mardi 3 février 2026

"Stradella", Philippe Beaussant

J'ai emprunté à la médiathèque de Chambéry, un roman musical, "Stradella" de Philippe Beaussant (1930-2016), un écrivain académicien, amoureux du baroque, publié chez Gallimard en 1999, un de plus dans mes lectures de janvier mais que je n'avais pas mis dans la liste de l'Atelier. J'aime évidemment la musique baroque, une de mes passions depuis de nombreuses années et Stradella appartient à la galaxie de mes "princes charmants en musique", dont leurs oeuvres embellisent mon quotidien. Musicien mythique, Alessandro Stradella (1643-1682), compose, joue du luth et chante à merveille. Il entre au service de la reine Christine de Suède, puis s'installe à Rome où il crée de nombreuses piéces musicales dont de la musique religieuse. Mais, cet homme si raffiné mène une vie aventureuse et même dissolue en voulant extorquer de l'argent à l'Eglise catholique. Il va s'attirer de nombreux ennemis et sera obligé de quitter Rome. Il arrive à Venise en 1677 et se fait engager par un noble afin de servir de maître de musique à sa maîtresse. Mais, il s'amourache de son élève et sa liaison avec cette chanteuse est découverte. Ils s'enfuient de nouveau et toute une troupe armée les recherche. Philippe Beaussant se saisit de cette trame romanesque pour raconter cette histoire rocambolesque. Le narrateur à la manière d'un cinéaste apparaît dans son texte et intervient pour nous faire partager ses souvenirs, ses émotions et livre sa conception de l'Art musical. Il écrit : "A peine, était-il mort que les imaginations s'enchantaient de ce destin plein de musique, de femmes, d'enlèvements et de cavalcades. J'en ai fait un roman. (...) Cela fait un roman à double et à triple fond, où tout est miroir, vrai faux et faux vrai". Dans une définition du baroque, il est question d'un art qui veut "étonner, toucher les sens, éblouir". Ce roman baroquissime m'a entraînée dans une sarabande joyeuse, et j'entendais à travers les lignes, la musique de Stradella, si belle et si sublime, la quintessence de l'art musical. Après sa fuite de Venise, cet homme si singulier a été éliminé par un tueur à gages à Gênes. Un mari jaloux avait commandité ce crime. Je n'avais jamais lu des romans de cet écrivain musicologue. J'ai remarqué dans sa bibliographie un roman sur Venise... Evidemment, j'emporterai ce livre dans ma valise en mars quand je reverrai cette cité mirage où je me sens si bien. Un écrivain élégant, maniant une écriture classque que l'on ne lit plus. Et Stradella, et l'Italie. Du soleil en plein hiver. 

lundi 2 février 2026

"Un livre", Fabrice Gaignault

 J'ai découvert une pépite en librairie, un tout petit opuscule de quatre-vingt pages,  "Un livre" de Fabrice Gaignault, publié chez Arléa en 2025. Ce livre en question concerne l'écrivain italien, Primo Levi, l'un des plus grands écrivains du XXe siècle. Ses récits autobiographiques sur la Shoah, "Si c'est un homme" et "La Trêve" devraient être lus dans tous les lycées du monde. Fabrice Gaignault relate un épisode dans la vie de Primo Levi quand celui-ci attend la mort dans l'infirmerie du camp d'extermination d'Auschwitz en janvier 1945. Dehors, l'armée rouge avance et les nazis préparent leur fuite. Le jeune homme de 25 ans va-t-il être exécuté comme les autres car ces barbares éliminaient les malades. Il échappe alors à cette mise à mort et un médecin lui lance un livre sur son lit à défaut de lui donner des médicaments. Primo Levi connaissait la langue française et il commence à lire ce roman, "Remorques", écrit par Roger Vercel, publié en 1934, ayant obtenu le Prix Goncourt. Ce roman d'aventures évoque des matelots bretons qui sauvent des vies pendant les naufrages. Se plonger dans ce roman va lui sauver la vie. Car lire ce roman, c'est vivre dans un autre monde, une vie différente, une vie normale par rapport à l'enfer des camps de concentration. Cet ouvrage, qui est pourtant loin d'être un classique, se transforme en abri existentiel qui le protège de l'inhumanité de ses fanatiques nazis. Fabrice Gaignault propose une méditation sur le rôle de la littérature, un rôle essentiel pour sauver la civilisation face à la barbarie. Le livre représente une évasion, une libération, une armure contre toutes les tyrannies. Cet éloge de la littérature est aussi et surtout un hommage à Primo Levi, sauvé par un livre : "Un livre ne peut changer le monde mais il peut vous changer la vie. Et vous sauver. Un livre. N'importe lequel si vous avez l'impression qu'il a été écrit pour vous. Un livre. Et qui les vaut tous". Un tout petit livre "lumière", cet ouvrage de Fabrice Gaignault, pour survivre face aux ténèbres. Et lire, relire Primo Levi surtout aujourd'hui.