprègne en basse continue ce récit poignant. La narratrice égrène au fil du récit des souvenirs familiaux, teintés d'un bonheur certain. Les parents, des musiciens professionnels, ont une fille et un garçon qu'ils élèvent dans un amour total. Elle met à plat son passé en évoquant les heures heureuses comme les plus malheureuses. Elle se souvient d'une scène capitale quand trente ans avant, elle tenait ses deux enfants sur ses genoux pour déchiffrer ces mêmes Variations de Bach. Mais, le présent de la pianiste se délite car sa fille aînée a perdu la vie dans un accident de vélo, percutée par un camion. Comment peut-on vivre après cette catastrophe intime ? Le seul recours qu'elle trouve se situe dans le passé de la famille et dans la musique. Les deux thèmes s'entremêlent pour composer ce texte mélodique empreint d'une tristesse mélancolique douloureuse. Bach a aussi perdu dix enfants sur les vingt qu'il a eus avec ses deux épouses successives. Bach a vécu cette douleur de la perte et sa musique exprime malgré tout en sourdine ce scandale de la mort. La narratrice raconte sa fille, sa joie de vivre mais aussi ses doutes, ses angoisses, ses hésitations pour déssiner son avenir. Des pages lumineuses, des variations d'amour parental. Anna Enquist écrit : "Elle s'était arrachée à l'avenir. Jamais elle ne verrait la fille enceinte, devenue mère, avec ses premiers cheveux gris". Ce roman intimiste et pudique sur la souffrance d'une mère face à la perte de son enfant se lit avec une émotion certaine. Seule, la musique apporte une consolation fugitive.   

vendredi 16 janvier 2026

"Tous les matins du monde", Pascal Quignard

Quel plaisir de lecture de redécouvrir le roman le plus connu de Pascal Quignard, "Tous les matins du monde", publié en 1991 ! Quelques décennies plus tard, cet ode à la musique conserve son aspect intemporel comme ses oeuvres dans son ensemble. L'écrivain s'est inspiré très librement d'un musicien réel du XVIIe siècle, Jean de Sainte-Colombe et de son élève, Marin Marais. Ce texte évoque aussi la musique de la basse viole, très prisée à cette époque. En 1650, l'épouse adorée de monsieur de Sainte-Colombe meurt en laissant deux petites filles orphelines, Madeleine et Toinette. Le musicien ne trouve la consolation que dans la pratique de sa viole. Il se réfugie avec son chagrin inconsolable dans une cabane au fond de son jardin où il travaille en solitaire : "Quand je tire mon archet, c'est un petit morceau de mon coeur vivant que je déchire". Ce perfectionniste cherche à imiter toutes les inflexions de la voix humaine". Il reste en contact avec deux amis dont le peintre Lubin Baugin. Une cuisinière, Guignotte, s'occupe de la famille. Le musicien initie ses filles à la viole de gambe et ils organisent des concerts qui attirent le succès. Le Roi Louis XIV souhaite les entendre, mais Sainte-Colombe refuse de jouer à Versailles. Sollicité à nouveau, il s'obstine dans son refus. Une nuit, alors qu'il joue le morceau de musique composé à la mort de sa femme, celle-ci ou son fantôme apparaît. Cette hallucination se repète plusieurs fois et ces retrouvailles fantasmées lui apportent de la joie et de l'apaisement. Il demande à son ami, Lubin Baugin, de peindre un tableau figurant la table près de laquelle sa femme est apparue. Marin Marais vient voir son maître en cachette pour l'écouter. Mais, un jour, il éternue et son maître le renvoie. Marin Marais va aussi devenir l'amant de Madeleine tout en ayant une aventure avec la soeur cadette. Les deux musiciens correspondent à deux personnalités opposées, l'un ne vit que pour la musique dans une solitude absolue comme un janséniste austère, l'autre offre son art à la société de son époque. J'ai toujouts aimé les romans de Pascal Quignard, souvant courts, d'une écriture surprenante, à l'ambiance de conte ou de fable. Lire cet écrivain dans ses oeuvres fictionnelles ou dans ses essais, réserve toujours des surprises et surtout un grand bonheur de lecture ! Le Louvre possède la nature morte des gaufrettes de Lubin Baugin : une merveille ! Musique, peinture, littérature : un trio de charme au sens fort du terme, signé Pascal Quignard. 

