La deuxième partie de l'Atelier était consacrée aux coups de coeur. Odila Ba nous a fortement conseillé le premier roman de Bénédicte Dupré La Tour, "Terres promises", publié aux Editions du Panseur en 2024. Ce roman choral évoque les voix oubliées de la conquête de l'Ouest : Eleanor, la prostituée, Kinta, l'indigène rebelle, Morgan, l'orpailleur fou et d'autres colons et exilés. Ces "vies minuscules" se croisent dans cette mosaïque de la ruée vers l'or. Un coup de coeur dithyrambique pour ce livre d'une belle écriture et d'une densité incroyable. Une lecture indispensable pour comprendre la violence de l'Amérique et surtout, la condition des femmes à cette époque, dominée par les hommes. Les séries "Western" semblent très populaires aujourd'hui. Lisons ce roman "western" pour échapper un moment aux écrans ! Geneviève a lu sur mes conseils le roman posthume d'Albert Camus, "Le Premier homme", disponible en Folio. Ce grand classique contemporain pourtant inachevé par la mort de l'écrivain, retrace l'histoire de sa famille ; "En somme, je vais parler de ceux que j'aimais", écrit Albert Camus dans une de ses notes. Ce récit autobiographique lumineux révèle sa personnalité, d'une intense humanité. Il a voulu donner la parole à tous ceux et toutes celles à qui "la parole est refusée". J'avoue pour ma part que je l'ai lu à sa sortie en 1994. Ce livre repose depuis trop longtemps dans ma bibliothèque et je vais le relire avec un grand bonheur. Dans l'Atelier, j'apprécie ces coups de coeur qui donnent envie de lire ou de relire certains romans, parfois oubliés. Mais, Albert Camus ne peut pas être oublié, loin de là alors que son ennemi de l'époque, Monsieur Sartre, ne suscite pas trop d'enthousiasme de nos jours ! Janelou a lu avec intérêt le récit de Paul Gasnier, "La Collision", publié chez Gallimard. En 2012, en plein centre ville de Lyon, une femme décède brutalement, percutée par un jeune en moto cross, en faisant du rodéo urbain. Dix ans plus tard, son fils, journaliste "progressiste" de métier, n'a pas oublié ce drame tragique dans cet accident absurde. Il se rend compte que ce fait divers prend une dimension politique pour fracturer la société. Il décide pourtant de se plonger dans la compléxité de cet accident. Il se lance sur les traces du motard inconscient pour comprendre les "raisons" de cet acte insensé. Deux destins se sont téléscopés ce jour-là et cette enquête "explore la force de nos convictions quand le réel les met à mal, et les manquements collectifs qui créent l'irrémédiable". Voilà pour les coup de ceour de janvier à découvrir, peu nombreux mais fort intéressants.
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
jeudi 29 janvier 2026
mardi 27 janvier 2026
Atelier Littérature, la musique
L'Atelier Littérature du jeudi 22 janvier s'est déroulé dans le bar-salon "Jetez l'ancre" avec quelques lectrices présentes, un effectif réduit pour cette séance. Heureusement, tout s'est bien passé grâce au sujet du mois : la place de la musique dans la littérature. Odile Bo a présente le roman d'Akira Mizubayashi, "Reine de coeur", publié chez Gallimard, en 2022. Cet écrivain français d'origine japonaise, ayant fait ses études supérieures en France, a enseigné le français à Tokyo pendant quelques années. Le roman démarre par l'évocation de la cruelle guerre sino-japonaise et Jun, étudiant à Paris, est obligé de rentrer au Japon. Il laisse son grand amour, sa "reine de coeur", la jeune Anna. Des années plus tard, Mizuné, une jeune altiste parisienne, découvre un roman qui lui rappelle l'histoire de ses grands-parents. Jun et Anna, qu'elle n'a jamais connus. Dans ce texte, l'écrivain aux deux identités complémentaires, explore l'horreur de la guerre, la folie des hommes et rend un bel hommage à la beauté universelle de la musique, vécue comme la part meilleure de l'humanité. La transmission du passé se glisse dans ses pages malgré les silences familiaux. Odile a beaucoup apprécié ce livre car elle a lu la trilogie : "Ame brisée", "Reine de coeur" et "Suite inoubliable". Un trio muiscal à découvrir sans tarder. Geneviève et Odile ont bien aimé le roman biographique, "Le dernier mouvement", de l'écrivain autrichien, Robert Seethaler. Il s'agit de raconter Gustav Mahler qui, à cinquante ans, cumule l'art de la composition et la direction d'orchestre. En 1911, lors d'une traversée en bateau, il se souvient des moments marquants de sa vie. Ce musicien de génie était un père aussi aimant que tourmenté, à la santé fragile, amoureux fou de sa femme, Alma. Au fil de ses souvenirs, il relate sa rencontre avec Freud et avec Rodin. Il a dirigé et réformé l'Opéra de Vienne. Il aimait aussi la nature, les animaux et les grands espaces. Un musicien à écouter après avoir lu ce roman concis mais d'une densité à la Mahler. Odile Ba a lu aussi "Le Fracas du temps" de Julian Barnes et "Tous les matins du monde". Pour le premier cité, notre amie lectrice a apprécié ce portrait romancé du musicien russe, Chostakovitch, et surtout, l'arrière-plan historique et politique dans un univers communiste stalinien. J'ai présenté ces deux ouvrages dans mon blog donc, je ne reviens pas sur leurs trames romanesques. Odile Ba a, sans surprise, relu avec plaisir le roman musical de Pascal Quignard en relevant surtout le personnage fascinant de Sainte Colombe. Comme l'Atelier a enregistré une baisse conséquente de lectrices présentes, je ne consacrerai qu'un seul billet au thème de l'atelier. Dans cette rencontre musicale, nous avons parlé de Vivaldi, Mahler, Satie, de la musique baroque et contemporaine. Pour terminer ce billet, je reprends le titre d'une oeuvre de Bach, "L"Offrande musicale", oui, aimer la musique est une offrande !
