Le roman de Donatella Di Pietrantonio, "L'âge fragile", a obtenu le célèbre prix Strega, l'équivalent du Goncourt, en 2024. Lucia, le personnage principal, se souvient d'un drame atroce, survenu dans les années 90 dans les Abbruzes alors qu'elle avait 15 ans. Un crime a eu lieu près d'un camping en montagne et deux jeunes filles ont été tuées. La meilleure amie de Lucia a échappé miraculeusement au meurtrier. Lucia, trente ans après, s'est séparée de son mari et sa fille unique, Amanda, est revenue chez elle après avoir été agressée à Milan. Cet acte de violence la renvoie à ce crime dans la montagne. Lucia pratique le métier de kinésithérapeute dans ce milieu rural. Mais, sa fille traverse une crise dépressive après son agression et ne communique plus avec sa mère. Confrontée à son malaise, Lucia se souvient de la violence qu'elle a elle-même rencontrée dans sa région d'origine. Son père, Rocco, envisage de lui faire la donation du camping maudit, dans l'alpage, surnommé le Dente del Lupo où a eu lieu le drame. Ce site désolé et abandonné a pourtant connu son heure de gloire avec une piscine et une guinguette que les habitants de la vallée fréquentaient beaucoup. Dans ce lieu de bonheur, le malheur a surgi avec sa brutalité évidente quand un jeune berger frustre a assassiné ces deux jeunes campeuses. L'écrivaine s'est inspirée d'un fait divers qui avait scandalisé l'opinion publique. A travers ce drame terrible, Donatella Di Pietrantonio décrit un monde où l'emprise des hommes se manifeste dans la vie des femmes. Du meurtre des deux jeune filles à l'agression de sa propre fille, la violence règne dans le monde depuis la nuit des temps. Cet "âge fragile", le titre du roman, représente la fragilité et la vulnérabilité des femmes. Un aspect important du roman se situe dans la relation mère-fille, traitée d'une manière subtile et profonde. La montagne peut aussi se transformer en piège : "Elle ne partageait pas cette vision idéalisée de la montagne, les forêts étaient certes séduisantes mais, aussi pleines d'ombres. Elles pouvaient vous trahir, vous perdre. Le garçon y avait perdu le sens des limites humaines". La construction du roman repose sur l'alternance passé-présent et donne au récit une rare fluidité. Un très bon roman à découvrir avec en prime, un voyage dans les Abbruzes, région peu connue de la péninsule.
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
mercredi 30 juillet 2025
lundi 28 juillet 2025
"Trois jours en juin", Anne Tyler
Anne Tyler, écrivaine américaine, née en 1941, a démarré sa carrière littéraire dès 1964. Elle a obtenu le Prix Pulitzer en 1989 pour son roman, "Leçons de conduite". Ses thèmes de prédilection concernent la vie de l'Américain moyen dans ses relations familiales. Selon un article de presse, elle serait l'héritière de John Updike, d'Eudora Welty et même de Jane Austen. Je conserve dans ma mémoire de lectrice des souvenirs de quelques romans d'Anne Tyler. Je citerai en priorité "Le Déjeûner de la nostalgie" et "Une bobine de fil bleu". Dans son dernier roman, "Trois jours en juin", paru chez Phébus, Anne Tyler raconte l'histoire de deux couples. Le premier est formé par la narratrice, Gail, divorcée et son mari, Max, réunis tous les deux pour assister au mariage de leur fille Debbie et de leur gendre, Kenneth. Gail apprend en même temps qu'elle est licenciée de son poste d'assistante dans un collège. A la soixantaine passée, cette rupture de contrat injustifiée l'angoisse vraiment. De plus, son mari dont elle est séparée depuis quelques années, s'invite chez elle pour le mariage de leur fille. Leurs retrouvailles n'enchantent guère Gail, forcée de cohabiter avec son ex-mari, mais le mariage de leur fille va renforcer leur relation perdue. Car, Kenneth, le futur marié, a trompé sa fiancée. Gail se montre intraitable avec Kenneth d'autant plus que c'est elle qui a trompé son ex-mari, Max. Anne Tyler manie l'ironie à merveille concernant les rites ridicules de la cérémonie du mariage, les faux-semblants, l'hypocrisie sociale, les manies des uns et des autres. Pendant ces trois jours, le "vieux couple séparé" prend conscience qu'ils ont peut-être un avenir commun. Le nouveau couple, malgré le pas de côté du jeune Kenneth, semble bien fragile. L'art subtil d'Anne Tyler oscille entre une tendresse évidente pour ses personnages et une causticité ironique sur les rites sociaux souvent trop conformistes. Ce roman bien agréable à lire semble parfois traversé par le sentiment de "la légéreté d'être", par l'utilisation d'un humour à fleur de ligne. Mais, l'écrivaine américaine raconte une histoire universelle, impliquant la délicate question des relations dans un couple. Un bon roman à découvrir pendant l'été !