mercredi 14 janvier 2026

"Pastorale américaine", Philip Roth, 2

 Philip Roth raconte en fait une histoire tragique avec l'irruption brutale du malheur dans la vie de cette famille si banalement heureuse. Dans ce drame, le père se sent désemparé, désarmé : comment sa chère petite fille a basculé dans le crime ? Il a vécu l'enfance de Merry comme une parenthèse enchantée. Mais elle souffrait de bégaiement et dès qu'elle a franchi le cap de l'adolescence, le sentiment de l'injustice l'a envahie jusqu'au geste final de l'attentat. La jeune fille s'est laissée piégée par cette époque politique aux Etats-Unis où la radicalité du terrorrisme pouvait provoquer des ravages eomme en Europe avec les Brigades rouges italiennes. Au fond, les parents ont partagé un aveuglement sur le comportement asocial de leur fille rebelle. Celle-ci disparaît après l'attentat, cachée et protégée dans le milieu des marginaux. Seymour la retrouve cinq ans plus tard et la discussion s'avère un échec total car Merry s'est transformée en bloc de haine envers la société. Philip Roth relate aussi le destin de ce père fantôme, un anti-héros pathétique car il va divorcer, se remarier et aura trois garçons. Sa fille Merry va mourir jeune. "La pastorale américaine", une vie qui promet la plénitude et l'innocence, a disparu sans retour possible pour les parents de cette jeune femme terrorriste. Ce roman "épique" raconte aussi l'Amérique du XXe siècle à travers la ville de Newark avec la guerre du Vietnam, le Watergate, les mouvements contestataires, les classes sociales, les rêves de réussite et d'assimilation, le travail, la famille et tant d'autres aspects de la vie américaine. Ce roman miroir, ce roman puzzle possède de multiples facettes aussi bien tragiques que comiques, avec un humour corrosif et sans illusions sur la "nature humaine". Quelles leçons faut-il extraire de ce grand roman baroque ? Tout est fragile dans chaque destin et le malheur peut frapper à tous moments. Philip Roth ne se voilait pas la face et posait sans cesse la question : "la vie a-t-elle un sens ?". Attention, ce roman peut secouer fort avec une vision de la vie penchant du côté sombre ! Mais aussi quelle vitalité dans cette prose volcanique et quel oeil d'aigle pour décrire les mensonges et surtout,  la bêtise humaine dans ses clichés et ses dogmatismes. Le roman a reçu le Prix Pulitzer en 1998 et la revue Time l'a selectionné dans une liste des 100  plus grands romans de tous les temps ! A lire ou à relire. 