lundi 26 janvier 2026
"Les joyaux du paradis", Donna Léon
Dans le cadre de l'Atelier Littérature de janvier sur des romans "musicaux", j'ai lu le roman de Donna Leon, "Les Joyaux du Paradis", publié dans la collection Points du Seuil. Je connaissais évidemment Donna Léon, cette écrivaine américaine devenue vénitienne depuis trente ans. Ce thriller particulier ne concerne pas le célèbrissime commissaire Brunetti dans ses multiples enquêtes (33 !). Dans cet ouvrage, une femme enquêtrice apparaît et se nomme Catarina Pellegrini, musicologue, originaire de Venise. Professeur à Manchester, elle décide de postuler dans sa ville natale pour un emploi temporaire mais plus adapté à sa formation. Un responsable d'une fondation musicale lui confie une mission : trouver dans les archives d'un musicien italien du XVIIIe, Agostino Steffani, un testament. En effet, deux cousins, des prétendus descendants, revendiquent cet héritage. Ces deux individus montrent surtout une voracité, er non une curiosité à l'égard de leur ancêtre commun, concernant la vente de partitions originales et inédites qui peuvent avoir une grande valeur marchande. La musique ne les passionne en aucun cas. Une secrétaire et le responsable de la fondation acceuillent Catarina et commence alors l'exploration des deux malles remplies d'archives. La narratrice relate ses recherches, tout en révèlant la vie assez agitée de ce musicien baroque. Elle utilise aussi les ressources patrimoniales de la très belle bibliothèque de la place San Marco, la "Marciana". Agostina Steffani s'était exilé en Allemagne où il menait des missions cruciales auprès des cours allemandes pour le Saint-Siège à Rome. Plus Catarina avance dans la connaissance des archives, plus elle se demande si ce musicien aurait trempé dans une affaire de meurtre. Et cet avocat, Maitre Moretti, cet homme affable et bien éduqué, son employeur, quel rôle joue-t-il dans cette enquête ? Lire ce roman policier procure le plaisir surtout de se retrouver dans la plus belle ville du monde, unique dans son genre, ancrée dans son passé glorieux où la musique, la peinture, l'art ont sculpté cette merveille de pierre et d'eau. Je suivais Catarina dans les rues de Venise, chez ses parents, dans la bibliothèque, dans ses petirs restaurants. Donna Léon manie aussi l'humour et surtout, adore cette cité plus que millénaire. Ub thriller original sur un musicien de génie et une ballade réjouissante dans une ville de rêve. En lisant ce roman, j'écoutais les belles cantates de Steffani et son opéra, "Niobé". Pour voyager en plein hiver, partons avec Donna Leon !
