jeudi 12 février 2026

"L'héritage d'Esther", Sandor Marai

 J'ai choisi le thème de l'héritage pour l'Atelier Littérature de février, un sujet romanesque souvent traité dans la littérature mondiale tellement cette coutume traverse tous les temps et tous les lieux. J'ai donc découvert un roman de l'écrivain hongrois, Sandor Marai (1900-1989), "L'héritage d'Esther", publié en 1939 et disponible en Livre de Poche. Esther, le personnage principal, vit recluse dans sa maison de famille, engourdie dans sa solitude et dans sa mélancolie. Elle partage sa maison avec Nounou, une sorte de tante et vivent chichement de la vente de leurs légumes de jardin. Elle a aimé un homme dans sa jeunesse, Lajos, qui lui a préféré sa soeur aînée, Vilma. Esther ne s'est jamais remise de cet échec amoureux. Vingt ans ont passé, sa soeur est morte. Elle reçoit une lettre où cet homme lui signale sa visite prochaine. Mais, Lajos, est resté le même homme : insaisissable, profiteur et surtout malhonnête. Il emprunte de l'argent à ses proches et ne les rembourse pas. Obsédé par l'argent, il ressemble à un antihéros balzacien. Un face à face pathétique s'engage entre les deux protagonistes et renforce l'idée que la connaissance d'autrui reste toujours un obstacle. Pourquoi Esther est-elle attirée par cette marionnette d'homme ? Et lui, comment se voit-il tellement il se montre déplaisant, calculateur, hypocrite. Autant Esther vit dans la frugalité, autant Lajos vit dans l'excès. Si Esther s'était mariée avec Lajos, aurait-elle mené une meilleure vie, une vie heureuse ? Il est venu réclamer la part d'héritage de la soeur d'Esther. Mais, il a déjà dépouillé cette famille avec le diamant d'une bague de fiançailles. Ce personnage possède une échelle de valeurs peu commune, un sentiment d'impunité révoltant. Comment se termine ce roman dense, intimiste, troublant ? Je ne le dirai pas car il faut lire ce bijou romanesque. Comme ses camarades Stefan Zweig, Joseph Roth, Arthur Schnitzler, Sandor Marai excelle dans l'art subtil des relations complexes entre les hommes et les femmes. Evidemment, qui peut apprécier le redoutable Lajos ? Personne. Mais, Esther, la victime masochiste de cet escroc attire toute notre empathie... 

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