mardi 13 janvier 2026

"Pastorale américaine", Philip Roth, 1

 J'ai relu récemment le roman culte de Philip Roth, "Pastorale américaine", découvert à sa sortie en 1997 chez Gallimard. Je me fais un plaisir de m'adonner à la relecture des grands romans du XXe. Et la "Pastorale américaine" appartient à cette catégorie. Ce sixième volume du cycle Nathan Zuckerman et le premier de la trilogie américaine raconte l'histoire de Seymour Levov, un ancien sportif très célèbre dans sa jeunesse, fréquentant le même lycée que le narrateur, l'écrivain Zuckerman. Seymour, surnommé "Swede", est un juif américain, devenu homme d'affaires. Incarnation de la réussite sociale, cet homme heureux, équilibré, est amoureux de sa très belle épouse, Dawn, ancienne miss New Jersey d'origine irlandaise. Pourtant, derrière cette façade idéale, il va perdre toutes ses certitudes et tout son bonheur conforme et confortable. Car sa vie personnelle se brise sur les aspérités des tourments politiques et sociaux de son pays dans les années 60. Bien des années plus tard, Seymour croise de nouveau son ancien copain, devenu écrivain. L'homme d'affaires lui demande d'écrire un livre sur son père, fondateur de l'entreprise, une ganterie prospère. Ce projet ne voit pas le jour. Nathan apprend alors la mort de Seymour par son frère à l'occasion d'une réunion d'anciens élèves. Le roman prend alors sa vitesse de croisière quand la vie familiale de Seymour se dévoile davantage. Sa fille, Merry, à l'âge de seize ans, se révolte contre la guerre du Vietnam et commet un acte criminel dans la poste locale en tuant un homme. Cet attentat dévaste la vie des ses parents. Merry prend la fuite après cet attentat. La grande question qui taraude Seymour éclate dans toutes les pages du roman : comment sa petite fille modèle est-t-elle devenue une terrorriste recherchée dans son pays ? Philip Roth tente d'apporter une réponse : "Un jour, Seymour se rend compte qu'il ne connaît plus sa fille, ne reconnaît plus sa fille, et surtout lorsque celle-là commet un acte terrorriste dans la paisible bourgade où elle vit. Personne ne connaît réellement personne". (la suite demain)

lundi 12 janvier 2026

Le Lac du Bourget, l'esprit du lieu

 En feuilletant le Télérama de ma belle-mère, je suis tombée sur un article sympathique concernant notre lac du Bourget, un des lacs les plus littéraires du pays. Alphonse de Lamartine (1790-1869) a composé un poème inoubliable que beaucoup d'écoliers de ma génération ont récité. J'ai relu attentivement ce long poème magnifique et j'ai retenu cette strophe : "Aimons donc, aimons donc ! De l'heure fugitive, Hâtons-nous, jouissons ! L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ; il coule, et nous passons !". Le poète interpelle la nature pour qu'elle témoigne de son amour pour Julie Charles, qu'il sauve de la noyade. Mais, elle est atteinte de la tuberculose, ce qui explique sa présence dans la ville aixoise. Hélàs, elle est morte un an après leur rencontre. Le poète interpelle la nature : "Ô lac ! Rochers muets ! Grottes ! Forêt obscure !".  L'eau "mugissait sous ces roches profondes" et la dernière strophe se termine ainsi : "Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire, que les parfums légers de ton air embaumé, (...) tout dise : ils ont aimé !". Lamartine est venu se soigner plusieurs fois en Savoie comme beaucoup d'aristocrates de son époque. Il souffrait de dépression et le lac devait apaiser son angoisse de vivre. Que reste-t-il de Lamartine ? Son poème évidemment mais aussi un bloc de granit gravé d'une strophe au cap des Séselets au Viviers-du-Lac, une statue en bronze à Aix-les-Bains, un buste à Tresserve. L'article en question rend un hommage au lac en soulignant le côté "inspirant" du paysage, été comme hiver. Depuis que je vis en Savoie, plus de vingt-cinq ans maintenant, je suis irrésistiblement attirée par ce lac que j'ai choisi comme mon parcours de marche en observant son environnement enchanteur au Bourget, à Aix et au Viviers : la montagne avec sa Dent du Chat, le château de Bourdeau, l'Abbaye cistercienne de Hautecombe, les ports, les roselières, les mouettes, les aigrettes, les cormorans, les canards et tant d'autres merveilles. Mon esprit est tapissé de ces paysages verdoyants et bleutés. Quelle chance de vivre à côté de ce bijou naturel  d'un romantisme absolu ! 

