mercredi 14 janvier 2026

"Pastorale américaine", Philip Roth, 2

 Philip Roth raconte en fait une histoire tragique avec l'irruption brutale du malheur dans la vie de cette famille si banalement heureuse. Dans ce drame, le père se sent désemparé, désarmé : comment sa chère petite fille a basculé dans le crime ? Il a vécu l'enfance de Merry comme une parenthèse enchantée. Mais elle souffrait de bégaiement et dès qu'elle a franchi le cap de l'adolescence, le sentiment de l'injustice l'a envahie jusqu'au geste final de l'attentat. La jeune fille s'est laissée piégée par cette époque politique aux Etats-Unis où la radicalité du terrorrisme pouvait provoquer des ravages eomme en Europe avec les Brigades rouges italiennes. Au fond, les parents ont partagé un aveuglement sur le comportement asocial de leur fille rebelle. Celle-ci disparaît après l'attentat, cachée et protégée dans le milieu des marginaux. Seymour la retrouve cinq ans plus tard et la discussion s'avère un échec total car Merry s'est transformée en bloc de haine envers la société. Philip Roth relate aussi le destin de ce père fantôme, un anti-héros pathétique car il va divorcer, se remarier et aura trois garçons. Sa fille Merry va mourir jeune. "La pastorale américaine", une vie qui promet la plénitude et l'innocence, a disparu sans retour possible pour les parents de cette jeune femme terrorriste. Ce roman "épique" raconte aussi l'Amérique du XXe siècle à travers la ville de Newark avec la guerre du Vietnam, le Watergate, les mouvements contestataires, les classes sociales, les rêves de réussite et d'assimilation, le travail, la famille et tant d'autres aspects de la vie américaine. Ce roman miroir, ce roman puzzle possède de multiples facettes aussi bien tragiques que comiques, avec un humour corrosif et sans illusions sur la "nature humaine". Quelles leçons faut-il extraire de ce grand roman baroque ? Tout est fragile dans chaque destin et le malheur peut frapper à tous moments. Philip Roth ne se voilait pas la face et posait sans cesse la question : "la vie a-t-elle un sens ?". Attention, ce roman peut secouer fort avec une vision de la vie penchant du côté sombre ! Mais aussi quelle vitalité dans cette prose volcanique et quel oeil d'aigle pour décrire les mensonges et surtout,  la bêtise humaine dans ses clichés et ses dogmatismes. Le roman a reçu le Prix Pulitzer en 1998 et la revue Time l'a selectionné dans une liste des 100  plus grands romans de tous les temps ! A lire ou à relire. 

mardi 13 janvier 2026

"Pastorale américaine", Philip Roth, 1

 J'ai relu récemment le roman culte de Philip Roth, "Pastorale américaine", découvert à sa sortie en 1997 chez Gallimard. Je me fais un plaisir de m'adonner à la relecture des grands romans du XXe. Et la "Pastorale américaine" appartient à cette catégorie. Ce sixième volume du cycle Nathan Zuckerman et le premier de la trilogie américaine raconte l'histoire de Seymour Levov, un ancien sportif très célèbre dans sa jeunesse, fréquentant le même lycée que le narrateur, l'écrivain Zuckerman. Seymour, surnommé "Swede", est un juif américain, devenu homme d'affaires. Incarnation de la réussite sociale, cet homme heureux, équilibré, est amoureux de sa très belle épouse, Dawn, ancienne miss New Jersey d'origine irlandaise. Pourtant, derrière cette façade idéale, il va perdre toutes ses certitudes et tout son bonheur conforme et confortable. Car sa vie personnelle se brise sur les aspérités des tourments politiques et sociaux de son pays dans les années 60. Bien des années plus tard, Seymour croise de nouveau son ancien copain, devenu écrivain. L'homme d'affaires lui demande d'écrire un livre sur son père, fondateur de l'entreprise, une ganterie prospère. Ce projet ne voit pas le jour. Nathan apprend alors la mort de Seymour par son frère à l'occasion d'une réunion d'anciens élèves. Le roman prend alors sa vitesse de croisière quand la vie familiale de Seymour se dévoile davantage. Sa fille, Merry, à l'âge de seize ans, se révolte contre la guerre du Vietnam et commet un acte criminel dans la poste locale en tuant un homme. Cet attentat dévaste la vie des ses parents. Merry prend la fuite après cet attentat. La grande question qui taraude Seymour éclate dans toutes les pages du roman : comment sa petite fille modèle est-t-elle devenue une terrorriste recherchée dans son pays ? Philip Roth tente d'apporter une réponse : "Un jour, Seymour se rend compte qu'il ne connaît plus sa fille, ne reconnaît plus sa fille, et surtout lorsque celle-là commet un acte terrorriste dans la paisible bourgade où elle vit. Personne ne connaît réellement personne". (la suite demain)