mardi 22 juillet 2025
"L'Accident", Jean-Paul Kauffmann, 2
Jean-Paul Kauffmann a donc tenu bon face à ses terroristes islamistes parce qu'il était "construit" par son enfance heureuse et par des parents aimants. Le bonheur de son passé atténuait l'horreur de son présent. Mais, à l'age de onze ans, il est entré en pensionnat, ce qui était un privilège pour les familles modestes, une chance à saisir. L'auteur précise dans la presse : "Ce livre est d'abord une dette que j'avais envers une enfance qui m'a protégé. Je n'ai fait aucun cauchemar pendant ma captivité". Dans le cadre de son enquête sur son enfance, apparait un personnage clé : un mystérieux abbé, cousin de la famille, original, marginal dans la hiérarchie de l'Eglise, influent. Ce cousin a conseillé aux parents de Jean-Paul qu'il poursuive ardemment des études. De nombreux passages de son texte sentent des parfums proustiens : l'odeur si caractérisque du pain dans le fournil paternel, les odeurs d'une nature préservée dans une France villageoise, solidaire et chaleureuse. Il décrit la présence d'un catholicisme omniprésent (le narrateur était enfant de choeur dans l'église de son village). Tous ces souvenirs forgent une identité culturelle que l'on n'oublie jamais en soi. Il devient journaliste, mené par "le démon de la curiosité", "par désir d'apprendre et de découvrir la nature secrète des choses". Cette curiosité chevillée au corps donnera naissance à tous ses récits-enquêtes. Le jeune homme, Marcel Martin, responsable de l'accident, intéresse le narrateur. Qu'est-il devenu ? Comment a-t-il traversé la vie ? Jean-Paul Kaffmann retrouvera les traces de cet homme et interrogera un membre de sa famille. Il raconte le réel sans émettre aucun jugement sur le comportement des hommes. Ce livre m'a réjouie par son hommage à l'enfance dans les années 50: "L'enfance est un grenier, un coffre-fort, un athanor, où l'on emmagasine sans souci encore des lendemains qui chanteront peut-être". J'apprécie aussi son immense culture quand il évoque des écrivains, des peintres dont Nicolas Poussin, des voyages, des découvertes. Cet écrivain occupe une place particulière dans le panorama littéraire contemporain : hors-norme, hors tribu parisienne, ancré dans le passé et dans le présent. Un très bonne lecture estivale.
lundi 21 juillet 2025
"L' Accident", Jean-Paul Kauffmann, 1
Je viens de lire avec un grand plaisir le dernier ouvrage de Jean-Paul Kauffmann, "L'Accident", paru cette année. Je connais bien cet écrivain depuis des années et je l'ai découvert avec "La Maison du retour", en 2007 où il évoque sa captivité au Liban de 1985 à 1988. Trois ans d'une vie d'otage, trois ans de souffrance, trois ans où il a senti la mort sur lui. A cette époque, son épouse Joëlle, s'est engagée activement pour sa libération. Dans les Landes, il avait acquis cette ferme pour se reconstruire, pour mener une vie normale. J'avais déjà remarqué l'élégance feutré de son style et aussi sa personnalité teintée d'une modestie inhabituelle pour un auteur. J'ai ensuite lu "La Lutte avec l'Ange", une enquête spirituelle sur le peintre Delacroix, puis une biographie de Raymond Guérin, un écrivain bordelais peu connu. Son livre, "Remonter la Marne" en 2013, dressait un panorama d'une région française injustement oubliée. J'ai évidemment apprécié au plus haut point, "Venise à double tour", un récit magnifique sur les églises abandonnées de la cité. Son dernier opus, "L'Accident", paru chez l'éditeur Equateurs, me semble le plus intimiste, le plus profond de toute son oeuvre. Il relate dans ce texte important un effroyable accident de la route, survenu le 2 janvier 1949, dans son village de Corps-Nuds en Bretagne. Dix-huit jeunes footballeurs ont trouvé la mort dans cette tragédie. Ce fait divers a frappé le jeune garçon de l'époque et il se saisit de ce traumatisme pour évoquer son enfance dans ce petit village où tout le monde se connaissait. Le parallèle entre cet accident dramatique dans sa petite enfance et son accident personnel, sa captivité au Liban, quarante ans plus tard, compose ce récit autobiographique. Jean-Paul Kauffmann mène une enquête sur la mort accidentelle de toute une jeunesse de son village et il se penche sur le passé familial pour comprendre la matrice de sa personnalité. Car, grandir dans cette communauté harmonieuse, unie, l'a rendu fort et cette éducation, à la fois républicaine et religieuse qu'il a reçue, lui a permis de survivre au Liban lors de sa prise d'otage pendant trois ans. Né en 1944 dans une famille catholique, l'auteur décrit le foyer familial avec tendresse : un père boulanger et une mère au foyer qui, évidemment, aidait son mari à tenir la boutique. "Cette enfance joyeuse des années 1950", je l'ai vécue moi-même et plus j'avançais dans ma lecture, plus j'avais l'impression de l'avoir écrit. Un phénomène mimétique de la littérature. Dans sa captivité, il rêvait de cette enfance innoncente, une bouée de sauvetage.