vendredi 9 janvier 2026

"Le fracas du temps", Julian Barnes

Toujours dans le cadre de l'atelier Littérature de janvier sur le thème de la musique, j'ai lu récemment "Le Fracas du temps" de Julian Barnes, publié au Mercure de France en 2016. Le personnage central du roman se nomme Dimitri Chostakovitch, un musicien célèbre dans le monde entier (1906-1975). La question posée par l'écrivain anglais concerne la place des artistes dans un univers totalitaire. Dans la société stalinienne russe, il n'est pas question de contester la politique des gouvernants. Le musicien, l'un des plus grands compositeurs du XXe siècle, a composé un opéra, "Lady Macbeth de Mtsensk", un succès retentissant dans les grandes capitales occidentales. Mais ce succès dérange Staline qui n'a pas du tout apprécié cette oeuvre musicale à Moscou. Le musicien comprend qu'il est rentré en disgrâce et il se prépare à passer le reste de sa vie en prison. On ne plaisante avec la ligne du parti et de sa conception de la culture de classe. La Pravda rejette aussi cette musique nouvelle, considérée comme des divagations tonitruantes de Chostakovitch. Marié, père d'une petite fille, le musicien se poste dans la cage d'escalier pour épargner son arrestation humiliante à sa famille. Par miracle, il échappe au pire car, en pleines purges staliniennes, l'officier qui devait l'arrêter a été exécuté ! Il comprend qu'il doit s'adapter au régime communiste pour survivre. Il se pliera à leurs exigences et composera des musiques de film selon leurs directives. Cet homme, piégé par la terreur communiste, est-il lâche ? Comment un artiste peut-il accepter de telles compromissions ? Julian Barnes ne juge pas le comportement du musicien. En 1960, Kroutchev l'obligera à s'inscrire au Parti. Ce roman décrit un monde absurde, kafkaien, plongé dans une terreur permanente. Le compositeur a vécu avec la peur et il meurt à 69 ans d'épuisement moral, décu de lui-même et de ses angoisses. Julian Barnes décrit un homme brisé par le système soviétique qu'il détestait. Seule, la musique le sauvait : "La musique reste un langage secret qui permet de dire des choses". 

mercredi 7 janvier 2026

Musique et Littérature

L'Atelier Littérature du jeudi 22 janvier, le premier de cette nouvelle année, réunira les amies lectrices autour des romans et de la musique. Je souhaitais passer d'une année à l'autre en compagnie de la musique, un thème heureux pour tous ceux et celles qui mettent cet art au centre de leur vie. Evidemment, il n'a pas été trop difficile de trouver des livres "musicaux" et par conséquent, j'ai lu en ce mois de décembre quelques titres de la liste bibliographique. J'ai commencé par "Un coeur en silence" de l'écrivaine catalane, Blanca Busquets, publié chez l'éditeur Les Escales en 2015. Ce roman choral réunit cinq protagonistes : Karl, un chef d'orchestre, Teresa, la virtuose du violon, Anna, la soliste jalouse, Maria, la gouvernante de Karl et Mark, son fils. Les premières pages du roman se déroulent à Berlin, dix ans après la mort du chef d'orchestre lors d'un concert en son hommage. A travers chaque témoignage de ces cinq personnages, se révèlent les liens qui les unissaient entre haine et amour, passion et jalousie, trahison et fidélité. Karl n'est pas un homme facile à vivre et il est obsédé par son génie musical. Ses conquêtes féminines se suivent avec cynisme et trois femmes autour de lui vont souffrir de sa légéreté. Teresa, d'origine très modeste, réussit à se sortir de la misère sociale grâce à l'apprentissage du violon. Anna, déjà favorisée par la vie, vivra en permanence le tourment de la jalousie, et Maria, la gouvernanre, secrètement amoureuse de Karl, son employeur et ami, se dévoue totalement à son service en sacrifiant sa propre existence. Ce texte à plusieurs voix ressemble à un concerto entre éclats forts et murmures assourdies. Un personnage matériel intervient dans ce récit : un violon Stainer, disparu dans une déchetterie et retrouvé plus tard. Un hommage à la musique et à son monde parfois plus proche d'un opéra que de la réalité. J'ai aussi découvert "Sauver Mozart" de Raphaël Jerusalmy, publié chez Actes Sud en 2012. De juillet 1939 à août 1940, Otto J. Steiner, critique musical salzbourgeois, atteint de tuberculose, se retrouve dans un sanatorium. Il va commettre un "attentat musical" en programmant dans le festival de Salzbourg un air de musique yiddish en le faisant passer pour du Mozart. Il décrit la brutalité des nazis, leur inculture musicale et surtout leur barbarie. Un roman court et efficace sur la résistance et sur le courage avec en prime la passion de la musique. 