lundi 12 janvier 2026

Le Lac du Bourget, l'esprit du lieu

 En feuilletant le Télérama de ma belle-mère, je suis tombée sur un article sympathique concernant notre lac du Bourget, un des lacs les plus littéraires du pays. Alphonse de Lamartine (1790-1869) a composé un poème inoubliable que beaucoup d'écoliers de ma génération ont récité. J'ai relu attentivement ce long poème magnifique et j'ai retenu cette strophe : "Aimons donc, aimons donc ! De l'heure fugitive, Hâtons-nous, jouissons ! L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ; il coule, et nous passons !". Le poète interpelle la nature pour qu'elle témoigne de son amour pour Julie Charles, qu'il sauve de la noyade. Mais, elle est atteinte de la tuberculose, ce qui explique sa présence dans la ville aixoise. Hélàs, elle est morte un an après leur rencontre. Le poète interpelle la nature : "Ô lac ! Rochers muets ! Grottes ! Forêt obscure !".  L'eau "mugissait sous ces roches profondes" et la dernière strophe se termine ainsi : "Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire, que les parfums légers de ton air embaumé, (...) tout dise : ils ont aimé !". Lamartine est venu se soigner plusieurs fois en Savoie comme beaucoup d'aristocrates de son époque. Il souffrait de dépression et le lac devait apaiser son angoisse de vivre. Que reste-t-il de Lamartine ? Son poème évidemment mais aussi un bloc de granit gravé d'une strophe au cap des Séselets au Viviers-du-Lac, une statue en bronze à Aix-les-Bains, un buste à Tresserve. L'article en question rend un hommage au lac en soulignant le côté "inspirant" du paysage, été comme hiver. Depuis que je vis en Savoie, plus de vingt-cinq ans maintenant, je suis irrésistiblement attirée par ce lac que j'ai choisi comme mon parcours de marche en observant son environnement enchanteur au Bourget, à Aix et au Viviers : la montagne avec sa Dent du Chat, le château de Bourdeau, l'Abbaye cistercienne de Hautecombe, les ports, les roselières, les mouettes, les aigrettes, les cormorans, les canards et tant d'autres merveilles. Mon esprit est tapissé de ces paysages verdoyants et bleutés. Quelle chance de vivre à côté de ce bijou naturel  d'un romantisme absolu ! 

vendredi 9 janvier 2026

"Le fracas du temps", Julian Barnes

Toujours dans le cadre de l'atelier Littérature de janvier sur le thème de la musique, j'ai lu récemment "Le Fracas du temps" de Julian Barnes, publié au Mercure de France en 2016. Le personnage central du roman se nomme Dimitri Chostakovitch, un musicien célèbre dans le monde entier (1906-1975). La question posée par l'écrivain anglais concerne la place des artistes dans un univers totalitaire. Dans la société stalinienne russe, il n'est pas question de contester la politique des gouvernants. Le musicien, l'un des plus grands compositeurs du XXe siècle, a composé un opéra, "Lady Macbeth de Mtsensk", un succès retentissant dans les grandes capitales occidentales. Mais ce succès dérange Staline qui n'a pas du tout apprécié cette oeuvre musicale à Moscou. Le musicien comprend qu'il est rentré en disgrâce et il se prépare à passer le reste de sa vie en prison. On ne plaisante avec la ligne du parti et de sa conception de la culture de classe. La Pravda rejette aussi cette musique nouvelle, considérée comme des divagations tonitruantes de Chostakovitch. Marié, père d'une petite fille, le musicien se poste dans la cage d'escalier pour épargner son arrestation humiliante à sa famille. Par miracle, il échappe au pire car, en pleines purges staliniennes, l'officier qui devait l'arrêter a été exécuté ! Il comprend qu'il doit s'adapter au régime communiste pour survivre. Il se pliera à leurs exigences et composera des musiques de film selon leurs directives. Cet homme, piégé par la terreur communiste, est-il lâche ? Comment un artiste peut-il accepter de telles compromissions ? Julian Barnes ne juge pas le comportement du musicien. En 1960, Kroutchev l'obligera à s'inscrire au Parti. Ce roman décrit un monde absurde, kafkaien, plongé dans une terreur permanente. Le compositeur a vécu avec la peur et il meurt à 69 ans d'épuisement moral, décu de lui-même et de ses angoisses. Julian Barnes décrit un homme brisé par le système soviétique qu'il détestait. Seule, la musique le sauvait : "La musique reste un langage secret qui permet de dire des choses". 