vendredi 18 juillet 2025
Bilan de l'Atelier Littérature, 4
Mon dernier atelier s'est tenu le jeudi 26 mai et comme par hasard, j'avais choisi le thème de la nostalgie. Et il m'est arrivé cet après-midi-là une absence dans ma présence physique, provoquée par un appel téléphonique "indésirable". Mais, je tiens à évoquer cette séance car j'ai pris quelques notes un peu disparates sur des commentaires des lectrices présentes. Dans mon cahier à spirales, j'ai noté que Régine avait bien aimé le texte de l'écrivaine japonaise, Ryoko Sekiguchi, sur les saisons qui représentent la nostalgie de la séparation. Cet essai poétique révèle l'attachement aux saisons qui imprègne la culture japonaise, dans les haïkus en particulier. Régine a aussi parlé du "Café Excelsior" de Philippe Claudel, un excellent récit autobiographique sur la relation très tendre entre un grand-père et son petit-fils. Véronique a beaucoup aimé le roman de Pierre Adrian, "Que reviennent ceux qui sont loin", publié en 2024. Une maison de famille en Bretagne, des retrouvailles avec sa parentèle, des amours naissantes, une enfance retrouvée et aussi le temps qui passe trop vite. La musique douce et tendre de Pierre Adrian ne peut qu'enchanter tous les nostalgiques de l'univers. Odile a lu "La nostalgie heureuse" d'Amélie Nothomb, un récit sur son enfance au Japon. D'autres titres ont été choisis par les lectrices : "Souvenirs dormants" de Patrick Modiano, "Le goût de la nostalgie" et "La nostalgie : quand donc est-on chez soi ?" de Barbara Cassin. Dans le choix des sujets que j'ai traités pendant ces quelques saisons de l'atelier, c'est peut-être le plus complexe à gérer. Je dois puiser dans ma mémoire de lectrice, des livres lus et je consulte évidemment des sites internet pour m'appuyer sur des textes que je n'ai pas lus. Je m'efforce par contre de tous les consulter avant d'établir ma liste bibliographique. Quelquefois, je retiens un sujet mais j'abandonne mon idée, faute de combattants... Si je résume le programme de la dernière saison, j'ai proposé des genres littéraires (dystopies et littérature intimiste), un écrivain (Paul Auster), une ville (Paris), une littérature étrangère (Irlande), trois sujets (la lecture, la psychanalyse et la nostalgie) sans oublier la rentrée littéraire. Un menu éclectique et varié mais, j'éprouve l'envie de simplifier mes propositions lors de la saison prochaine. J'ai tout mon été pour réfléchir !
jeudi 17 juillet 2025
Bilan de l'Atelier Littérature, 3
L'Atelier du jeudi 27 mars était consacré à un genre littéraire que j'aime tout particulièrement : les journaux littéraires, les récits vécus et les autobiographies. La littérature ne concerne évidemment pas que le domaine de la fiction romanesque. De nombreux écrivains ont souvent, dans l'ensemble de leurs oeuvres, écrit leurs souvenirs, ont tenu des journaux intimes, ont témoigné. Il suffit de lire "Le Labyrinthe du monde" de Marguerite Yourcenar, une saga familiale somptueuse, ou le "Journal" de Virginia Woolf. Dans ma liste de références, je n'ai pas eu trop de mal à choisir quelques textes forts et éclectiques. De l'autobiographie passionnante de Doris Lessing, "Dans ma peau" à celle de l'académicienne Chantal Thomas pour son récit émouvant, "De sable et de neige", du "Journal" de l'écrivain hongrois, Sandor Marai à la biographie fabuleuse de Philip Roth, "Les Faits", la séance sur ce genre littéraire montrait un aspect essentiel de la littérature : se frotter au réel, dire la vérité, prouver sa sincérité. Je vais citer aussi "Armen" de Jean-Pierre Abraham, un témoignage singulier, précieux et précis sur la vie des gardiens de phare d'antan. Pierre Pachet avec "L'autobiographie de son père" avait marqué Danièle. Je ne veux pas oublier le très émouvant journal intime d'Hélène Berr, sur la période de l'Occupation à Paris. Cette jeune fille juive est morte dans le camp de concentration de Bergen-Belsen en 1945. Ce document exceptionnel devrait être lu dans tous les lycées de France. Le jeudi 24 avril, j'ai choisi un autre genre littétaire qu'il me semblait évident de découvrir. Je suis toujours chagrinée par la détention scandaleuse, arbitraire et injuste du grand écrivain franco-algérien, Boualem Sansal et j'avais lu son roman dystopique, "2084", prémonitoire sur le totalitarisme islamiste. Avec ce sujet ambitieux et angoissant, quelques lectrices ont fait un grand effort de lecture car ces livres d'anticipation politique ne sont pas d'un optimisme béat. Dans ce menu assez lourd pour le moral des troupes, j'ai choisi l'incontournable "1984" de George Orwell, le glaçant "Complot contre l'Amérique" de Philip Roth. Peu de femmes écrivent des dystopies mais j'ai trouvé "Trois fois la fin du monde" de Sophie Divry qui avait intéressé Régine. Cette traversée dans les dystopies m'a permis de découvrir la personnalité attachante de George Orwell et de relire Philip Roth, un plaisir sans cesse renouvelé.