lundi 5 janvier 2026

Mes dix récits préférés de l'année 2025, 2

Je poursuis mon palmarès de mes dix meilleurs récits de l'année dernière. Trois autres biographies d'écrivains m'ont procuré un grand plaisir de lecture : "Ma vie avec Proust" de Catherine Cusset, "Flaubert" de Marie-Hélène Lafon et "L'autre vie d'Orwell" de Jean-Pierre Martin. Catherine Cusset s'empare de la galaxie proustienne pour raconter sa passion pour "La Recherche du temps perdu". Elle appartient à la catégorie des idolâtres proustiens car le lire peut entraîner un changement de vie. Elle a puisé dans son oeuvre une "leçon de vie" et son récit intime, drôle et intelligent nous fait encore plus apprécier l'univers de "Marcel". Marie-Hélène Lafon adore Flaubert et dans un texte flamboyant, elle lui rend un bel hommage. Ce portrait d'un écrivain, un des plus fabuleux du XIX", se lit avec jubilation. J'ai choisi le roman de George Orwell, "1984" dans les dix romans préférés et j'ai découvert "L'autre vie d'Orwell" de Jean-Pierre Martin. L'auteur s'est intéressé plus particulièrement à la période de son exil volontaire dans une île écossaise où il recherchait la sérénité et une simplicité frugale. Un beau récit servi par une écriture élégante et profonde. Dans le cadre de l'Atelier Lirrérature, j'avais choisi le thème des journaux et des autobiographies et j'ai donc redécouvert "Armen" de Jean-Pierre Abraham, publié en poche chez Payot. L'auteur écrit : "J'avais trouvé vraiment mon lieu. Je crois que c'est ce qu'il faut chercher, trouver le lieu où l'on puisse devenir soi-même, s'épanouir, être à sa place, bien dans sa peau". Vivre dans un phare en Bretagne, j'avoue que j'aurais beaucoup aimé vivre cette expérience... Et j'aurais déposé dans ma valise des dizaines de livres tout en observant la mer. Ce livre culte raconte avec bonheur ce mode de vie. L'année 2025 est marquée pour moi par Cézanne où j'ai vu son exposition à Aix-en-Provence. Je me documente beaucoup, une manie de bibliothécaire dont je ne me débarrasse pas facilement. Je connaissais la passion de Rilke pour la peinture de Cezanne et j'ai donc apprécié ses lettres sur l'art cezannien. Mon dernier récit coup de coeur concerne un philosophe français original, Clément Rosset. Souvent, les livres de philosophie possèdent un vocabulaire spécialisé assez obscur, mais, "La joie est plus profonde que la tristesse", de Clément Rosset, d'une clarté lumineuse, se lit avec un plaisir certain. Ses maximes m'amusent beaucoup : "Tout est foutu, soyons joyeux" ou "Rassurons-nous, tout va mal". Son humour corrosif et ironique peut aussi devenir un chemin vers la sagesse heureuse. Voilà pour mes dix récits préférés de l'année passée : journaux, biographies, récits vécus et ouvrages sur l'art et sur la philosophie. Ah, le bonheur de lire, un loisir à pratiquer sans modération, une hygiène de l'esprit. 

