La littérature italienne me sert d'escapade virtuelle dans ce pays si attachant à mes yeux. Quand je lis un roman ou un essai de la péninsule, je me sens chez moi dans une proximité immédiate comme en Espagne, en Grèce et au Portugal. Mais, contrairement aux trois pays cités, je connais mieux la production littéraire en Italie depuis de nombreuses années. Elsa Morante, Alba de Cespedes, Elena Ferrante, Carlo Levi, Dino Buzzati, Alberto Moravia, Erri de Luca, Italo Calvino, tous ces noms me viennent à l'esprit et la liste peut s'allonger à l'infini. J'ai été littéralement bouleversée par Primo Levi, combattant antifasciste, déporté et témoin essentiel de la Shoah quand il a écrit "Si c'est un homme" (1947), suivi de "La Trêve" (1963), deux récits autobiographiques aussi glaçants qu'émouvants sur son expérience des camps de concentration. Toute notre jeunesse devrait lire cet écrivain au lycée. J'ai découvert une de ses oeuvres cet été, "Le Système périodique", paru en 1975. Primo Levi a consacré sa vie professionnelle à la chimie et il concentre sa connaissance de cette science en 21 chapitres, portant chacun le nom d'un élément chimique. Cette vocation scientifique a influencé sa vie d'écrivain pour trouver une réponse objective aux questions existentielles qu'il se posait. Les textes traitent de chimie de l'argon à l'hydrogène, du zinc au fer, du plomb au potassium, etc. Mais, le plus important dans cet ouvrage hybride, mi-scientifique, mi-autobiographique, réside dans les confidences du narrateur sur sa naissance, ses origines juives, sa formation de chimiste, la montée du fascisme et des lois raciales, son arrestation, son expérience des camps nazis, sa vie professionnelle. Ce récit, parfois ardu à lire, mérite pourtant toute notre attention. La parole de Primo Levi résonne et résonnera longtemps en moi : "J'étais entré de la déportation depuis trois mois et je vivais mal. Ce que j'avais vu et souffert brûlait en moi, je me sentais plus proche des morts que des vivants, et coupable d'être homme, car les hommes avaient édifié Auschwitz, et Auschwitz avait englouti des millions d'être humains. (...) Il me semblait que je me purifierais en racontant". Primo Levi, un témoin essentiel de la pire tragédie humaine : la Shoah.
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