mercredi 21 janvier 2026
"Vladimir Jankélévitch, le charme irrésistible du Je-ne-sais-quoi", Françoise Schwab
Rien ne vaut une bonne biographie pour approcher au plus près un écrivain, un philosophe ou un artiste. Comme j'aime beaucoup Vladimir Jankélévitch (1903-1985), l'ouvrage de Françoise Schwab, publié chez Albin Michel en 2023 m'a apporté beaucoup d'éclaircissements sur l'oeuvre du philosophe d'une compléxité parfois hermétique. Philosophe, pianiste, musicologue, résistant, témoin de la Shoah, professeur à la Sorbonne, il a traversé le siècle dernier avec sa fougue de vivre dans tous les domaines. Quand il parlait à ses étudiants, son débit de paroles montrait ses enthousiasmes et ses interrogations comme son collègue Socrate. Françoise Schwab, historienne et amie proche de ce philosophe intègre, libre et exigeant, raconte sa vie avec un respect pudique et explique avec clarté les enjeux de son oeuvre immense. Né dans une famille russe cultivée d'origine juive exilée dans le Berry, le jeune Vladimir réussit brillament ses études de philosophie à Paris. Son père, Samuel, un intellectuel exceptionnel, était le traducteur de Freud et de Hegel. Le jeune professeur de philosophie se lie avec Bergson à qui il consacre une étude. Devenu enseignant, il est muté à Prague, à Toulouse et rejoint la Résistance dans les années 40. Il va perdre son poste de professeur à cause des horribles mesures anti-juives du régime de Vichy. Jankélévitch ne pardonnera jamais aux Allemands l'Holocauste et refusera toute compromission culturelle jusqu'à se priver de la culture allemande antérieure aux nazis. Après la guerre, il traverse une période où sa pensée n'est pas "à la mode", n'appartenant pas aux courants de l'époque comme le marxisme, l'existentialisme, le nihilisme, etc. Malgré ce manque de reconnaissance, il creuse le sillon des idées et compose des ouvrages profonds et essentiels sur des sujets divers : la liberté, la mort, la nostalgie, le temps, la mort, la musique. Tous ces thèmes illustrent sa richesse intellectuelle et donne à son oeuvre une dimension "morale, métaphysique et esthétique". Pour apprécier ce philosophe, je conseille surtout "Quelque part dans l'inachevé", un entretien du philosophe avec Béatrice Berlowitz, publié en Folio. Un résumé de tous ses concepts comme l'impalpable, le vague à l'âme, le fugace, le "presque rien" et le "Je ne sais quoi". Philosopher, c'est aussi méditer une de ses citations : "La plus précieux de tous les trésors est cette liberté elle-même, liberté d'aimer vraiment ce que l'on aime".
lundi 19 janvier 2026
"Contrepoint", Anna Enquist
Dans ma liste de l'Atelier Littérature sur la musique, je n'ai pas hésité une seule seconde pour choisir le roman d'Anna Enquist, "Contrepoint", publié en 2010 chez Actes Sud. Le roman évoque la musique de Bach, une musique exigeante, complexe mais tellement belle. La narratrice, que l'écrivaine nomme "la femme", ou "la mère", décrypte les Variations Golberg dans un langage musical assez opaque pour les non-initiés du solfège. La narratrice se réfugie dans ces exercices qu'elle vit dans une solitude absolue pour oublier la tragédie qui se dévoile sous nos yeux, la perte de sa fille. Sa souffrance indescriptible imprègne en basse continue ce récit poignant. La narratrice égrène au fil du récit des souvenirs familiaux, teintés d'un bonheur certain. Les parents, des musiciens professionnels, ont une fille et un garçon qu'ils élèvent dans un amour total. Elle met à plat son passé en évoquant les heures heureuses comme les plus malheureuses. Elle se souvient d'une scène capitale quand trente ans avant, elle tenait ses deux enfants sur ses genoux pour déchiffrer ces mêmes Variations de Bach. Mais, le présent de la pianiste se délite car sa fille aînée a perdu la vie dans un accident de vélo, percutée par un camion. Comment peut-on vivre après cette catastrophe intime ? Le seul recours qu'elle trouve se situe dans le passé de la famille et dans la musique. Les deux thèmes s'entremêlent pour composer ce texte mélodique empreint d'une tristesse mélancolique douloureuse. Bach a aussi perdu dix enfants sur les vingt qu'il a eus avec ses deux épouses successives. Bach a vécu cette douleur de la perte et sa musique exprime malgré tout en sourdine ce scandale de la mort. La narratrice raconte sa fille, sa joie de vivre mais aussi ses doutes, ses angoisses, ses hésitations pour déssiner son avenir. Des pages lumineuses, des variations d'amour parental. Anna Enquist écrit : "Elle s'était arrachée à l'avenir. Jamais elle ne verrait la fille enceinte, devenue mère, avec ses premiers cheveux gris". Ce roman intimiste et pudique sur la souffrance d'une mère face à la perte de son enfant se lit avec une émotion certaine. Seule, la musique apporte une consolation fugitive.