mercredi 16 juillet 2025
Bilan de l'Atelier Littérature, 2
Je poursuis donc le bilan de l'Atelier Littérature de septembre à mai, une saison de plus dans le monde de la lecture. Le jeudi 19 décembre, j'ai proposé ce thème, la lecture, source de bien-être et de joie, un passe-temps passionnant pour tous ceux et toutes celles qui s'adonnent à cet art discret, cet art silencieux, presque un art secret aujourd'hui car les nouvelles générations semblent moins concernées que les nôtres, des séniors à partir de la soixantaine. Chaque lectrice a donc présenté son roman choisi : du "Liseur" de l'écrivain allemand, Bernhard Schlink, toujours d'actualité sur les traces du nazisme, à "La lectrice disparue" de l'islandaise Sigridur Hagalin Bjornsdottir, de "Farenheit 451" de Bradbury à un récit biographique de Bernard Pivot, les lectrices ont rendu un bel hommage à ce loisir essentiel pour se maintenir en forme sur le plan intellectuel, pour cultiver son esprit comme une marche bénéfique aussi importante qu'une randonnée en montagne (ou en plaine, pour ma part !). En janvier, j'ai proposé la capitale française, Paris, lieu mythique pour les littéraires. Quand je "monte" à Paris, je retrouve cette atmosphère si spéciale, enrobant les badauds des ponts avec les bouquinistes, s'insinuant dans les librairies parisiennes même si un grand nombre d'entre elles ont, hélàs, disparu. J'aime aussi retrouver les plaques commémoratives où des noms apparaissent sur les façades des immeubles comme celui de Colette au Palais Royal. Je voulais mettre à l'honneur le Paris de Zola, de Balzac, des Surréalistes, d'Apollinaire et de son Pont Mirabeau : "Sous le pont Mirabeau, coule la Seine" et sa vision poétique, "Vienne la nuit, sonne l'heure, les jours s'en vont, je demeure". Le jeudi 13 février, j'ai opté pour un panorama de la littérature irlandaise après ma découverte de Colm Toibin. J'ai souvent évoqué ce grand écrivain qui écrit des romans subtils sur le plan psychologique et des biographies littéraires denses et cultivées. Au tableau d'honneur de ma liste, Paul Lynch et sa dystopie effrayante, Michael Maggee, Sally Rooney, Maggie O'Farrell, William Trevor. Une littérature aux accents rudes avec des effluves océaniques.
mardi 15 juillet 2025
Bilan de l'Atelier Littérature, 1
Comme tous les ans, je vais tenter d'établir un bilan de l'Atelier Littérature qui s'est tenu de septembre 2024 à mai 2025. Ce bilan un peu tardif a le mérite de me servir de passerelle amicale avec mes amies lectrices qui me suivent depuis pas mal d'années, une dizaine pour certaine d'entre elles. Je veux surtout adresser un message de gratitude et de reconnaissance pour la fidélité des lectrices qui acceptent les consignes que je leur propose. Le ryhtme mensuel convient bien à l'atelier mais ce critère peut bouger lors de la saison prochaine car la lecture demande du temps, de la concentration et de la disponibilité. Chaque menu de l'atelier se compose d'une séance en deux temps, combinant un sujet que je choisis et les coups de coeur traditionnels. Cette formule fonctionne mais, je m'interroge cet été pour conserver ou changer de formule. Il faut bien se renouveler car je vais finir par tomber dans une routine ennuyeuse. En cette saison 24-25, nous avons abordé dès le 19 septembre, les romans de la rentrée littéraire qui ouvrent la saison de l'Atelier. C'est un rendez-vous annuel que j'aime beaucoup car les prix littéraires vont distinguer certaines d'entre eux. Je considère ce phénomène de la vie littéraire française très profitable pour les écrivains confirmés comme pour les débutants. Cette porte d'entrée des nouveautés de septembre