mercredi 7 janvier 2026

Musique et Littérature

L'Atelier Littérature du jeudi 22 janvier, le premier de cette nouvelle année, réunira les amies lectrices autour des romans et de la musique. Je souhaitais passer d'une année à l'autre en compagnie de la musique, un thème heureux pour tous ceux et celles qui mettent cet art au centre de leur vie. Evidemment, il n'a pas été trop difficile de trouver des livres "musicaux" et par conséquent, j'ai lu en ce mois de décembre quelques titres de la liste bibliographique. J'ai commencé par "Un coeur en silence" de l'écrivaine catalane, Blanca Busquets, publié chez l'éditeur Les Escales en 2015. Ce roman choral réunit cinq protagonistes : Karl, un chef d'orchestre, Teresa, la virtuose du violon, Anna, la soliste jalouse, Maria, la gouvernante de Karl et Mark, son fils. Les premières pages du roman se déroulent à Berlin, dix ans après la mort du chef d'orchestre lors d'un concert en son hommage. A travers chaque témoignage de ces cinq personnages, se révèlent les liens qui les unissaient entre haine et amour, passion et jalousie, trahison et fidélité. Karl n'est pas un homme facile à vivre et il est obsédé par son génie musical. Ses conquêtes féminines se suivent avec cynisme et trois femmes autour de lui vont souffrir de sa légéreté. Teresa, d'origine très modeste, réussit à se sortir de la misère sociale grâce à l'apprentissage du violon. Anna, déjà favorisée par la vie, vivra en permanence le tourment de la jalousie, et Maria, la gouvernanre, secrètement amoureuse de Karl, son employeur et ami, se dévoue totalement à son service en sacrifiant sa propre existence. Ce texte à plusieurs voix ressemble à un concerto entre éclats forts et murmures assourdies. Un personnage matériel intervient dans ce récit : un violon Stainer, disparu dans une déchetterie et retrouvé plus tard. Un hommage à la musique et à son monde parfois plus proche d'un opéra que de la réalité. J'ai aussi découvert "Sauver Mozart" de Raphaël Jerusalmy, publié chez Actes Sud en 2012. De juillet 1939 à août 1940, Otto J. Steiner, critique musical salzbourgeois, atteint de tuberculose, se retrouve dans un sanatorium. Il va commettre un "attentat musical" en programmant dans le festival de Salzbourg un air de musique yiddish en le faisant passer pour du Mozart. Il décrit la brutalité des nazis, leur inculture musicale et surtout leur barbarie. Un roman court et efficace sur la résistance et sur le courage avec en prime la passion de la musique. 

lundi 5 janvier 2026

Mes dix récits préférés de l'année 2025, 2

Je poursuis mon palmarès de mes dix meilleurs récits de l'année dernière. Trois autres biographies d'écrivains m'ont procuré un grand plaisir de lecture : "Ma vie avec Proust" de Catherine Cusset, "Flaubert" de Marie-Hélène Lafon et "L'autre vie d'Orwell" de Jean-Pierre Martin. Catherine Cusset s'empare de la galaxie proustienne pour raconter sa passion pour "La Recherche du temps perdu". Elle appartient à la catégorie des idolâtres proustiens car le lire peut entraîner un changement de vie. Elle a puisé dans son oeuvre une "leçon de vie" et son récit intime, drôle et intelligent nous fait encore plus apprécier l'univers de "Marcel". Marie-Hélène Lafon adore Flaubert et dans un texte flamboyant, elle lui rend un bel hommage. Ce portrait d'un écrivain, un des plus fabuleux du XIX", se lit avec jubilation. J'ai choisi le roman de George Orwell, "1984" dans les dix romans préférés et j'ai découvert "L'autre vie d'Orwell" de Jean-Pierre Martin. L'auteur s'est intéressé plus particulièrement à la période de son exil volontaire dans une île écossaise où il recherchait la sérénité et une simplicité frugale. Un beau récit servi par une écriture élégante et profonde. Dans le cadre de l'Atelier Lirrérature, j'avais choisi le thème des journaux et des autobiographies et j'ai donc redécouvert "Armen" de Jean-Pierre Abraham, publié en poche chez Payot. L'auteur écrit : "J'avais trouvé vraiment mon lieu. Je crois que c'est ce qu'il faut chercher, trouver le lieu où l'on puisse devenir soi-même, s'épanouir, être à sa place, bien dans sa peau". Vivre dans un phare en Bretagne, j'avoue que j'aurais beaucoup aimé vivre cette expérience... Et j'aurais déposé dans ma valise des dizaines de livres tout en observant la mer. Ce livre culte raconte avec bonheur ce mode de vie. L'année 2025 est marquée pour moi par Cézanne où j'ai vu son exposition à Aix-en-Provence. Je me documente beaucoup, une manie de bibliothécaire dont je ne me débarrasse pas facilement. Je connaissais la passion de Rilke pour la peinture de Cezanne et j'ai donc apprécié ses lettres sur l'art cezannien. Mon dernier récit coup de coeur concerne un philosophe français original, Clément Rosset. Souvent, les livres de philosophie possèdent un vocabulaire spécialisé assez obscur, mais, "La joie est plus profonde que la tristesse", de Clément Rosset, d'une clarté lumineuse, se lit avec un plaisir certain. Ses maximes m'amusent beaucoup : "Tout est foutu, soyons joyeux" ou "Rassurons-nous, tout va mal". Son humour corrosif et ironique peut aussi devenir un chemin vers la sagesse heureuse. Voilà pour mes dix récits préférés de l'année passée : journaux, biographies, récits vécus et ouvrages sur l'art et sur la philosophie. Ah, le bonheur de lire, un loisir à pratiquer sans modération, une hygiène de l'esprit. 