vendredi 16 janvier 2026
"Tous les matins du monde", Pascal Quignard
Quel plaisir de lecture de redécouvrir le roman le plus connu de Pascal Quignard, "Tous les matins du monde", publié en 1991 ! Quelques décennies plus tard, cet ode à la musique conserve son aspect intemporel comme ses oeuvres dans son ensemble. L'écrivain s'est inspiré très librement d'un musicien réel du XVIIe siècle, Jean de Sainte-Colombe et de son élève, Marin Marais. Ce texte évoque aussi la musique de la basse viole, très prisée à cette époque. En 1650, l'épouse adorée de monsieur de Sainte-Colombe meurt en laissant deux petites filles orphelines, Madeleine et Toinette. Le musicien ne trouve la consolation que dans la pratique de sa viole. Il se réfugie avec son chagrin inconsolable dans une cabane au fond de son jardin où il travaille en solitaire : "Quand je tire mon archet, c'est un petit morceau de mon coeur vivant que je déchire". Ce perfectionniste cherche à imiter toutes les inflexions de la voix humaine". Il reste en contact avec deux amis dont le peintre Lubin Baugin. Une cuisinière, Guignotte, s'occupe de la famille. Le musicien initie ses filles à la viole de gambe et ils organisent des concerts qui attirent le succès. Le Roi Louis XIV souhaite les entendre, mais Sainte-Colombe refuse de jouer à Versailles. Sollicité à nouveau, il s'obstine dans son refus. Une nuit, alors qu'il joue le morceau de musique composé à la mort de sa femme, celle-ci ou son fantôme apparaît. Cette hallucination se repète plusieurs fois et ces retrouvailles fantasmées lui apportent de la joie et de l'apaisement. Il demande à son ami, Lubin Baugin, de peindre un tableau figurant la table près de laquelle sa femme est apparue. Marin Marais vient voir son maître en cachette pour l'écouter. Mais, un jour, il éternue et son maître le renvoie. Marin Marais va aussi devenir l'amant de Madeleine tout en ayant une aventure avec la soeur cadette. Les deux musiciens correspondent à deux personnalités opposées, l'un ne vit que pour la musique dans une solitude absolue comme un janséniste austère, l'autre offre son art à la société de son époque. J'ai toujouts aimé les romans de Pascal Quignard, souvant courts, d'une écriture surprenante, à l'ambiance de conte ou de fable. Lire cet écrivain dans ses oeuvres fictionnelles ou dans ses essais, réserve toujours des surprises et surtout un grand bonheur de lecture ! Le Louvre possède la nature morte des gaufrettes de Lubin Baugin : une merveille ! Musique, peinture, littérature : un trio de charme au sens fort du terme, signé Pascal Quignard.
mercredi 14 janvier 2026
"Pastorale américaine", Philip Roth, 2
Philip Roth raconte en fait une histoire tragique avec l'irruption brutale du malheur dans la vie de cette famille si banalement heureuse. Dans ce drame, le père se sent désemparé, désarmé : comment sa chère petite fille a basculé dans le crime ? Il a vécu l'enfance de Merry comme une parenthèse enchantée. Mais elle souffrait de bégaiement et dès qu'elle a franchi le cap de l'adolescence, le sentiment de l'injustice l'a envahie jusqu'au geste final de l'attentat. La jeune fille s'est laissée piégée par cette époque politique aux Etats-Unis où la radicalité du terrorrisme pouvait provoquer des ravages eomme en Europe avec les Brigades rouges italiennes. Au fond, les parents ont partagé un aveuglement sur le comportement asocial de leur fille rebelle. Celle-ci disparaît après l'attentat, cachée et protégée dans le milieu des marginaux. Seymour la retrouve cinq ans plus tard et la discussion s'avère un échec total car Merry s'est transformée en bloc de haine envers la société. Philip Roth relate aussi le destin de ce père fantôme, un anti-héros pathétique car il va divorcer, se remarier et aura trois garçons. Sa fille Merry va mourir jeune. "La pastorale américaine", une vie qui promet la plénitude et l'innocence, a disparu sans retour possible pour les parents de cette jeune femme terrorriste. Ce roman "épique" raconte aussi l'Amérique du XXe siècle à travers la ville de Newark avec la guerre du Vietnam, le Watergate, les mouvements contestataires, les classes sociales, les rêves de réussite et d'assimilation, le travail, la famille et tant d'autres aspects de la vie américaine. Ce roman miroir, ce roman puzzle possède de multiples facettes aussi bien tragiques que comiques, avec un humour corrosif et sans illusions sur la "nature humaine". Quelles leçons faut-il extraire de ce grand roman baroque ? Tout est fragile dans chaque destin et le malheur peut frapper à tous moments. Philip Roth ne se voilait pas la face et posait sans cesse la question : "la vie a-t-elle un sens ?". Attention, ce roman peut secouer fort avec une vision de la vie penchant du côté sombre ! Mais aussi quelle vitalité dans cette prose volcanique et quel oeil d'aigle pour décrire les mensonges et surtout, la bêtise humaine dans ses clichés et ses dogmatismes. Le roman a reçu le Prix Pulitzer en 1998 et la revue Time l'a selectionné dans une liste des 100 plus grands romans de tous les temps ! A lire ou à relire.