symbolise aussi la vitalité des éditeurs, des critiques et des rubriques dans la presse et à la télévision. Le roman de Kamel Daoud, "Houris", lu par Annette, a obtenu le prix Goncourt. Je conserverai cette proposition comme une rencontre incontournable. Au fond, j'apprécie aussi quelques traditions de base. Le deuxième Atelier était consacré à la relation de la littérature avec la psychanalyse. Un sujet un peu complexe, un peu délicat, un peu trop ambitieux. J'ai retenu de cette séance que deux lectrices avaient bien aimé "Le détective de Freud" d'Olivier Barde-Cabuçon, un roman policier et historique assez stimulant à lire. Régine avait présenté l'essai passionnant sur Freud de Stefan Zweig, "La guérison par l'esprit". Le jeudi 21 novembre, j'ai proposé la découverte d'un grand écrivain américain, Paul Auster, disparu l'année dernière. Beaucoup de ses romans ont été lus et commentés acvec une quasi unanimité. Je citerai "L'invention de la solitude", "4321", "Mr Vertigo" et surtout son dernier roman magnifique, "Baumgartner". Odile, à cette occasion, avait lu et relu huit de ses livres, un record pour une séance de l'atelier. (la suite, demain)
lundi 14 juillet 2025
"Chéri", Colette
J'ai redécouvert la grande Colette depuis deux ans. Comment oublier une écrivaine aussi vibrante, une femme libre, une compagne littéraire aussi empathique ? Elle aimait tant la vie qu'elle communique une énergie vitale en la lisant. J'avais redécouvert un grand nombre de ses oeuvres dont les emblématiques et savoureuses "Claudine". Je ne sais pas pourquoi je lis Colette plutôt l'été que l'hiver. J'ai relevé dans un ouvrage récent de Jean-Paul Kaufmann que certains écrivains étaient 'atmosphériques" et Colette appartient à cette catégorie. J'ai donc repris ma Pléiade pour lire "Chéri", paru en 1921. A chaque lecture d'un Colette, je me retrouve dans une France totalement disparue, comme dans le monde de Marcel Proust. La matrice du roman ressemblait plus à une pièce de théâtre qu'à un roman. Chéri est un très beau jeune homme, un peu dandy, un peu infantile, plus adolescent qu'adulte. Il entretient une relation intime avec une ancienne courtisane, Léa de Lonval, une quinquagénaire de toute beauté. La mère du jeune homme, Charlotte Peloux, amie de Léa, complote de le marier avec une jeune fille, Edmée. Le complot réussit et Chéri accepte de quitter sa maîtresse pour mener une vie plus "respectable". Léa comprend alors sa défaite et songe avec frayeur à son vieillissement inéluctable. Elle quitte Paris sans laisser d'indice sur sa destination. Après un voyage de noces de six mois, Chéri se morfond dans ce mariage et devient jaloux, obsédé par la vie de Léa qu'il soupçonne d'infidélité. Il réalise qu'il est très amoureux de son ancienne maîtresse et fuit son nouveau foyer en se noyant dans les mondanités. De son côté, Léa a cherché l'oubli mais ne l'a pas trouvé. Elle rentre à Paris et quand les deux amants se retrouvent, ils s'aiment à nouveau. Mais, au matin, Chéri réalise que sa maîtresse est marquée par les années. Sa douce "Nounoune" n'est plus la femme qu'il a aimée. Ils se séparent sans drame et Léa pressent la fin de ses amours. Le roman raconte l'histoire de sa relation transgressive avec Bertrand de Jouvenel, son beau-fils, devenu son amant avec le même écart d'âge que son couple fictif. Ce texte n'a pas vieilli et garde toute sa saveur. Il traite d'une question délicate, la nostalgie, nostalgie de la jeunesse, incarnée par l'insouciant Chéri. Léa, femme amoureuse dans le déclin, vit le drame de l'inéluctable vieillissement. Je lirai "La fin de Chéri", cet été pour retrouver la délicieuse Colette.