dimanche 4 janvier 2026

Mes dix récits préférés de l'année 2025, 1

Je remarque que je lis autant de récits que de romans, comme si le réel me semble plus riche que la fiction. Je mettrai en tête de mes découvertes le "Journal" de Sandor Marai, un écrivain hongrois particulièrement intéressant à lire. J'aime beaucoup les journaux d'écrivain mais celui-ci surpasse ceux de nombreux confrères, à par celui de Virginia Woolf que je place au sommet de la littérature. Les trois tomes de ses écrits couvrent les années 43 jusqu'en 1989. Il évoque les événements historiques de son pays, mais aussi, sa vie d'écrivain et son quotidien familial. Il note ses lectures toujours passionnantes et son amour de la littérature traverse toute cette oeuvre autobiographique. Fuyant le totalitarisme communiste, il s'exile aux Etats-Unis. Il a perdu sa bibliothèque et il écrivait : "Cette pièce avec des livres, c'est ma patrie". Cet amoureux de livres er de la littératue ne pouvait que me plaire. J'ai ensuite bien aimé le livre de Jean-Paul Enthoven, "Je me retournerai souvent", un livre patchwork de souvenirs, de réves, de portraits d'écrivains, des êtres aimés, de la Toscane, des rendez-vous manqués. Un beau récit cultivé, mélancolique qui raconte un pan de la vie intellectuelle française. Cette année, j'ai lu avec une certaine émotion l'ouvrage d'hommage à Milan Kundera, un de mes écrivains préférés que je lis très régulièrement. Dans cet opuscule, paru chez Gallimard, éditeurs, traducteurs et amis de l'écrivain rappellent l'importance capitale de son oeuvre au XXe siècle. Cette citation de Kundera ressemble à une vérité d'une lucidité clairvoyante : "La seule chose qui nous reste face à cette inéluctable défaite qu'on appelle la vie est d'essayer de la comprendre. C'est la raison d'être de l'art du roman". Dans la catégorie des biographies romancées, j'ai remarqué celle d'Angela Buba, "Elsa", sur Elsa Morante. J'ai lu dans ma jeunesse "La Storia", "L'île d'Arturo", et d'autres titres et ces lectures m'avaient enchantée. Je songe à relire ses oeuvres surtout après la découverte de ce portrait bien documenté sur l'écrivaine italienne hors pair. Evoquer Elsa Morante, c'est aussi voyager dans l'Italie intellectuelle du XXe siècle sur fond de lois raciales et de combats pour la justice sociale. Une femme attachante et une écrivaine d'exception. 