mardi 13 janvier 2026
"Pastorale américaine", Philip Roth, 1
J'ai relu récemment le roman culte de Philip Roth, "Pastorale américaine", découvert à sa sortie en 1997 chez Gallimard. Je me fais un plaisir de m'adonner à la relecture des grands romans du XXe. Et la "Pastorale américaine" appartient à cette catégorie. Ce sixième volume du cycle Nathan Zuckerman et le premier de la trilogie américaine raconte l'histoire de Seymour Levov, un ancien sportif très célèbre dans sa jeunesse, fréquentant le même lycée que le narrateur, l'écrivain Zuckerman. Seymour, surnommé "Swede", est un juif américain, devenu homme d'affaires. Incarnation de la réussite sociale, cet homme heureux, équilibré, est amoureux de sa très belle épouse, Dawn, ancienne miss New Jersey d'origine irlandaise. Pourtant, derrière cette façade idéale, il va perdre toutes ses certitudes et tout son bonheur conforme et confortable. Car sa vie personnelle se brise sur les aspérités des tourments politiques et sociaux de son pays dans les années 60. Bien des années plus tard, Seymour croise de nouveau son ancien copain, devenu écrivain. L'homme d'affaires lui demande d'écrire un livre sur son père, fondateur de l'entreprise, une ganterie prospère. Ce projet ne voit pas le jour. Nathan apprend alors la mort de Seymour par son frère à l'occasion d'une réunion d'anciens élèves. Le roman prend alors sa vitesse de croisière quand la vie familiale de Seymour se dévoile davantage. Sa fille, Merry, à l'âge de seize ans, se révolte contre la guerre du Vietnam et commet un acte criminel dans la poste locale en tuant un homme. Cet attentat dévaste la vie des ses parents. Merry prend la fuite après cet attentat. La grande question qui taraude Seymour éclate dans toutes les pages du roman : comment sa petite fille modèle est-t-elle devenue une terrorriste recherchée dans son pays ? Philip Roth tente d'apporter une réponse : "Un jour, Seymour se rend compte qu'il ne connaît plus sa fille, ne reconnaît plus sa fille, et surtout lorsque celle-là commet un acte terrorriste dans la paisible bourgade où elle vit. Personne ne connaît réellement personne". (la suite demain)
lundi 12 janvier 2026
Le Lac du Bourget, l'esprit du lieu
En feuilletant le Télérama de ma belle-mère, je suis tombée sur un article sympathique concernant notre lac du Bourget, un des lacs les plus littéraires du pays. Alphonse de Lamartine (1790-1869) a composé un poème inoubliable que beaucoup d'écoliers de ma génération ont récité. J'ai relu attentivement ce long poème magnifique et j'ai retenu cette strophe : "Aimons donc, aimons donc ! De l'heure fugitive, Hâtons-nous, jouissons ! L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ; il coule, et nous passons !". Le poète interpelle la nature pour qu'elle témoigne de son amour pour Julie Charles, qu'il sauve de la noyade. Mais, elle est atteinte de la tuberculose, ce qui explique sa présence dans la ville aixoise. Hélàs, elle est morte un an après leur rencontre. Le poète interpelle la nature : "Ô lac ! Rochers muets ! Grottes ! Forêt obscure !". L'eau "mugissait sous ces roches profondes" et la dernière strophe se termine ainsi : "Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire, que les parfums légers de ton air embaumé, (...) tout dise : ils ont aimé !". Lamartine est venu se soigner plusieurs fois en Savoie comme beaucoup d'aristocrates de son époque. Il souffrait de dépression et le lac devait apaiser son angoisse de vivre. Que reste-t-il de Lamartine ? Son poème évidemment mais aussi un bloc de granit gravé d'une strophe au cap des Séselets au Viviers-du-Lac, une statue en bronze à Aix-les-Bains, un buste à Tresserve. L'article en question rend un hommage au lac en soulignant le côté "inspirant" du paysage, été comme hiver. Depuis que je vis en Savoie, plus de vingt-cinq ans maintenant, je suis irrésistiblement attirée par ce lac que j'ai choisi comme mon parcours de marche en observant son environnement enchanteur au Bourget, à Aix et au Viviers : la montagne avec sa Dent du Chat, le château de Bourdeau, l'Abbaye cistercienne de Hautecombe, les ports, les roselières, les mouettes, les aigrettes, les cormorans, les canards et tant d'autres merveilles. Mon esprit est tapissé de ces paysages verdoyants et bleutés. Quelle chance de vivre à côté de ce bijou naturel d'un romantisme absolu !