jeudi 10 juillet 2025
"Elsa", Angela Bubba, 2
Angela Bubba tente une expérience ambitieuse en utilisant la fiction pour approcher la vérité d'une écrivaine exceptionnelle. La biographie propose une Elsa Morante à la personnalité labyrinthique, mouvante, fragile. Les chapitres en italique ressemblent à un journal intime imaginaire où les pensées et les tourments de l'écrivaine semblent réels. Ce réel qui blessait constamment Elsa Morante. Son mari, Alberto Moravia, évoquait ce problème : "Pour Elsa, le réel est une forme de mortification ainsi qu'une grave perte de temps. Faire les courses, conduire, aller à la poste : elle voit tout cela comme des défaites, comme de véritables attentats à ce que la vie offre de meilleur, vie qui, dans son cas, est synonyme d'imagination". L'écrivaine compose ses romans dans une solitude extrême. Seuls ses chats habitent cette solitude volontaire. Elle obtient vite la reconnaissance des critiques et le succès auprès d'un large public. Mais, elle se méfie des prix, déteste les journaux et les médias. Selon la biographe : "elle ne vit que sur la défensive, prête à mordre même lorsqu'elle ne le devrait pas" et elle ajoute : "La douleur est un soleil pour elle, immense, trompeur, brillant comme une maladie". En 1957, elle obtient le prestigieux prix Strega pour "L'île d'Arturo". Dans ce texte très bien écrit, l'entourage de l'écrivaine rassemble les personnalités les plus emblématiques de l'intelligentsia de l'époque : Visconti, Pasolini, Natalia Ginzburg, Bertolucci. Elsa Morante se qualifiait ainsi : "Il y a tant de guerres et de lumières en moi". Elle se sépare de son mari après quelques années de mariage et multipliera des relations éphémères avec des hommes plus jeunes qu'elle. Sa vie aussi se déroule dans des endroits de rêve : Procida, Capri, les îles grecques. Angela Bubba réussit le portrait d'Elsa malgré sa personnalité insaisissable et excessive. Malgré la noirceur de ses romans comme dans les tragédies grecques qu'elle adorait, elle approchait la vie avec une vision poétique, un voile apaisant face à la dureté du réel. Il faut aussi lire une excellente biographie plus réaliste, écrite en 2018 par René de Ceccaty, "Elsa Morante. Une vie pour la littérature". Préoccupée par la souffrance des autres, elle évoquait dans ses écrits, les destins malheureux de ses personnages. Son grand roman, le plus connu dans le monde, la "Storia" raconte les horreurs de la guerre avec la naissance de Guiseppe, né du viol de sa mère par un soldat allemand. Je vais donc relire Elsa Morante mais, peut-être, que mes retrouvailles avec elle seront-elles décevantes ou aussi passionnantes que dans ma vie de lectrice des années 70 ? J'en reparlerai dans ce blog...
mercredi 9 juillet 2025
"Elsa", Angela Bubba, 1
Je vais régulièrement dans ma librairie préférée, je veux parler de Garin, dorénavant implantée devant un joli îlot de fraîcheur, arboré et engazonné, au boulevard du Théâtre et square du Musée savoisien. En feuilletant quelques nouveautés, côté roman, un livre a attiré mon attention : "Elsa" d'Angela Bubba, publié chez Hélène d'Ormesson. Sur la couverture, une photo m'a tout de suite signalé que cette Elsa ressemblait à Elsa Morante (1912-1985), la grande écrivaine italienne. Dans ma vie de lectrice, j'ai lu toute l'oeuvre de Morante au fur et à mesure des parutions des ses quatre romans essentiels : "Mensonge et sortilège" (1948), "L'île d'Arturo" (1957), "La Storia" (1974), "Aracoeli" (1982), tous publiés dans la collection Folio. Je me souviens encore de "La Storia" dans ces années 70 qui m'avait marquée et touchée. Depuis, j'ai quasiment abondonné la "donna" des lettres romaines. L'écrivaine italienne a aussi écrit des recueils de nouvelles et des poésies. Angela Bubba, écrivaine et chercheuse en littérature italienne, s'est emparée du destin d'Elsa pour écrire une biographie romancée, un genre souvent utilisé pour mieux connaître ces génies littéraires. Et cet ouvrage documentaire et romanesque m'a convaincue qu'il fallait relire trente ans après quelques romans d'Elsa Morante. Dès la première page, le portrait d'Elsa s'impose avec un leitmotiv permanent : vivre est une douleur et écrire raconte cette douleur. La petire fille est née à Rome dans une famille modeste. Elle ne sait pas qui est son vrai père et cette énigme la pertubera toute sa vie. Irma, sa mère, est institutrice. Une marraine prend bien soin d"elle et lui offre des livres. Cette passion de la littérature la consolera à tout jamais de sa mélancolie existentielle. Elle s'inscrit à l'université pour suivre des études littéraires et découvre la fulgurance rimbaldienne dans "Une saison en enfer". Dans cette jeunesse sage et studieuse, elle tombe enceinte et choisit pourtant de se faire avorter. Cet événement va déclencher en elle une culpabilité douloureuse et provoquer des séquelles psychologiques. Dans la biographie romancée, cet enfant va se transformer en un fils imaginaire qu'elle nommera Arturo. Son premier texte pour les enfants est enfin publié dans la presse sous la forme d'un feuilleton. Par l'intermédiaire d'un ami artiste peintre, elle rencontre en 1936, le romancier déjà célèbre à l'époque, Alberto Moravia. Une relation amoureuse naîtra et aboutira au mariage. Ils affrontent le fascisme et sont obligés de quitter Rome pour se réfugier à la campagne car, Moravia était sur la liste noire de Mussolini.