vendredi 2 janvier 2026

Mes dix romans préférés de l'année 2025, 2

Un écrivain danois possède un charme certain. Il s'agit de Jens Christian Grondahl et de son roman, paru l'année dernière, "Au fond des années passées", paru chez Gallimard dans la collection Du monde entier. Je lis cet écrivain discret, sensible, secret depuis quelques années et son dernier roman m'a vraiment convaincue que cet homme mérite toute notre attention. Le narrateur à la soixantaine d'années se sent bien fragilisé par sa santé et surtout par sa vie amoureuse en plein échec. Un jour, il rencontre son ancien amour de jeunesse (un thème romanesque récurrent). Son roman ressemble à une sonate d'automne, subtile et nostalgique dans l'esprit du temps. Son dernier roman si réussi m'a donné envie de relire ses précédents... J'ai découvert l'année dernière un roman culte que je n'avais pas encore ouvert. L'Atelier Littérature sur les romans historiques m'a permis de découvrir "La Marche de Radetzky" de Joseph Roth, écrivain autrichien d'origine juive, ami de Stefan Zweig. Ce roman crépusculaire raconte la période des années 1859 à 1916 de l'Empire austro-hongrois à travers une famille, les Trotta. Le naufrage d'un monde me rappellait le roman magnifique de Lampedusa, "Le Guépard".  Cet écrivain que je n'avais jamais lu m'intéresse beaucoup et je poursuivrai sa connaissance durant cette année. Un roman biographique, "L'Ami Louis", de Sylvie Le Bihan, a attiré mon attention car l'autrice a mis en scène deux écrivains, le célèbre Albert Camus et l'inconnu discret, Louis Guilloux. Grâce à cet ouvrage, j'ai apprécié le portrait de Louis Guilloux, un homme du peuple, généreux et amical. Mon dernier coup de coeur de l'année 2025 a reçu le prix Médicis et le mérite évidemment. Ce roman autobiographique, "Kolkhoze" évoque l'histoire impressionnante de la famille de l'écrivain, de sa mère surtout, Hélène Carrère d'Encausse, académicienne et spécialiste de la Russie. Ce travail littéraire d'archiviste scrupuleux montre un monde fabuleux de Moscou à l'Ukraine, de la Géorgie à Paris. Voilà pour mes dix romans préférés de l'année dernière : Colm Toibin, Pascal Quignard, Henry James, Georges Orwell, Sansal Boualem, Antonio Munoz Molina, Jens Christian Grondahl, Joseph Roth, Sylvie Le Bihan, Emmanuel Carrère ! Sans m'en rendre compte, je n'ai pas respecté la parité mais j'ai tout de même une femme écrivain ! L'année prochaine, je ferai mieux, promis ! 

jeudi 1 janvier 2026

Mes dix romans préférés de l'année 2025,1

Comme tous les ans, en début d'année, je respecte la tradition en consacrant un billet sur mes dix romans préférés. Je poursuivrai mes bilans de lecture en évoquant les documentaires et mes relectures. J'ai choisi un ordre chronologique de janvier à décembre. J'ai lu une centaine d'ouvrages cette année et j'ai eu d'évidents moments heureux, Pascal Quignard parlerait "d'heures heureuses". Je commencerai par la très bonne biographie romancée de Colm Toibin, "Le Maître" sur Henry James. Cet hommage d'un écrivain irlandais à un génie anglo-américain m'a ouvert un nouvel horizon : l'univers si mystérieux, si dense des oeuvres d'Henry James que j'ai décidé de découvrir régulièrement surtout dans ses nouvelles. Dorénavant, j'inscris, dans mon programme de lectures, Henry James. J'ai lu avec plaisir "Whashington Square", publié en 1880. Une femme naïve sous l'emprise autoritaire de son père tombe amoureuse d'un homme cynique. Cette histoire conserve toute son actualité. En janvier de l'année dernière, j'ai eu la bonne surprise d'un nouvel opus de Pascal Quignard, "Trésor caché", paru chez Albin Michel. Une femme découvre un trésor dans son jardin et sa vie va changer... Un conte moderne, une petite merveille à découvrir. Deux dystopies ont percuté mon imagination : "1984" de Georges Orwell et "2084" de Boualem Sansal. Le premier roman est devenu un classique indispensable pour comprendre l'horreur du totalitarisme, des dictatures de la pensée unique, de la bien-pensance. Il faut absolument lire ce roman terrifiant qui n'a qu'un objectif essentiel : ouvrir les yeux, penser par soi-même, vivre libre loin des dogmes et des "ismes". Boualem Sansal s'est inspiré d'Orwell pour évoquer le fléau de l'islamime qu'il a lui-même vécu en Algérie. Ce roman puissant démontre l'importance de cet écrivain, scandaleusement emprisonné par le pouvoir algérien et heureusement libéré récemment. Dans mon palmarès de l'année dernière, j'ai choisi le roman d'Antonio Munoz Molina, "Je ne te verrai pas mourir", prix Médicis en 2020. Un amour de jeunesse peut-il perdurer jusqu'à la fin de sa vie ? L'écrivain espagnol raconte les "mirages de l'amour" quand deux anciens amants se retrouvent quarante ans après. Les questions surgissent au fil du texte : la fidélité à soi et aux autres, la nostalgie du passé, le temps, la transformation des êtres, l'amour éternel, les désillusions. Il faut lire ce roman magnifique ! (La suite, demain)