vendredi 9 janvier 2026
"Le fracas du temps", Julian Barnes
Toujours dans le cadre de l'atelier Littérature de janvier sur le thème de la musique, j'ai lu récemment "Le Fracas du temps" de Julian Barnes, publié au Mercure de France en 2016. Le personnage central du roman se nomme Dimitri Chostakovitch, un musicien célèbre dans le monde entier (1906-1975). La question posée par l'écrivain anglais concerne la place des artistes dans un univers totalitaire. Dans la société stalinienne russe, il n'est pas question de contester la politique des gouvernants. Le musicien, l'un des plus grands compositeurs du XXe siècle, a composé un opéra, "Lady Macbeth de Mtsensk", un succès retentissant dans les grandes capitales occidentales. Mais ce succès dérange Staline qui n'a pas du tout apprécié cette oeuvre musicale à Moscou. Le musicien comprend qu'il est rentré en disgrâce et il se prépare à passer le reste de sa vie en prison. On ne plaisante avec la ligne du parti et de sa conception de la culture de classe. La Pravda rejette aussi cette musique nouvelle, considérée comme des divagations tonitruantes de Chostakovitch. Marié, père d'une petite fille, le musicien se poste dans la cage d'escalier pour épargner son arrestation humiliante à sa famille. Par miracle, il échappe au pire car, en pleines purges staliniennes, l'officier qui devait l'arrêter a été exécuté ! Il comprend qu'il doit s'adapter au régime communiste pour survivre. Il se pliera à leurs exigences et composera des musiques de film selon leurs directives. Cet homme, piégé par la terreur communiste, est-il lâche ? Comment un artiste peut-il accepter de telles compromissions ? Julian Barnes ne juge pas le comportement du musicien. En 1960, Kroutchev l'obligera à s'inscrire au Parti. Ce roman décrit un monde absurde, kafkaien, plongé dans une terreur permanente. Le compositeur a vécu avec la peur et il meurt à 69 ans d'épuisement moral, décu de lui-même et de ses angoisses. Julian Barnes décrit un homme brisé par le système soviétique qu'il détestait. Seule, la musique le sauvait : "La musique reste un langage secret qui permet de dire des choses".
mercredi 7 janvier 2026
Musique et Littérature
L'Atelier Littérature du jeudi 22 janvier, le premier de cette nouvelle année, réunira les amies lectrices autour des romans et de la musique. Je souhaitais passer d'une année à l'autre en compagnie de la musique, un thème heureux pour tous ceux et celles qui mettent cet art au centre de leur vie. Evidemment, il n'a pas été trop difficile de trouver des livres "musicaux" et par conséquent, j'ai lu en ce mois de décembre quelques titres de la liste bibliographique. J'ai commencé par "Un coeur en silence" de l'écrivaine catalane, Blanca Busquets, publié chez l'éditeur Les Escales en 2015. Ce roman choral réunit cinq protagonistes : Karl, un chef d'orchestre, Teresa, la virtuose du violon, Anna, la soliste jalouse, Maria, la gouvernante de Karl et Mark, son fils. Les premières pages du roman se déroulent à Berlin, dix ans après la mort du chef d'orchestre lors d'un concert en son hommage. A travers chaque témoignage de ces cinq personnages, se révèlent les liens qui les unissaient entre haine et amour, passion et jalousie, trahison et fidélité. Karl n'est pas un homme facile à vivre et il est obsédé par son génie musical. Ses conquêtes féminines se suivent avec cynisme et trois femmes autour de lui vont souffrir de sa légéreté. Teresa, d'origine très modeste, réussit à se sortir de la misère sociale grâce à l'apprentissage du violon. Anna, déjà favorisée par la vie, vivra en permanence le tourment de la jalousie, et Maria, la gouvernanre, secrètement amoureuse de Karl, son employeur et ami, se dévoue totalement à son service en sacrifiant sa propre existence. Ce texte à plusieurs voix ressemble à un concerto entre éclats forts et murmures assourdies. Un personnage matériel intervient dans ce récit : un violon Stainer, disparu dans une déchetterie et retrouvé plus tard. Un hommage à la musique et à son monde parfois plus proche d'un opéra que de la réalité. J'ai aussi découvert "Sauver Mozart" de Raphaël Jerusalmy, publié chez Actes Sud en 2012. De juillet 1939 à août 1940, Otto J. Steiner, critique musical salzbourgeois, atteint de tuberculose, se retrouve dans un sanatorium. Il va commettre un "attentat musical" en programmant dans le festival de Salzbourg un air de musique yiddish en le faisant passer pour du Mozart. Il décrit la brutalité des nazis, leur inculture musicale et surtout leur barbarie. Un roman court et efficace sur la résistance et sur le courage avec en prime la passion de la musique.