dimanche 4 janvier 2026

Mes dix récits préférés de l'année 2025, 1

Je remarque que je lis autant de récits que de romans, comme si le réel me semble plus riche que la fiction. Je mettrai en tête de mes découvertes le "Journal" de Sandor Marai, un écrivain hongrois particulièrement intéressant à lire. J'aime beaucoup les journaux d'écrivain mais celui-ci surpasse ceux de nombreux confrères, à par celui de Virginia Woolf que je place au sommet de la littérature. Les trois tomes de ses écrits couvrent les années 43 jusqu'en 1989. Il évoque les événements historiques de son pays, mais aussi, sa vie d'écrivain et son quotidien familial. Il note ses lectures toujours passionnantes et son amour de la littérature traverse toute cette oeuvre autobiographique. Fuyant le totalitarisme communiste, il s'exile aux Etats-Unis. Il a perdu sa bibliothèque et il écrivait : "Cette pièce avec des livres, c'est ma patrie". Cet amoureux de livres er de la littératue ne pouvait que me plaire. J'ai ensuite bien aimé le livre de Jean-Paul Enthoven, "Je me retournerai souvent", un livre patchwork de souvenirs, de réves, de portraits d'écrivains, des êtres aimés, de la Toscane, des rendez-vous manqués. Un beau récit cultivé, mélancolique qui raconte un pan de la vie intellectuelle française. Cette année, j'ai lu avec une certaine émotion l'ouvrage d'hommage à Milan Kundera, un de mes écrivains préférés que je lis très régulièrement. Dans cet opuscule, paru chez Gallimard, éditeurs, traducteurs et amis de l'écrivain rappellent l'importance capitale de son oeuvre au XXe siècle. Cette citation de Kundera ressemble à une vérité d'une lucidité clairvoyante : "La seule chose qui nous reste face à cette inéluctable défaite qu'on appelle la vie est d'essayer de la comprendre. C'est la raison d'être de l'art du roman". Dans la catégorie des biographies romancées, j'ai remarqué celle d'Angela Buba, "Elsa", sur Elsa Morante. J'ai lu dans ma jeunesse "La Storia", "L'île d'Arturo", et d'autres titres et ces lectures m'avaient enchantée. Je songe à relire ses oeuvres surtout après la découverte de ce portrait bien documenté sur l'écrivaine italienne hors pair. Evoquer Elsa Morante, c'est aussi voyager dans l'Italie intellectuelle du XXe siècle sur fond de lois raciales et de combats pour la justice sociale. Une femme attachante et une écrivaine d'exception. 

vendredi 2 janvier 2026

Mes dix romans préférés de l'année 2025, 2

Un écrivain danois possède un charme certain. Il s'agit de Jens Christian Grondahl et de son roman, paru l'année dernière, "Au fond des années passées", paru chez Gallimard dans la collection Du monde entier. Je lis cet écrivain discret, sensible, secret depuis quelques années et son dernier roman m'a vraiment convaincue que cet homme mérite toute notre attention. Le narrateur à la soixantaine d'années se sent bien fragilisé par sa santé et surtout par sa vie amoureuse en plein échec. Un jour, il rencontre son ancien amour de jeunesse (un thème romanesque récurrent). Son roman ressemble à une sonate d'automne, subtile et nostalgique dans l'esprit du temps. Son dernier roman si réussi m'a donné envie de relire ses précédents... J'ai découvert l'année dernière un roman culte que je n'avais pas encore ouvert. L'Atelier Littérature sur les romans historiques m'a permis de découvrir "La Marche de Radetzky" de Joseph Roth, écrivain autrichien d'origine juive, ami de Stefan Zweig. Ce roman crépusculaire raconte la période des années 1859 à 1916 de l'Empire austro-hongrois à travers une famille, les Trotta. Le naufrage d'un monde me rappellait le roman magnifique de Lampedusa, "Le Guépard".  Cet écrivain que je n'avais jamais lu m'intéresse beaucoup et je poursuivrai sa connaissance durant cette année. Un roman biographique, "L'Ami Louis", de Sylvie Le Bihan, a attiré mon attention car l'autrice a mis en scène deux écrivains, le célèbre Albert Camus et l'inconnu discret, Louis Guilloux. Grâce à cet ouvrage, j'ai apprécié le portrait de Louis Guilloux, un homme du peuple, généreux et amical. Mon dernier coup de coeur de l'année 2025 a reçu le prix Médicis et le mérite évidemment. Ce roman autobiographique, "Kolkhoze" évoque l'histoire impressionnante de la famille de l'écrivain, de sa mère surtout, Hélène Carrère d'Encausse, académicienne et spécialiste de la Russie. Ce travail littéraire d'archiviste scrupuleux montre un monde fabuleux de Moscou à l'Ukraine, de la Géorgie à Paris. Voilà pour mes dix romans préférés de l'année dernière : Colm Toibin, Pascal Quignard, Henry James, Georges Orwell, Sansal Boualem, Antonio Munoz Molina, Jens Christian Grondahl, Joseph Roth, Sylvie Le Bihan, Emmanuel Carrère ! Sans m'en rendre compte, je n'ai pas respecté la parité mais j'ai tout de même une femme écrivain ! L'année prochaine, je ferai mieux, promis ! 

