lundi 19 janvier 2026

"Contrepoint", Anna Enquist

 Dans ma liste de l'Atelier Littérature sur la musique, je n'ai pas hésité une seule seconde pour choisir le roman d'Anna Enquist, "Contrepoint", publié en 2010 chez Actes Sud. Le roman évoque la musique de Bach, une musique exigeante, complexe mais tellement belle. La narratrice, que l'écrivaine nomme "la femme", ou "la mère", décrypte les Variations Golberg dans un langage musical assez opaque pour les non-initiés du solfège. La narratrice se réfugie dans ces exercices qu'elle vit dans une solitude absolue pour oublier la tragédie qui se dévoile sous nos yeux, la perte de sa fille. Sa souffrance indescriptible imprègne en basse continue ce récit poignant. La narratrice égrène au fil du récit des souvenirs familiaux, teintés d'un bonheur certain. Les parents, des musiciens professionnels, ont une fille et un garçon qu'ils élèvent dans un amour total. Elle met à plat son passé en évoquant les heures heureuses comme les plus malheureuses. Elle se souvient d'une scène capitale quand trente ans avant, elle tenait ses deux enfants sur ses genoux pour déchiffrer ces mêmes Variations de Bach. Mais, le présent de la pianiste se délite car sa fille aînée a perdu la vie dans un accident de vélo, percutée par un camion. Comment peut-on vivre après cette catastrophe intime ? Le seul recours qu'elle trouve se situe dans le passé de la famille et dans la musique. Les deux thèmes s'entremêlent pour composer ce texte mélodique empreint d'une tristesse mélancolique douloureuse. Bach a aussi perdu dix enfants sur les vingt qu'il a eus avec ses deux épouses successives. Bach a vécu cette douleur de la perte et sa musique exprime malgré tout en sourdine ce scandale de la mort. La narratrice raconte sa fille, sa joie de vivre mais aussi ses doutes, ses angoisses, ses hésitations pour déssiner son avenir. Des pages lumineuses, des variations d'amour parental. Anna Enquist écrit : "Elle s'était arrachée à l'avenir. Jamais elle ne verrait la fille enceinte, devenue mère, avec ses premiers cheveux gris". Ce roman intimiste et pudique sur la souffrance d'une mère face à la perte de son enfant se lit avec une émotion certaine. Seule, la musique apporte une consolation fugitive.   

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