lundi 5 janvier 2026
Mes dix récits préférés de l'année 2025, 2
Je poursuis mon palmarès de mes dix meilleurs récits de l'année dernière. Trois autres biographies d'écrivains m'ont procuré un grand plaisir de lecture : "Ma vie avec Proust" de Catherine Cusset, "Flaubert" de Marie-Hélène Lafon et "L'autre vie d'Orwell" de Jean-Pierre Martin. Catherine Cusset s'empare de la galaxie proustienne pour raconter sa passion pour "La Recherche du temps perdu". Elle appartient à la catégorie des idolâtres proustiens car le lire peut entraîner un changement de vie. Elle a puisé dans son oeuvre une "leçon de vie" et son récit intime, drôle et intelligent nous fait encore plus apprécier l'univers de "Marcel". Marie-Hélène Lafon adore Flaubert et dans un texte flamboyant, elle lui rend un bel hommage. Ce portrait d'un écrivain, un des plus fabuleux du XIX", se lit avec jubilation. J'ai choisi le roman de George Orwell, "1984" dans les dix romans préférés et j'ai découvert "L'autre vie d'Orwell" de Jean-Pierre Martin. L'auteur s'est intéressé plus particulièrement à la période de son exil volontaire dans une île écossaise où il recherchait la sérénité et une simplicité frugale. Un beau récit servi par une écriture élégante et profonde. Dans le cadre de l'Atelier Lirrérature, j'avais choisi le thème des journaux et des autobiographies et j'ai donc redécouvert "Armen" de Jean-Pierre Abraham, publié en poche chez Payot. L'auteur écrit : "J'avais trouvé vraiment mon lieu. Je crois que c'est ce qu'il faut chercher, trouver le lieu où l'on puisse devenir soi-même, s'épanouir, être à sa place, bien dans sa peau". Vivre dans un phare en Bretagne, j'avoue que j'aurais beaucoup aimé vivre cette expérience... Et j'aurais déposé dans ma valise des dizaines de livres tout en observant la mer. Ce livre culte raconte avec bonheur ce mode de vie. L'année 2025 est marquée pour moi par Cézanne où j'ai vu son exposition à Aix-en-Provence. Je me documente beaucoup, une manie de bibliothécaire dont je ne me débarrasse pas facilement. Je connaissais la passion de Rilke pour la peinture de Cezanne et j'ai donc apprécié ses lettres sur l'art cezannien. Mon dernier récit coup de coeur concerne un philosophe français original, Clément Rosset. Souvent, les livres de philosophie possèdent un vocabulaire spécialisé assez obscur, mais, "La joie est plus profonde que la tristesse", de Clément Rosset, d'une clarté lumineuse, se lit avec un plaisir certain. Ses maximes m'amusent beaucoup : "Tout est foutu, soyons joyeux" ou "Rassurons-nous, tout va mal". Son humour corrosif et ironique peut aussi devenir un chemin vers la sagesse heureuse. Voilà pour mes dix récits préférés de l'année passée : journaux, biographies, récits vécus et ouvrages sur l'art et sur la philosophie. Ah, le bonheur de lire, un loisir à pratiquer sans modération, une hygiène de l'esprit.
dimanche 4 janvier 2026
Mes dix récits préférés de l'année 2025, 1
Je remarque que je lis autant de récits que de romans, comme si le réel me semble plus riche que la fiction. Je mettrai en tête de mes découvertes le "Journal" de Sandor Marai, un écrivain hongrois particulièrement intéressant à lire. J'aime beaucoup les journaux d'écrivain mais celui-ci surpasse ceux de nombreux confrères, à par celui de Virginia Woolf que je place au sommet de la littérature. Les trois tomes de ses écrits couvrent les années 43 jusqu'en 1989. Il évoque les événements historiques de son pays, mais aussi, sa vie d'écrivain et son quotidien familial. Il note ses lectures toujours passionnantes et son amour de la littérature traverse toute cette oeuvre autobiographique. Fuyant le totalitarisme communiste, il s'exile aux Etats-Unis. Il a perdu sa bibliothèque et il écrivait : "Cette pièce avec des livres, c'est ma patrie". Cet amoureux de livres er de la littératue ne pouvait que me plaire. J'ai ensuite bien aimé le livre de Jean-Paul Enthoven, "Je me retournerai souvent", un livre patchwork de souvenirs, de réves, de portraits d'écrivains, des êtres aimés, de la Toscane, des rendez-vous manqués. Un beau récit cultivé, mélancolique qui raconte un pan de la vie intellectuelle française. Cette année, j'ai lu avec une certaine émotion l'ouvrage d'hommage à Milan Kundera, un de mes écrivains préférés que je lis très régulièrement. Dans cet opuscule, paru chez Gallimard, éditeurs, traducteurs et amis de l'écrivain rappellent l'importance capitale de son oeuvre au XXe siècle. Cette citation de Kundera ressemble à une vérité d'une lucidité clairvoyante : "La seule chose qui nous reste face à cette inéluctable défaite qu'on appelle la vie est d'essayer de la comprendre. C'est la raison d'être de l'art du roman". Dans la catégorie des biographies romancées, j'ai remarqué celle d'Angela Buba, "Elsa", sur Elsa Morante. J'ai lu dans ma jeunesse "La Storia", "L'île d'Arturo", et d'autres titres et ces lectures m'avaient enchantée. Je songe à relire ses oeuvres surtout après la découverte de ce portrait bien documenté sur l'écrivaine italienne hors pair. Evoquer Elsa Morante, c'est aussi voyager dans l'Italie intellectuelle du XXe siècle sur fond de lois raciales et de combats pour la justice sociale. Une femme attachante et une écrivaine d'exception.
