Quel plaisir de lecture de redécouvrir le roman le plus connu de Pascal Quignard, "Tous les matins du monde", publié en 1991 ! Quelques décennies plus tard, cet ode à la musique conserve son aspect intemporel comme ses oeuvres dans son ensemble. L'écrivain s'est inspiré très librement d'un musicien réel du XVIIe siècle, Jean de Sainte-Colombe et de son élève, Marin Marais. Ce texte évoque aussi la musique de la basse viole, très prisée à cette époque. En 1650, l'épouse adorée de monsieur de Sainte-Colombe meurt en laissant deux petites filles orphelines, Madeleine et Toinette. Le musicien ne trouve la consolation que dans la pratique de sa viole. Il se réfugie avec son chagrin inconsolable dans une cabane au fond de son jardin où il travaille en solitaire : "Quand je tire mon archet, c'est un petit morceau de mon coeur vivant que je déchire". Ce perfectionniste cherche à imiter toutes les inflexions de la voix humaine". Il reste en contact avec deux amis dont le peintre Lubin Baugin. Une cuisinière, Guignotte, s'occupe de la famille. Le musicien initie ses filles à la viole de gambe et ils organisent des concerts qui attirent le succès. Le Roi Louis XIV souhaite les entendre, mais Sainte-Colombe refuse de jouer à Versailles. Sollicité à nouveau, il s'obstine dans son refus. Une nuit, alors qu'il joue le morceau de musique composé à la mort de sa femme, celle-ci ou son fantôme apparaît. Cette hallucination se repète plusieurs fois et ces retrouvailles fantasmées lui apportent de la joie et de l'apaisement. Il demande à son ami, Lubin Baugin, de peindre un tableau figurant la table près de laquelle sa femme est apparue. Marin Marais vient voir son maître en cachette pour l'écouter. Mais, un jour, il éternue et son maître le renvoie. Marin Marais va aussi devenir l'amant de Madeleine tout en ayant une aventure avec la soeur cadette. Les deux musiciens correspondent à deux personnalités opposées, l'un ne vit que pour la musique dans une solitude absolue comme un janséniste austère, l'autre offre son art à la société de son époque. J'ai toujouts aimé les romans de Pascal Quignard, souvant courts, d'une écriture surprenante, à l'ambiance de conte ou de fable. Lire cet écrivain dans ses oeuvres fictionnelles ou dans ses essais, réserve toujours des surprises et surtout un grand bonheur de lecture ! Le Louvre possède la nature morte des gaufrettes de Lubin Baugin : une merveille ! Musique, peinture, littérature : un trio de charme au sens fort du terme, signé Pascal Quignard.
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