mardi 8 juillet 2025
"Hommage à Milan Kundera"
J'éprouve une tendresse littéraire particulière pour Milan Kundera, disparu à l'âge de 94 ans en 2023. Son univers romanesque et ses essais m'accompagnent depuis des décennies et évidemment, les deux Pléiades que je possède de cet écrivain ne restent pas longtemps oubliées. Je suis repartie de la librairie Garin avec un petit ouvrage, "Hommage à Milan Kundera", publié chez Gallimard cette année. Le 30 mai 2024, l'Unesco lui a rendu un hommage exceptionnel en invitant des personnalités qui ont évoqué l'héritage kundérien. Une citation, tirée du "Rideau", résume la pensée de l'écrivain d'origine tchèque et devenu français dans les années 80 : "La seule chose qui nous reste face à cette inéluctable défaite qu'on appelle la vie est d'essayer de la comprendre. C'est là la raison d'être de l'art du roman". Audrey Azoulay, directrice générale de l'Unesco, présente l'anthologie des textes en s'appuyant sur l'universalité de l'oeuvre kundérienne, traduite dans plus de quarante langues dont le vietnamien ou le persan. Le non-engagement de Milan Kundera dépasse la frontière idéologique traditionnelle : "Explorateur des subtilités, des ambiguïtés, loin de tous les dogmes, loin de tous les clichés". Daniel Rondeau dresse un portrait passionnant de Milan Kundera, un intellectuel d'une liberté absolue, loin du "carnaval médiatique contemporain" et cultivant la "discrétion" de vivre tout en "nous enchantant, nous a appris à lire, à penser, et donc, aussi, à vivre". Quelles sont les intuitions de l'écrivain quelque peu dissident dans ses idées ? La notion de la civilisation des petites nations européennes, l'immense richesse littéraire de ce petit continent géographique de Cervantès à Kafka en passant par Diderot, Voltaire, Broch, Goethe. Son essai, "Le Rideau", expose cette conception essentielle de la littérature européenne et révèle les secrets de "l'art d'être un bon lecteur". D'autres textes évoquent le problème complexe de la traduction que Milan Kundera surveillait tout particulièrement. Antoine Gallimard, dans le dernier texte de l'anthologie, apporte une conclusion sur l'oeuvre kundérienne : "Milan a élargi l'espace du romanesque, maître de tous ses registres et de tous ses effets, alliant la mélancolie à la gaieté, la férocité sans haine à beaucoup de tendresse, somme toute". Un immense écrivain à lire et à relire cet été !
lundi 7 juillet 2025
"Washington Square", Henry James
J'ai redécouvert Henry James depuis un an grâce à la biographie de Colm Toibin. J'avais lu cet écrivain américain dans ma jeunesse et en fait, ce n'était pas le bon moment. Il faut quelques années de "maturité" pour savourer pleinement quelques écrivains comme Marcel Proust, par exemple. Henry James appartient à cette catégorie. Son roman, "Washington Square", publié en 1880, a conservé un charme suranné certain. Catherine Sloper, une jeune fille naïve et sans ambition, tombe amoureuse d'un séduisant jeune homme, Morris Townsend. Il lui propose le mariage et la tante de Catherine encourage cette relation. Mais, le père de la jeune fille, un grand médecin réputé, soupçonne Morris d'épouser sa fille pour sa dot et pour la fortune de la famille. Le Docteur ordonne à sa fille d'oublier ce coureur de jupons surtout sans métier. Il vit aux crochets de sa soeur et a déjà dilapidé un héritage de ses parents. La relation père-fille s'avère le vrai sujet du roman. Le père aime sa fille mais il la trouve fade et sans personnalité. Il lui déclare alors qu'il va la désheriter si elle s'obstine dans sa décision de se marier. Elle ne disposera que d'une rente modeste que sa mère lui a léguée. L'intransigeance paternelle mortifie la jeune fille qui admirait son père, lui vouant un respect affectueux absolu. Le Docteur lui propose un voyage en Europe pour lui changer les idées et sutout pour encourager la rupture avec le jeune homme. Mais, Catherine résiste à la volonté paternelle. Pendant son séjour européen, elle échange des lettres avec son fiancé. Quand ils reviennent à New York, le père lui pose la question fatidique : "As-tu changé d'avis ?". Non, répond laconiquement Catherine. Le coeur du récit repose sur cette obtisnation de la jeune femme. Elle ne voit pas l'hypocrisie de son amoureux, un arriviste plus friand d'argent que d'amour. Le père n'éprouve aucune pitié pour sa fille d'une naïveté confondante. Elle désire vivre l'amour romantique et choisit de tout perdre pour se marier. Morris, comprenant que le Docteur ne cèdera pas, se dérobe lâchement et rompt ses fiançailles. Un classique incontournable pour découvrir la plume élégante et le génie romansque d'Henry James.