vendredi 2 janvier 2026
Mes dix romans préférés de l'année 2025, 2
Un écrivain danois possède un charme certain. Il s'agit de Jens Christian Grondahl et de son roman, paru l'année dernière, "Au fond des années passées", paru chez Gallimard dans la collection Du monde entier. Je lis cet écrivain discret, sensible, secret depuis quelques années et son dernier roman m'a vraiment convaincue que cet homme mérite toute notre attention. Le narrateur à la soixantaine d'années se sent bien fragilisé par sa santé et surtout par sa vie amoureuse en plein échec. Un jour, il rencontre son ancien amour de jeunesse (un thème romanesque récurrent). Son roman ressemble à une sonate d'automne, subtile et nostalgique dans l'esprit du temps. Son dernier roman si réussi m'a donné envie de relire ses précédents... J'ai découvert l'année dernière un roman culte que je n'avais pas encore ouvert. L'Atelier Littérature sur les romans historiques m'a permis de découvrir "La Marche de Radetzky" de Joseph Roth, écrivain autrichien d'origine juive, ami de Stefan Zweig. Ce roman crépusculaire raconte la période des années 1859 à 1916 de l'Empire austro-hongrois à travers une famille, les Trotta. Le naufrage d'un monde me rappellait le roman magnifique de Lampedusa, "Le Guépard". Cet écrivain que je n'avais jamais lu m'intéresse beaucoup et je poursuivrai sa connaissance durant cette année. Un roman biographique, "L'Ami Louis", de Sylvie Le Bihan, a attiré mon attention car l'autrice a mis en scène deux écrivains, le célèbre Albert Camus et l'inconnu discret, Louis Guilloux. Grâce à cet ouvrage, j'ai apprécié le portrait de Louis Guilloux, un homme du peuple, généreux et amical. Mon dernier coup de coeur de l'année 2025 a reçu le prix Médicis et le mérite évidemment. Ce roman autobiographique, "Kolkhoze" évoque l'histoire impressionnante de la famille de l'écrivain, de sa mère surtout, Hélène Carrère d'Encausse, académicienne et spécialiste de la Russie. Ce travail littéraire d'archiviste scrupuleux montre un monde fabuleux de Moscou à l'Ukraine, de la Géorgie à Paris. Voilà pour mes dix romans préférés de l'année dernière : Colm Toibin, Pascal Quignard, Henry James, Georges Orwell, Sansal Boualem, Antonio Munoz Molina, Jens Christian Grondahl, Joseph Roth, Sylvie Le Bihan, Emmanuel Carrère ! Sans m'en rendre compte, je n'ai pas respecté la parité mais j'ai tout de même une femme écrivain ! L'année prochaine, je ferai mieux, promis !
jeudi 1 janvier 2026
Mes dix romans préférés de l'année 2025,1
Comme tous les ans, en début d'année, je respecte la tradition en consacrant un billet sur mes dix romans préférés. Je poursuivrai mes bilans de lecture en évoquant les documentaires et mes relectures. J'ai choisi un ordre chronologique de janvier à décembre. J'ai lu une centaine d'ouvrages cette année et j'ai eu d'évidents moments heureux, Pascal Quignard parlerait "d'heures heureuses". Je commencerai par la très bonne biographie romancée de Colm Toibin, "Le Maître" sur Henry James. Cet hommage d'un écrivain irlandais à un génie anglo-américain m'a ouvert un nouvel horizon : l'univers si mystérieux, si dense des oeuvres d'Henry James que j'ai décidé de découvrir régulièrement surtout dans ses nouvelles. Dorénavant, j'inscris, dans mon programme de lectures, Henry James. J'ai lu avec plaisir "Whashington Square", publié en 1880. Une femme naïve sous l'emprise autoritaire de son père tombe amoureuse d'un homme cynique. Cette histoire conserve toute son actualité. En janvier de l'année dernière, j'ai eu la bonne surprise d'un nouvel opus de Pascal Quignard, "Trésor caché", paru chez Albin Michel. Une femme découvre un trésor dans son jardin et sa vie va changer... Un conte moderne, une petite merveille à découvrir. Deux dystopies ont percuté mon imagination : "1984" de Georges Orwell et "2084" de Boualem Sansal. Le premier roman est devenu un classique indispensable pour comprendre l'horreur du totalitarisme, des dictatures de la pensée unique, de la bien-pensance. Il faut absolument lire ce roman terrifiant qui n'a qu'un objectif essentiel : ouvrir les yeux, penser par soi-même, vivre libre loin des dogmes et des "ismes". Boualem Sansal s'est inspiré d'Orwell pour évoquer le fléau de l'islamime qu'il a lui-même vécu en Algérie. Ce roman puissant démontre l'importance de cet écrivain, scandaleusement emprisonné par le pouvoir algérien et heureusement libéré récemment. Dans mon palmarès de l'année dernière, j'ai choisi le roman d'Antonio Munoz Molina, "Je ne te verrai pas mourir", prix Médicis en 2020. Un amour de jeunesse peut-il perdurer jusqu'à la fin de sa vie ? L'écrivain espagnol raconte les "mirages de l'amour" quand deux anciens amants se retrouvent quarante ans après. Les questions surgissent au fil du texte : la fidélité à soi et aux autres, la nostalgie du passé, le temps, la transformation des êtres, l'amour éternel, les désillusions. Il faut lire ce roman magnifique ! (La suite, demain)