jeudi 1 janvier 2026

Mes dix romans préférés de l'année 2025,1

Comme tous les ans, en début d'année, je respecte la tradition en consacrant un billet sur mes dix romans préférés. Je poursuivrai mes bilans de lecture en évoquant les documentaires et mes relectures. J'ai choisi un ordre chronologique de janvier à décembre. J'ai lu une centaine d'ouvrages cette année et j'ai eu d'évidents moments heureux, Pascal Quignard parlerait "d'heures heureuses". Je commencerai par la très bonne biographie romancée de Colm Toibin, "Le Maître" sur Henry James. Cet hommage d'un écrivain irlandais à un génie anglo-américain m'a ouvert un nouvel horizon : l'univers si mystérieux, si dense des oeuvres d'Henry James que j'ai décidé de découvrir régulièrement surtout dans ses nouvelles. Dorénavant, j'inscris, dans mon programme de lectures, Henry James. J'ai lu avec plaisir "Whashington Square", publié en 1880. Une femme naïve sous l'emprise autoritaire de son père tombe amoureuse d'un homme cynique. Cette histoire conserve toute son actualité. En janvier de l'année dernière, j'ai eu la bonne surprise d'un nouvel opus de Pascal Quignard, "Trésor caché", paru chez Albin Michel. Une femme découvre un trésor dans son jardin et sa vie va changer... Un conte moderne, une petite merveille à découvrir. Deux dystopies ont percuté mon imagination : "1984" de Georges Orwell et "2084" de Boualem Sansal. Le premier roman est devenu un classique indispensable pour comprendre l'horreur du totalitarisme, des dictatures de la pensée unique, de la bien-pensance. Il faut absolument lire ce roman terrifiant qui n'a qu'un objectif essentiel : ouvrir les yeux, penser par soi-même, vivre libre loin des dogmes et des "ismes". Boualem Sansal s'est inspiré d'Orwell pour évoquer le fléau de l'islamime qu'il a lui-même vécu en Algérie. Ce roman puissant démontre l'importance de cet écrivain, scandaleusement emprisonné par le pouvoir algérien et heureusement libéré récemment. Dans mon palmarès de l'année dernière, j'ai choisi le roman d'Antonio Munoz Molina, "Je ne te verrai pas mourir", prix Médicis en 2020. Un amour de jeunesse peut-il perdurer jusqu'à la fin de sa vie ? L'écrivain espagnol raconte les "mirages de l'amour" quand deux anciens amants se retrouvent quarante ans après. Les questions surgissent au fil du texte : la fidélité à soi et aux autres, la nostalgie du passé, le temps, la transformation des êtres, l'amour éternel, les désillusions. Il faut lire ce roman magnifique ! (La suite, demain)