vendredi 4 juillet 2025
"Je me retournerai souvent", Jean-Paul Enthoven, 2
Dans cette galérie littéraire, j'ai apprécié quelques anecdotes concernant des écrivains qui font partie aussi de mon Panthéon personnel. Georges Perec apparaît dans ce texte avec cette phrase qui lui ressemble tant : "Vous savez, jeune homme, ce qu'il faudrait dans la vie, c'est écrire ou moins une fois chaque mot du dictionnaire. (...) Car les mots, voyez-vous, se refroidissent ou risquent de s'éteindre si on ne soucie pas d'entretenir leur feu originel grâce à la voix et au souffle". Bel hommage à notre langue française. Jean-Paul Enthoven raconte ses rencontres et celle avec Françoise Sagan est particulièrement savoureuse. L'amour de Proust les réunissait dans une passion partagée. J'ai retrouvé avec plaisir mon cher Milan Kundera dans un chapitre plein d'émotion car l'auteur relate le fin de vie de l'écrivain disparu en 2023. Il résume à merveille la philosophie fondamentale kundérienne : "Fuir la meute, le spectacle, le bruit, la pétition, le carnaval, l'imagologie. Sagesse en acte. Preuve par le retrait". Sa fin de vie s'avère d'une infinie tristesse car Milan Kundera était atteint d'une longue maladie affectant sa mémoire. Il déchirait les livres que Vera lui tendait en faisant des confettis. Un seul échappait à cet "émiettement" : "L'homme révolté" d'Albert Camus. Il voulait sans doute manifester sa révolte face à la maladie qui le rendait absent au monde. Il évoque des personnalités marquantes dans le panorama culturel français comme Jean Daniel, Bernard-Henry Levy, un frère de coeur, le seul vivant du livre. Il égratigne Julien Gracq, trop solennel à son goût, trop sérieux. Il préfère la fantaisie de Romain Gary ou de Jean Cocteau. Ce grand témoin de la littérature contemporaine esr surtout un grand amoureux des livres et de sa bibliothèque : "Les livres qui tapissent mon refuge m'enveloppent et me protègent. Leurs reliures dorées, rutilantes, pâles, leurs tranches en lambeaux, leurs pages fraîches ou jaunies, répandent un éclat de sérénité qui m'offre un rempart bienfaisant". Cet essai littéraire rend un hommage passionnant aux écrivains amis, aux personnes touchées par la grâce de l'écriture qui l'ont accompagné toute sa vie. Comme le suggère le titre du livre, "Je me retournerai souvent", un esprit de gratitude et de reconnaissance envers tous ces créateurs de génie.
mardi 1 juillet 2025
"Je me retournerai souvent", Jean-Paul Enthoven, 1
J'ai lu récemment une nouveauté de l'année, "Je me retournerai souvent" de Jean-Paul Enthoven, publiée chez Grasset. Pour tous ceux et celles qui ont la passion de la littérature, cet ouvrage est un régal de lecture. L'auteur, dans son nid parisien, a accroché quelques portraits qui "composent depuis toujours mon Panthéon égotiste. Ils m'éclairent et montent ma garde en précieuses sentinelles". Albert Camus est passé dans cet immeuble et cette présence fantomatique, "ce voisin idéal par-delà le temps", le met en joie. Le titre de ce récit littéraire est emprunté à Apollinaire, une de ces "précieuses sentinelles". L'auteur veut montrer sa reconnaissance, ses multiples gratitudes, un hommage aux "siens", ceux "qui consolent des chagrins de la vie". Servi par un style élégant et plein de charme, cet hommage aux écrivains se lit avec délectation. Dans sa tour parisienne, à la façon d'un Montaigne dans sa bibliothèque, il s'isole du monde social et se retire pour mieux se retrouver avec ses compagnons et compagnes de papier : "Si le monde était bien fait, tout individu devrait avoir droit, fût-ce brièvement, à cette tranche de temps suspendu". Dans son Panthéon "égotiste", l'auteur a décoré son mur avec des images de Diderot, Montaigne, Stendhal, Pascal, Proust, Melville, Hemingway. Sa galerie de portraits ne se composera pas seulement de ces gloires exceptionnelles. Il évoquera aussi des écrivains détestables, "sauvés par leur talent", ou contestables, avec une seule exigence : ils ont tous disparu. Il commence sa "galerie désordonnée" par Cioran, le pessimiste "hilare", un Diogène de notre temps. Après le beau portrait de Cioran, il relate son amitié avec Philippe Sollers, un "prodigieux virtuose de lui-même". Cet écrivain bordelais, mort en 2023, a marqué son temps par son "goût de l'aérien, de l'ubiquité, de la mobilité romanesque, esthétique, idéologique, érotique". Au fond, Philippe Sollers incarnait l'esprit des Lumières, la liberté absolue, le bonheur d'être. Un libertin du XVIIIe siècle, égaré au XXe. Le chapitre consacré à Roland Barthes est particulièrement passionnant car cette "star" des Lettres, loin de ses théories structuralistes, était un intellectuel angoissé, doutant de sa réputation. Il admirait à la fin de sa vie Marcel Proust et Chateaubriand, un retour aux sources de la littérature. (la suite, demain)